Le 11 septembre, un événement historique entré dans la mémoire collective

Un professeur en psychologie des émotions a étudié comment les attentats du 11 septembre 2001 ont frappé l’inconscient collectif.

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Le 11 septembre 2001, la vie s’est arrêtée pour 2.977 personnes, dont un Belge, Patrice Braut. Quatre attaques simultanées étaient menées aux États-Unis, un événement qui a fortement marqué au point d’appartenir désormais à la mémoire collective, selon Olivier Luminet, professeur en psychologie des émotions à l’UCLouvain et à l’ULB.

Comment un événement entre-t-il dans l’inconscient collectif ? Quels facteurs entrent en jeu pour que toute une génération s’en rappelle des décennies plus tard ? C’est ce qu’a voulu découvrir Olivier Luminet, qui a mené, peu après les attentats du 11 septembre, une étude dans plusieurs pays d’Europe et aux Etats-Unis. Les émotions que l’on ressent au moment d’un événement influent la capacité à s’en rappeler. L’émotion qui a eu le plus d’impact dans le cas des attentats du 11 septembre était la surprise, explique le professeur Luminet.

On se souvient des avions qui s’écrasent sur les deux tours du World Trade Center parce qu’on a été surpris. « C’était très neuf à l’époque » ce genre d’attaques, souligne Olivier Luminet, « en tout cas dans le monde occidental. Et quand c’est très nouveau, c’est retenu et considéré comme un événement marquant, historique ». Outre ce facteur de l’ordre plutôt du réflexe, des comportements volontaires jouent aussi un rôle : le fait d’en avoir discuté, d’avoir suivi cette actualité dans les médias, par exemple. « Cela maintient le souvenir dans le temps », selon le professeur en psychologie des émotions.

« Mémoire flash« 

A l’image par la suite des attentats de Bruxelles, en 2016, l’appartenance collective et l’identité sociale influent aussi sur la conservation des souvenirs. « On construit chacun sa propre identité mais lorsqu’un événement particulier se produit, l’identité sociale entre en jeu », explique M. Luminet. Les discours qui ont suivi après les attaques de 2001, ou celles de 2016, étaient de l’ordre « nous, les Américains » ou « nous, les Bruxellois ». Les personnes qui ressentaient un sentiment d’appartenance collective fort sont celles qui se souviennent le mieux de ces événements. Autre critère qui favorise la mémoire collective : le phénomène appelé « mémoire flash ».

« Les Américains, comme les Bruxellois, se rappellent de l’endroit où ils étaient au moment des attaques, ce qu’ils faisaient, avec qui… Cette mémoire de contexte fait qu’on s’en rappelle davantage et que l’événement deviendra historique », explique le professeur Luminet. « Ca n’arrive pas souvent, c’est très rare. Si je vous parle de la chute de Kaboul, vous saurez sans doute me dire ce qu’il s’est passé mais sans doute pas où vous étiez au moment où c’est arrivé », illustre-t-il. Lorsque ce phénomène entre en jeu, « cela reste dans la vie des gens ».

Ces attentats du 11 septembre sont ainsi considérés comme un événement historique, qui fait partie de la mémoire collective, du moins dans les pays occidentaux. « Ce n’est pas le cas partout. Par exemple, la Turquie était plus habituée à vivre des attentats déjà en 2001. Les attaques du 11 septembre n’y ont donc pas été aussi marquantes », pointe Olivier Luminet. Un phénomène d’habituation qui a aussi été observé en Europe, touchée par une vague d’attaques terroristes revendiquées au nom de l’État islamique depuis 2015. « On a été très marqués par les premiers attentats et puis moins. On va moins se rappeler ce que l’on faisait » lors des attaques ultérieures.

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