La Chine dans le périscope

Une crise diplomatique a éclaté entre la France et les États-Unis suite à la rupture du “contrat du siècle” concernant des sous-marins. Mais elle en cache une autre, bien plus sérieuse… -

La Chine dans le périscope

En diplomatie, rappeler son ambassadeur au pays pour consultation est un acte grave. Qui correspond au coup de semonce tiré par un navire de guerre avant le déclenchement de mesures hostiles. La France, en rappelant ses ambassadeurs en poste en Australie et aux États-Unis, a montré la mesure de sa colère. Un contrat de vente à l’Australie de 12 sous-marins conventionnels, fleurs de la technologie militaire tricolore, signé en 2016 et confirmé en 2019, venait de lui passer sous le nez au profit des Américains. Des dizaines de milliards de chiffres d’affaires évaporés.

L’annonce conjointe du nouveau partenariat entre l’Australie et les États-Unis ne citait même pas l’allié français. Qui vient ainsi de se faire marcher dessus tel un paillasson devant toute la communauté internationale. Une vague consolation prononcée à l’intention de la diplomatie française par Scott Morrison, le Premier ministre australien a, cependant, interpellé. “La décision de prendre un autre chemin, n’est pas un changement d’avis mais un changement de besoin”, avait-il expliqué. En l’occurrence, le besoin se matérialise en sous-marins américains à propulsion… nucléaire. La propulsion conventionnelle proposée par les Français – c’est-à-dire diesel – est un mode de déplacement immergé bien plus détectable. Et détectable par qui? La Chine est la cible désignée…

Au-delà de l’enjeu industriel, commercial, diplomatique avec la France, se dessine, ainsi, un enjeu militaire bien plus sérieux avec les Chinois. Pour comprendre à quel point il est grave, il suffit de se souvenir que les États-Unis n’ont partagé qu’une seule fois leur technologie de propulsion nucléaire. En 1958, avec les Britanniques. Cette actuelle deuxième exception australienne a fait réagir Pékin qui a dénoncé une vente “extrêmement irresponsable”. Une vente qui succède aussi à une série d’incidents sino-américains. Le 26 juillet dernier, un sommet entre la vice-secrétaire d’État américaine Wendy Sherman et le vice-ministre chinois des Affaires étrangères Xie Feng n’avait débouché que sur le reproche fait par celui-ci à son homologue de “vouloir diaboliser la Chine et d’en faire une ennemie”.

Ce sommet faisait suite au désastre diplomatique d’Anchorage, durant lequel le chef de la commission des Affaires étrangères du Parti communiste chinois Yang Jiechi et le secrétaire d’État américain Anthony Blinken s’étaient échangé des insultes devant la presse internationale consternée. Ces tensions sont, de fait, le fruit d’une réalité de plus en plus aveuglante. La technologie chinoise est à la pointe du progrès. Le retour sur Terre de trois taïkonautes après un séjour de trois mois à bord de la station spatiale chinoise vient de nous le rappeler. Et accréditer la thèse selon laquelle les prodigieuses prouesses techno-industrielles chinoises pourraient se transformer très rapidement en une non moins prodigieuse puissance militaire…

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