Le Covid Safe Ticket est-il vraiment la solution ?

En généralisant l'utilisation du pass sanitaire, les autorités bruxelloises espèrent booster la vaccination. Mais c'est une autre réaction qu'elles risquent à tous les coups de provoquer.

Le Covid Safe Ticket est-il vraiment la solution ?
– BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Bruxelles a mis sa menace à exécution. À partir du 1er octobre, le Covid Safe Ticket sera bel et bien étendu  dans divers secteurs. Il faut dire que les multiples actions décentralisées, mises en place ces dernières semaines, n’ont pas fait augmenter le taux de vaccination, ou en tout cas pas assez rapidement.

La semaine dernière, 9.900 personnes ont été vaccinées en moyenne par jour dans la capitale. C’est mieux que la semaine précédente, mais loin des 16.000 injections espérées. Résultat : la Région bruxelloise reste la pire élève de Belgique, avec 63% de sa population majeure vaccinée, contre 79% en Wallonie et 90% en Flandre. « Malheureusement, on n’arrive pas à augmenter nos chiffres », déplorait mardi la responsable du service hygiène de la Cocom Inge Neven. Même la menace du Covid Safe Ticket n’aura pas déchaîné les foules. Va-t-il désormais le faire maintenant que son extension a été actée par le gouvernement bruxellois ce jeudi ?

Bruxelles n’est pas la France

Les autorités ne le cachent pas: le pass sanitaire est « un incitant » pour que la population se fasse vacciner, admettait encore ce matin Frank Vandenbroucke au micro de Bel RTL. Ce fameux document est demandé dans les cinémas, restaurants et autres établissements de « tous nos pays voisins », a rappelé le ministre fédéral de la Santé, soulignant qu’il ne s’agissait pas de « dictatures », mais de « pays intelligents ».

En France, par exemple, pays où la généralisation du pass sanitaire semble avoir fait le plus grand bruit, celle-ci a fait ses preuves. En presque deux mois, ce dispositif a permis à l’Hexagone de rattraper son retard vaccinal, dépassant même la Belgique francophone. Et ce, malgré une farouche opposition qui se réunit par dizaines de milliers tous les week-ends.

« On a pu remarquer que dans certains pays cela a eu un rôle stimulant sur la vaccination, c’est une réalité », analysait récemment Marius Gilbert, invité sur le plateau de « C’est pas tous les jours dimanche ». « Mais la réalité de l’hésitation de la vaccination belge n’est pas forcément identique à celle des Français (…) Donc il n’est pas évident que cette obligation va marcher », tempérait l’épidémiologiste, tout en admettant qu’il était « trop tard » pour la sensibilisation.

Décision « absurde »

La position de Yves Coppieters sur la question est plus tranchée. Pour le professeur de Santé publique à l’ULB, ce choix politique est « une erreur ». En visant les activités de la vie quotidienne, telles que les salles de sport, les bars et les boîtes de nuit, l’extension du pass sanitaire va surtout toucher les jeunes, eux qui ne sont pourtant pas les premiers concernés par la vaccination. Cela ne risque donc pas d’améliorer significativement la couverture vaccinale chez les plus de 65 ans et les personnes avec des comorbidités.

Sur le plan sanitaire, l’expert qualifie également cette décision d’« absurde » tant la taille de la Région bruxelloise est petite. Certains secteurs dénoncent d’ailleurs le caractère discriminatoire de cette mesure par rapport aux régions voisines, tandis que d’autres, comme l’horeca par la voix de Fabian Hermans, redoutent « la désertion de la clientèle ». « Il faut absolument trouver la meilleure solution pour tout le secteur », insistait ce jeudi matin l’administrateur de la Fédération Horeca Bruxelles, plaidant pour un Covid Safe Ticket à l’italienne, sans responsabiliser les restaurateurs.

Il est difficile aujourd’hui de mesurer l’impact – positif ou négatif – du pass sanitaire tant sur la campagne de vaccination que sur l’économie bruxelloise. Mais, ce qui est sûr, c’est que cette obligation présente un inconvénient majeur: le Covid Safe Ticket va renforcer la résistance vaccinale parmi certaines populations et accentuer de ce fait la polarisation de la société, entre vaccinés et non-vaccinés.

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