De la piscine à la serre exotique: quand les talibans investissent le palais d’un ancien vice-président

Les nouveaux maîtres de l’Afghanistan veulent discréditer l’ancien régime en montrant sa face la plus choquante: celle de son indécente opulence.

De la piscine à la serre exotique: quand les talibans investissent le palais d’un ancien vice-président
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C’est une villa aux dimensions gigantesques, située à deux pas du quartier des ambassades de Kaboul, à Sherpur, un ancien bidonville. Aujourd’hui, ce palais est déserté par son propriétaire, l’ancien vice-président Abdul Rashid Dostum, chassé du pouvoir par les talibans. Depuis, ces derniers ne se sont pas privés d’y faire une petite visite et de s’y installer. Près d’un mois après leur prise de Kaboul, ils ont fini par en ouvrir les portes aux journalistes étrangers. Le but est clairement de jeter l’opprobre sur leurs prédécesseurs mais en l’occurrence, ils ont su toucher là où ça fait mal. Ce palais est en effet un des symboles de la corruption supposée massive des anciens hommes forts de l’ancien régime. Le quotidien de Dostum était à mille lieues de celles des autres Afghans.

«C’est la première fois que je vois ce genre d’endroit»

L’ancienne demeure du vice-président prend aujourd’hui des airs de campement de luxe. Près de 150 combattants talibans ont aujourd’hui le privilège de vivre ici, comme le fait savoir le New York Times. Oublié le temps où ils dormaient dans les coins les plus reculés du pays. Maintenant, ils peuvent dormir sur les canapés de luxe qui bordent les très longs couloirs du palais. Partout, des toiles représentant des équidés en tous genres. «Personnellement, je crois que ce qu’il aimait le plus, ce sont les chevaux», juge un taliban chargé de faire visiter les lieux.

De pièce en pièce, c’est une opulence incroyable qui se donne à voir. On commence en douceur par une salle de billard jouxtée d’un bar, puis on passe à la piscine, logée dans une pièce qui fait penser aux grands palais des shahs de Perse. Le sauna et le jacuzzi sont juste à côté, ainsi que la salle de gym personnelle de l’ancien vice-président. Ceux qui ont envie de se mettre au vert peuvent ensuite se balader dans la grande serre tropicale de la villa, dominée par un immense lustre. Les talibans s’y réunissent parfois (armes et tasses de thé à la main) sur les fauteuils installés au centre de cette petite forêt. Sur les murs, de fabuleuses fresques montrant des paysages de rêve. Dans les couloirs, les tapis sont moelleux à souhait et des poissons exotiques regardent passer les nouveaux maîtres afghans depuis leurs aquariums géants. Et c’est comme ça sur plusieurs étages, dans ce qui représente un véritable dédale.

Le guide qui accompagne les journalistes étrangers s’étonne toujours de la richesse de l’ancien vice-président. «Je vis en ville, mais c’est la première fois que je vois ce genre d’endroit. Nous avons passé toute notre vie dans des montagnes et des déserts. Notre peuple n’a rien à manger (…). Nos politiciens et les riches ont construit ces maisons en déversant le sang», s’indigne-t-il. Aujourd’hui toutefois, le privilégié, c’est lui. Il a la chance de faire partie de la garde rapprochée de Qari Salahuddin Ayoubi, un des talibans les plus puissants. C’est ce dernier qui a été nommé commandant militaire de la province de Kaboul. Mais les nouveaux résidents l’assurent: résider dans ce lieu splendide est une considération tout à fait secondaire. «Vivre dans les montagnes ou dans le luxe ne change rien pour nous, car notre foi est l’islam et dans l’islam (…) seule nous importe la vie après la mort», assure l’un d’entre eux à l’AFP, alors qu’une douce brise sort de la climatisation poussée à fond. Quant au maréchal Dostum, accusé de crimes de guerre dont un massacre de 2.000 personnes en 2001, il est loin désormais. Il a probablement fui vers la Turquie, peu avant l’arrivée des fondamentalistes religieux.

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