Batopin: où sont passés les distributeurs de billets ?

Alors que trouver un distributeur de billets relève déjà parfois du défi, le nouveau réseau Batopin réduira drastiquement leur nombre d'ici 2024. Un projet fortement critiqué.

Batopin
Les nouvelles machins Bancontact à Anderlecht. – BELGA PHOTO HATIM KAGHAT

Le nouveau réseau est lancé. Ce mercredi, le projet Batopin des quatre banques de Belgique ouvre ses premiers distributeurs automatiques de billets « neutres » du pays. Ces points cash, portant le logo de Bancontact, ont été installés à Anderlecht, Gand, Lierneux, Stavelot, Nimy et Clavier. D’autres suivront prochainement pour atteindre l’objectif de 2.000 distributeurs sur quelque 700 emplacements sur l’ensemble du territoire belge, tandis que ceux des banques Belfius, BNP Paribas Fortis, ING et KBC disparaîtront progressivement d’ici fin 2024.

Le sud du pays lésé

Quand on sait que ces quatre grandes banques disposent actuellement d’environ 5.800 machines réparties dans 2.300 agences en Belgique, cette initiative concentre les critiques puisqu’elle risque de réduire leur nombre… de moitié. « Il est difficile de ne pas penser qu’une partie de la population sera lésée par ce processus », redoute Danièle Bovy de Test Achats, citée par Le Soir.

Pour se défendre, Batopin assure que « le projet veillera à ce que 95% des Belges puissent accéder à un point cash dans un rayon de moins de 5 kilomètres de leur domicile ». Faire mieux avec moins serait ainsi sa devise. Pourtant, selon l’ASBL Financité de promotion d’une finance responsable et solidaire, la dernière version du projet ne respecterait pas sa promesse dans le sud du pays, déjà actuellement moins bien desservi en services bancaires. En particulier, les provinces du Luxembourg et de Namur, toujours plus délaissées.

Incompatible et payant ?

Côté politique aussi, le projet fait des remous. Ecolo-Groen dénonce un plan « inacceptable », ciblant surtout cette règle de 5 kilomètres. « Cette norme est appliquée aux Pays-Bas, mais elle n’est pas compatible avec l’aménagement du territoire fragmenté chez nous », estime le député fédéral Nicolas Parent. « La norme devrait être la suivante: au moins un guichet automatique dans chaque zone résidentielle et les zones rurales, quelle que soit la distance entre deux guichets. »

– BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Autre problème soulevé par les Verts: les opérations traditionnelles telles que les virements ne seront pas possibles via les simples distributeurs Bancontact, hors agences. Ils craignent ainsi que « certains citoyens, souvent plus vulnérables, pâtissent plus que d’autres de cette situation, à savoir les personnes âgées, les personnes défavorisées sur le plan numérique ou précarisées. Face au monde numérique et sans service d’assistance téléphonique, ces citoyens seront désormais obligés de payer un supplément pour un service qui, il y a quelques années encore, était évident. »

Test Achats a également des craintes sur le futur coût des retraits d’argent. Face à une tendance qui se dessine en règle générale pour les faire payer, l’association des consommateurs plaide pour un accès au cash gratuit. « Mais Batopin refuse de s’exprimer à ce niveau, précisant que cela relève de la politique commerciale de chaque banque », regrette Danièle Bovy. C’est déjà mauvais signe.

Moins de distributeurs parce que les Belges les délaissent ? Ou l’inverse ?

Ce n’est un secret pour personne : le nombre d’agences bancaires est en constante diminution depuis plusieurs années. Et avec elle, la disparition des distributeurs de billets. Pour justifier une telle démarche, les banques pointent le désintérêt grandissant des Belges pour le cash, en particulier depuis la crise sanitaire et l’émergence du sans contact.

Mais pour la spécialiste des services bancaires chez Test Achats, cet argument cache une certaine « mauvaise foi ». « Les banques vous disent qu’elles s’adaptent aux comportements des consommateurs, tandis que les consommateurs ont à juste titre la très nette impression que les banques en général les poussent vers le tout au digital, de faire toujours plus eux-mêmes. Et tout ça se fait de façon assez rapide et même galopante », analysait Danièle Bovy ce mercredi matin sur la Première, avant d’illustrer par ses propos par un exemple: « c’est au moment où il y a eu le plus de retraits en cash, vers 2013 ou 2015, quand les retraits ont été les plus nombreux et les plus volumineux en cash, que le nombre de distributeurs a commencé à baisser. » Ils étaient encore plus de 8.700 en 2015, il n’en restera que près de 2.000 en 2024.

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