Révélations en série sur Trump: stratégie anti-élection, théories du complot orchestrées, etc.

L’ancien président a mené en coulisses de multiples tentatives pour saborder les élections américaines.

Révélations en série sur Trump: stratégie anti-élection, théories du complot orchestrées, etc.
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Que Donald Trump conteste les élections, ce n’est pas un scoop, mais ces derniers jours ont permis d’en savoir plus sur ses multiples tentatives de rester au pouvoir, loin des caméras. Le livre «Péril», sorti hier et écrit par les journalistes Bob Woodward et Robert Costa, révèle par exemple un mémo destiné à convaincre le vice-président Mike Pence de retirer à Joe Biden un nombre suffisant de grands électeurs pour que le républicain l’emporte. En parallèle, une autre note a été révélée lors d’un procès intenté contre Donald Trump. On y découvre à quel point ses conseillers ont repris à leur compte des théories du complot tout en sachant pertinemment qu’elles étaient fausses. Retour sur la fin chaotique de l’ère Trump.

Quand les conseillers de Trump veulent manipuler le grand public

Avant même le jour des élections du 3 novembre, la tension était déjà très palpable. Le 30 octobre, la Chine craignait que les États-Unis ne lancent une attaque sur son territoire, ce qui aurait probablement eu un effet sur les électeurs alors que Donald Trump était donné perdant dans les sondages. Le général Mark A. Milley a ainsi dû téléphoner à son homologue chinois, le général Li Zuocheng, pour le rassurer à ce propos.

Puis c’est le choc pour Donald Trump. Après plusieurs jours de suspense, le résultat tombe: il a perdu. En quelques jours, son équipe se met en branle pour décrédibiliser le scrutin. Le 19 novembre, lors une conférence de presse, ses conseillers reprennent une théorie complotiste affirmant que le résultat des votes a été faussé par l’alliance pro-démocrate du financier George Soros, du Venezuela et de deux sociétés: Dominion Voting Systems, qui a fourni les ordinateurs le jour de l’élection, et Smartmatic qui a conçu les logiciels électoraux. Le comble, c’est que la note interne datée du 13 novembre mentionne que ces mêmes conseillers étaient bien conscients qu’ils allaient utiliser une théorie qui était fausse. Le directeur adjoint de la communication de la campagne électorale de Trump, Zach Parkinson, y écrit noir sur blanc qu’il n’y a en réalité aucun lien entre tous ces acteurs supposés anti-Trump.

La note d’Eastman: le plan de Trump pour «gagner» les élections

Petit à petit, les proches de l’ancien président se montrent inquiets. Les auteurs de «Péril» affirment notamment que les principaux collaborateurs de Donald Trump ont dû agir en conséquence pour éviter que la démocratie américaine en pâtisse ou qu’une guerre internationale ne soit déclenchée. Parmi ceux-ci, on trouve général Mark A. Milley, le secrétaire à la Défense Mark T. Esper et le procureur général William P. Barr. Le premier aurait d’ailleurs affirmé que la santé mentale de Donald Trump avait décliné dès qu’il a pris connaissance des résultats de l’élection du 3 novembre.

Une crainte qui paraît justifiée si on en croit un mémo de deux pages révélé par Bob Woodward et Robert Costa. On y découvre qu’un avocat conservateur travaillant avec l’équipe juridique du président, John Eastman, avait conçu une soi-disant tactique pour contrer l’échec des nombreux recours face aux tribunaux américains. Il s’agissait d’annuler les résultats dans sept États acquis au camp démocrate. Le but: faire tomber le nombre de grands électeurs pro-Biden à 222, contre 232 pour Trump, ce qui aurait offert la victoire à ce dernier. La stratégie: demander au vice-président Mike Pence de ne pas certifier les résultats dans ces États puis demander à la Chambre des représentants, alors majoritairement républicaine, de désigner le vainqueur des élections, puisqu’aucun des deux n’aurait atteint les 270 grands électeurs requis.

Quand Trump voit sa stratégie s’effondrer

La note d’Eastman est rapidement transmise à un sénateur, Mike Lee, puis au sénateur Lindsey Graham via l’avocat personnel de Donald Trump, Rudy Giuliani. Dans les deux cas, la stratégie ne convainc pas. «Vous pourriez aussi bien présenter vos arguments à la reine Elizabeth II. Le Congrès ne peut pas faire ça. Vous perdez votre temps», se serait alors exclamé Mike Lee.

Qu’importe qu’ils soient soutenus ou pas, le 4 janvier, Donald Trump et John Eastman vont trouver Mike Pence pour lui exposer la fameuse note. «Vous devez vraiment écouter John. C’est un spécialiste respecté de la Constitution. Écoutez-le», lui aurait confié Donald Trump pour tenter de le convaincre… sans succès. Car le vice-président est formel: aucun texte de loi ne lui permet de manipuler l’élection de la sorte. Face à cette fin de non-recevoir, Donald Trump se serait alors véritablement mis en colère. «Je ne veux plus être ton ami si tu ne fais pas cela. […] Tu nous as trahis. Je t’ai fait. Tu n’étais rien», aurait-il alors répondu.

Le choc de l’attaque du Capitole

Deux jours plus tard, les 5-6 janvier, l’élection de Géorgie se conclut avec la victoire des deux nouveaux sénateurs démocrates, garantissant ainsi à Joe Biden le contrôle du Sénat et, par ricochet, du Congrès. La tension augmente alors encore d’un cran. Le 6 janvier, l’attaque du Capitole a lieu. La représentante démocrate du Michigan Elissa Slotkin appelle Mark A. Milley pour que la Garde nationale intervienne. Le général aurait reçu pour ordre du président que les soldats ne bougent pas mais il passe outre. «Je pense qu’il voulait ça. Je pense qu’il aime ça. Je pense qu’il veut ce chaos. Il veut que ses partisans se battent jusqu’au bout», aurait-il ensuite déclaré au téléphone.

Quatre jours après, c’est à nouveau ce même général qui doit rassurer la Chine qui craint encore d’être attaquée parce que le gouvernement américain serait instable. Comme en octobre, il appelle Li Zuocheng et l’assure du contraire. «Général Li, vous et moi nous connaissons depuis maintenant cinq ans. Si nous allons attaquer, je vais vous appeler à l’avance. Ce ne sera pas une surprise», aurait-il alors affirmé. En parallèle, il demande à la directrice de la CIA, Gina Haspel, et au chef du Renseignement militaire, le général Paul Nakasone, de surveiller les agissements suspects de Donald Trump. Serait-il intervenu au-delà de ses fonctions? Les auteurs de «Péril» se le demandent. «Certains peuvent penser que Milley a outrepassé son autorité et s’est attribué des pouvoirs excessifs», écrivent-ils avant d’ajouter que s’il a fait cela, c’est pour «qu’il n’y ait pas de rupture historique dans l’ordre international, de guerre accidentelle avec la Chine ou d’autres, et que l’arme nucléaire ne soit pas utilisée». Il faut dire que Gina Haspel partageait son inquiétude. Cette tension restera palpable encore plusieurs jours, jusqu’à la cérémonie d’investiture de Joe Biden le 20 janvier.

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