« Épidémie des non-vaccinés » : les propos de De Croo ne passent pas

Tant sur la forme que sur le fond, le discours tenu par les autorités à l'encontre des personnes non-vaccinées interpelle.

Alexander De Croo
Alexander De Croo. – BELGA/OLIVIER HOSLET

 

« Cette épidémie devient une épidémie des non-vaccinés. » Ce sont les mots prononcés par le Premier ministre Alexander De Croo lors de la conférence de presse du dernier Comité de concertation. Cette situation, « nous ne pouvons pas l’accepter en tant que société », a-t-il ajouté, accusant les derniers réfractaires à la vaccination de « mettre les autres en danger » et d’être « responsables » de la prolongation de certaines mesures de restriction.

Le lendemain, aux Fêtes de Wallonie, Elio Di Rupo a enfoncé le couteau, en appelant les Wallons qui ne se sont pas encore fait vacciner contre le coronavirus à faire leur « examen de conscience ». « Leur responsabilité est réelle. Les personnes non vaccinées doivent bien mesurer les conséquences de leur inaction et de leurs tergiversations », a lancé le ministre-président wallon.

Ce changement de ton adopté par les autorités à l’encontre des non-vaccinés interpelle. Invité sur le plateau de l’émission C’est pas tous les jours dimanche, Frank Vandenbroucke a tenté de tempérer les propos tenus par le chef du gouvernement fédéral. « Ce qu’il a dit, c’est que c’est un acte de solidarité de se faire vacciner », a-t-il déclaré. Mais le mal est fait.

Contre-productif

Le discours entendu ce week-end en a choqué plus d’un – vaccinés y compris – car il risque bien d’accentuer la polarisation de la société. « Ce n’est ni en récompensant les gens ni en les accusant qu’on va changer les choses », affirme auprès de nos confrères de la Libre Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie à l’UCLouvain et membre du GEMS+. Un avis que partage son collègue Olivier Luminet. « Dans un sens comme dans l’autre, ce sont des stratégies qui sont très peu efficaces parce que ça risque d’accentuer encore l’opposition. »

Pour convaincre les hésitants, le coauteur du baromètre de la motivation privilégie l’information plutôt que la culpabilisation et la stigmatisation. Parmi les non-vaccinés, « il y a une petite proportion qui ne se fera sans doute jamais vacciner, mais il y a aussi beaucoup de gens, notamment à Bruxelles, qui manquent encore d’informations », souligne Olivier Luminet. « Les propos du Premier ministre risquent de raidir un certain nombre de gens hésitants qui sont pourtant prêts à entendre des explications scientifiques. Agiter la menace risque de les détourner de ces informations. »

« C’est l’épidémie de tout le monde »

Sur le fond aussi, les propos du Premier ministre posent problème. Bien que les non-vaccinés occupent la majorité des lits Covid, ils ne sont pas responsables de l’épidémie, selon Yves Coppieters. « Ceux qui sont responsables d’une situation qui va être très compliquée, ce sont les personnes à risque qui ne sont pas vaccinées », corrige le professeur en santé publique à l’ULB. « On embrouille tout en disant que ce sont les non-vaccinés, comme si un enfant de treize ans en pleine forme était responsable. C’est n’importe quoi. Il faut avoir le courage de continuer à viser les groupes cibles que sont ces personnes à risque de remplir les hôpitaux. »

Sur La Première pour commenter les chiffres alarmants du coronavirus à Liège, le président démissionnaire de l’Absym Philippe Devos a, lui aussi, tenu à apporter une légère nuance. « C’est l’épidémie de tout le monde, mais si c’est une vague avec un lockdown, ce sera un lockdown dû aux non-vaccinés. »

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