La France, un schtroumpf grognon que plus personne n’entend?

Macron et Biden se sont parlé et assurent que leur différend est réglé. Mais la crise des sous-marins a donné beaucoup d'arguments aux théoriciens du déclinisme français, à quelques mois de la présidentielle. La France a-t-elle encore son mot à dire dans le concert géopolitique mondial ?

La France, un schtroumpf grognon que plus personne n’entend?
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Une semaine après le coup dans le dos américain sur la vente de sous-marins français à l’Australie, les deux présidents ont mis les choses au clair, a-t-il été dit à l’Elysée. D’ailleurs, c’est Sleepy Joe qui a voulu de cet appel, pas Monsieur le Président qui a d’ailleurs laissé sonner plusieurs jours avant de décrocher. Et au final, les Américains ont accepté toutes les requêtes françaises et notamment un « processus de consultations approfondies », dès la venue de Joe Biden fin octobre en Europe.

C’est une belle manière de clore ce chapitre humiliant pour la grande puissance française. Mais vu d’ailleurs que de Paris, on a plutôt l’impression que Joe Biden a lancé à Emmanuel Macron un : « Alors, fini de bouder ? » En tout cas, les candidats à la présidentielle française d’avril 2022 n’ont pas laissé passer l’occasion : sous Macron, « la France est en deuxième division des puissances mondiales » (Xavier Bertrand), une puissance en déclin, jamais le général De Gaulle ne se serait laissé parler comme cela ! Certes, mais cela fait un moment…

Joe Biden

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Une sortie de l’OTAN ?

Que peut faire la France pour réaffirmer sa puissance ? Ils sont plusieurs à demander une sortie du commandement intégré de l’OTAN comme De Gaulle l’avait fait en 1966 (avant que Sarkozy ne le réintègre en 2009). Le Pen, Ciotti (candidat à la primaire à droite), Mélenchon qui appelle à « refuser la caporalisation » de la France vis-à-vis des Etats-Unis.

Mais même si Macron est très critique vis-à-vis de l’OTAN dont il a déclaré il y a deux ans l’état de « mort cérébrale », ce n’est pas à l’agenda. Au nom de la cohésion européenne. Car telle est la réalité : la puissance militaire française en-dehors de l’Union européenne, c’est peanuts face aux méga-puissances que sont les Etats-Unis et la Chine (voire la Russie). Ce sera donc l’Europe ou rien – c’est-à-dire tenir son rang au sein de l’OTAN sous l’autorité de plus en plus autoritaire de l’allié américain. Ce qui nous amène à la question de l’Europe de la défense…

Vers une défense européenne ?

Un serpent de mer que cette Europe de la défense. Une vieille idée proposée en 1954 par la France… Et abandonnée deux ans plus tard par la France. Ce qui s’appelle une occasion manquée. Car depuis, la question d’une Europe de la défense revient régulièrement sur le tapis. Et c’est (devinez qui!) la France qui ne cesse de la remettre.

Car l’Europe de la défense est une histoire française. Le problème majeur étant que la plupart des Etats-membres (ceux d’Europe de l’Est, mais aussi du Nord, ainsi que l’Allemagne) préfèrent se sentir protéger par les Etats-Unis (qui les ont sauvés du nazisme et du communisme) que de construire une armée sous commandement français. Car depuis le Brexit, l’armée française est la seule digne de ce nom en Europe. Et la France, pour la plupart de ses partenaires européens, reste, comment dire… Très française!

Belga

Changement de paradigme ?

Mais cela, c’était avant. Avant Trump, avant le retrait américain de Kaboul sans aucune concertation, avant que les Etats-Unis, d’Obama à Biden, ne répètent que l’Europe ferait bien de commencer à se défendre elle-même… Mais avec du matériel américain. Et sous l’autorité des Américains. Voilà pourquoi l’embryon de projet de défense européen est mal vu à la Maison Blanche. Autonome, oui, mais faut pas pousser !

C’est aussi pour cette raison (la dépendance européenne au complexe militaro-industriel américain) que Joe Biden s’est empressé de dégager les sous-marins français d’Australie. Car il ne faudrait pas que l’industrie militaire française se sente pousser des ailes. Quoiqu’il en soit, depuis Trump et Kaboul, il y a comme un momentum européen sur la stratégie de défense à adopter. Cette fois, les 27 se mettent ensemble. A reculons, certes, mais l’idée est lancée…

En 2020, 8 milliards d’euros ont été mis dans un Fonds européen de défense. Une première ! Enfin, l’Europe avance ! Bientôt plus besoin de personne pour se défendre! A titre de comparaison, le budget militaire américain dépasse les 700 milliards. Celui de la Chine est de 260 milliards. L’Inde, 71, la Russie 65… La France, elle, dépense 50 milliards d’euros pour sa défense militaire. Avec l’Europe ou seule, elle ne fait pas le poids face à la super-puissance américaine. Alors, fini de bouder ?

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