Au Texas, les gardes-frontières chassent les migrants à cheval

La situation est tendue à la frontière américaine, où des migrants haïtiens sont repoussés et maltraités par des agents juchés sur leurs chevaux. Une scène qui en dit long.

Au Texas, les gardes-frontières chassent les migrants à cheval
PAUL RATJE / AFP

C’est l’image de la honte pour l’administration Biden. Une image digne du Far West. Face à l’afflux de migrants, en grande majorité haïtiens, à la frontière avec le Texas, les autorités américaines ont décidé d’accélérer le rythme des expulsions par avion. Sur le sol, ils sont une dizaine de milliers massés aux abords d’un pont à Del Rio, à attendre depuis plusieurs jours, dans la chaleur, dans l’espoir d’être admis aux Etats-Unis. Certains d’entre eux se lavent dans le fleuve Rio Grande, situé non loin de là, ou le traversent pour aller chercher de la nourriture au Mexique. Mais ils se heurtent parfois aux gardes-frontières qui tentent de les repousser, non sans user de méthodes honteuses.

Sur les clichés pris par des photographes de Reuters ou AFP, on peut y voir un agent à cheval saisir un homme par son t-shirt ou un autre, portant un chapeau de cow-boy, menacer un groupe avec ce qui semble être un fouet.

Un agent fait tourner ses rênes pour tenir un groupe à distance, faisant craindre des coups de fouet. – PAUL RATJE / AFP

La réaction de la Maison Blanche

« Ce traitement qu’il nous réserve, c’est du racisme », a dénoncé un Haïtien sur les rives du fleuve, auprès de l’agence Reuters. Ces images d’hommes noirs poursuivis par des officiers blancs à cheval n’ont pas manqué de choquer par la résonance historique de la scène.

« C’est horrible à regarder », a reconnu lundi la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki. « Je ne connais pas le contexte, mais je ne vois pas dans quel cadre ce serait approprié », a-t-elle souligné, ajoutant que « cela ne devrait jamais se reproduire ». Pour le ministre américain de la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas, il se pourrait que les agents « essayaient de contrôler les chevaux » afin qu’aucun migrant ne soit blessé. D’où l’utilisation des longues rênes. « Nous allons mener une enquête pour être sûrs que la situation est bien celle-là, dans le cas contraire, nous agirons en conséquence », a-t-il assuré.

Biden en difficulté

Mais ce n’est pas suffisant aux yeux des militants pour les droits humains. Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International, dénonce « une image qui reflète le racisme, la cruauté et le résultat de politiques inhumaines qui ont généré une crise aux frontières des Etats-Unis et du Mexique. Ces personnes ayant besoin d’une protection internationale sont persécutées et piégées par ceux qui osent s’appeler ‘autorité’ ». Le militant américain des droits civiques Shaun King, lui, parle d’une « abomination », à l’image des enfants migrants séparés de leurs parents et placés dans des cages par l’administration Trump. « Mais ici ce sont les officiers de Biden », précise-t-il.

Le président américain avait pourtant promis une approche plus humanitaire de la question migratoire que son prédécesseur. Depuis son arrivée au pouvoir en janvier, plus d’1,3 million de migrants ont été interpellés à la frontière avec le Mexique. Un niveau inédit depuis 20 ans. Pour stopper le récent afflux, Joe Biden a même usé d’une mesure sanitaire adoptée au début de la pandémie par Donald Trump afin de limiter soi-disant la propagation du virus.

Des milliers de migrants sous un pont à Del Rio, au Texas. – REUTERS/Adrees Latif

Ces Haïtiens sont pourtant renvoyés dans un pays qui peine à se relever d’une série de crises, comme le séisme qui fait 2.200 morts dans le sud-ouest en août et l’assassinat du président en juillet. Les autorités haïtiennes ont demandé un « moratoire humanitaire » sur ces expulsions de migrants qui, comme le souligne le Washington Post, avaient pour nombre d’entre eux quitté leur pays il y a plusieurs années pour se réfugier en Amérique latine avant d’entreprendre le grand périple vers les États-Unis. Les plus jeunes d’entre eux, dont les parents avaient fui Haïti après le terrible tremblement de terre de 2010, connaissent à peine leur pays d’origine.

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