La Belgique, pays européen où les pesticides sont les plus nombreux… dans les logements

Une étude montre que 23 pesticides différents ont été retrouvés dans les chambres belges, soit beaucoup plus qu’ailleurs. Un mélange redouté par les auteurs qui craignent un effet cocktail.

La Belgique, pays européen où les pesticides sont les plus nombreux… dans les logements
@BelgaImage

Ce mardi, l’Initiative citoyenne européenne (ICE) «Sauvons les abeilles et les agriculteurs» a publié une étude très peu flatteuse pour la Belgique. C’est là que les chercheurs ont retrouvé le plus de pesticides différents dans la poussière des chambres à coucher (situées dans une zone d’agriculture intensive), soit 23 pesticides sur les 30 ici analysés. Un chiffre bien plus élevé que la moyenne de huit substances identifiées dans les 21 pays de l’Union européenne (UE) où l’enquête a eu lieu. Les auteurs sont d’autant plus préoccupés que les pesticides retrouvés sont parfois loin d’être anodins.

Malte épargnée par les pesticides

Après analyse de prélèvements par l’équipe strasbourgeoise de Yootest (un organisme spécialiste de la qualité de l’air), il s’avère que la Belgique arrive non seulement loin devant la moyenne européenne mais aussi bien loin des autres pays les plus contaminés. Sur le podium, on retrouve l’Italie (avec 13 substances) et l’Autriche (12). Les Pays-Bas et la République tchèque suivent avec 11 pesticides retrouvés. À l’autre bout du classement, on retrouve Malte (une seule substance), qui profite peut-être de la petitesse de son territoire entièrement entouré par la Méditerranée.

Si on s’intéresse aux quantités cumulatives de pesticides retrouvés dans les chambres, la Belgique perd sa triste couronne, mais elle reste assez haut dans le palmarès. Elle est sixième (989 ng/g), derrière le Danemark (premier avec 5.821 ng/g), l’Espagne (4.942 ng/g), la Lituanie (2.822 ng/g), l’Italie (2.120 ng/g) et l’Irlande (1.581 ng/g). À nouveau, c’est Malte qui arrive en bout de liste (3 ng/g).

«Inacceptable»

Quant à la dangerosité des produits, l’enquête note que des pesticides cancérogènes ont été détectés dans le quart des échantillons. Dans trois cas sur trois, il y avait des inhibiteurs comme de la cholinestérase, soit le poison qui a été donné à haute dose à l’opposant russe Alexeï Navalny il y a un an. Puis il y a les produits suspectés de nuire à la reproduction humaine, présents dans 81% des prélèvements.

Pour les auteurs de l’étude, ces conclusions sont particulièrement inquiétantes au vu de la littérature scientifique déjà existante. «De nombreuses études épidémiologiques ont a démontré un lien entre la proximité des zones agricoles et l’incidence de divers maladies chroniques comme le cancer et l’infertilité, les fausses couches, les malformations congénitales et les troubles hormonaux», rappellent les auteurs de l’enquête. Ils notent aussi que d’autres études de biosurveillance humaine «ont trouvé un lien entre la contamination par les pesticides dans la poussière domestique et dans les échantillons corporels des résidents du ménage». «De plus, les résidents vivant plus près des terres agricoles traitées aux pesticides ont non seulement tendance à avoir des niveaux plus élevés de pesticides dans les échantillons de cheveux et l’urine, mais aussi des niveaux plus élevés de dommages à l’ADN, marqueurs du stress oxydatif».

Une situation qui révulse Martin Dermine, l’initiateur de l’ICE «Sauvons les abeilles et les agriculteurs». «Dans les zones rurales, les bébés qui rampent sur le sol sont constamment exposés à travers la poussière, à des pesticides cancérigènes ou perturbateurs endocriniens», s’émeut-il. «Ce n’est pas acceptable car la science montre que l’exposition à de minuscules concentrations de ces produits chimiques peut causer des dommages. De plus, l’exposition à des mélanges de pesticides n’est pas testée dans l’UE».

Un appel à agir

L’étude comporte malgré tout plusieurs limites. Elle n’a pu être financée qu’à l’aide de moyens limités et n’a analysé qu’un nombre très réduit d’échantillons. Cela ne permet donc pas d’avoir une vue globale du taux de contamination aux pesticides au sein de la population européenne. Aucune conclusion globale ne peut en être tirée. Mais pour les auteurs, cela permet d’avoir un indicateur sur la réalité méconnue du terrain.

Ils appellent ainsi à agir afin d’améliorer cette situation. Selon eux, «les rapports scientifiques montrent que les pratiques agroécologiques sans pesticides peuvent nourrir le monde et que nous avons les outils pour développer une agriculture vertueuse qui concilie production de nourriture et environnement». Ils rappellent que la Commission européenne a prévu en mai 2020 de réduire de moitié l’utilisation de pesticides d’ici 2030 mais regrettent «une opposition farouche de la part des industries de pesticides et – malheureusement – de la plupart des États membres» de l’UE. En Europe, la Belgique est le troisième pays consommant le plus de pesticides en kg par hectare de terres cultivées selon les chiffres datant de 2018 de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

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