Juicy et Eddy Ape illuminent les Nuits Botanique

Une création féérique sous le chapiteau et du hip-hop festif à la Rotonde... Le festival bruxellois a mis en avant ce vendredi des artistes belges qui apportent une vraie valeur ajoutée à notre scène nationale. Bien vu.

crédit paullouisgodier.com
crédit photo Juicy: paullouisgodier.com

 

Le 26 septembre 2001, la « castafjord» islandaise Björk, alors à son sommet, se produisait aux Nuits Botanique avec un orchestre classique, une chorale féminine et le duo électro Matmos. Un moment unique. Une création comme on voit très peu dans un festival musical. On se rappelle les frissons qui nous ont parcourus alors, de la robe immaculée de Björk de ses pas de danse, de ses petits rires, du mariage d’une pop moderne avec des cordes et des flûtes, de cette euphorie qui avait suspendu le temps…

Vingt ans plus tard, ce vendredi 10 septembre, tous ces souvenirs sont remontés à la surface grâce la prestation du Juicy Orchestra dans cette édition particulière des Nuits. Ce n’est pas comparable, certes. Mais dans l’esprit, ça tient du même challenge. Voilà deux jeunes femmes, Sasha Vovk et Julie Rens, qui n’ont jamais cessé de se réinventer à chacun de leur EP et qui ont toujours soif d’aventures. En chantier depuis deux ans, maintes fois repoussé mais jamais abandonné, ce projet ambitieux, quasi utopique dans le contexte économique qui est le leur, s’est enfin concrétisé.

Audace et élégance

Le Juicy Orchestra, c’est donc ce duo de musiciennes aux voix complémentaires. Elles sont accompagnées par quatorze cordes, sept flûtes, une contrebasse et une guitare électrique. L’ancien répertoire, dominé par des influences urbaines, est complètement réarrangé. Les nouvelles chansons, qui figureront sur un album prévu pour début 2022 (avec release party en février à l’Ancienne Belgique), amènent le projet dans une nouvelle dimension. Il y de la modernité, de la culture hip-hop, des instruments organiques, des joutes vocales, un bagage classique, du chant en français, en anglais et toujours de l’élégance. Personne n’occupe ce terrain sur notre scène pop. C’est audacieux, riche en nuances et ça ne tombe jamais dans la démonstration ou la simple exécution d’une partition.

Car Sasha et Julie s’amusent et ne trichent jamais. Tout en suivant la baguette du chef d’orchestre de Denis Menier et les notes arrangées par le compositeur Jean-Marie Rens (le papa de Julie), les instrumentistes de l’Ensemble Vibration se plaisent à sortir de leur zone de confort. On est loin du velours rouge et de l’attention respectueuse d’une salle de concert d’une académie. Ici aux Nuits, le public est debout. Il parle. Les gobelets de bière tombent sur le sol, les averses giflent la structure du Chapiteau. C’est rock and roll… C’est inédit aussi. Cette heure magique se conclut toutes lumières allumées par une vibrante ovation et l’envie de voir cette création s’exporter, même dans une formule light.. Qu’on se le dise, Juicy Orchestra, ce n’est pas de la pop avec un ensemble classique. Ce n’est pas du classique qui vient se greffer sur un projet urbain. Non. Juicy Orchestra, c’est Juicy Orchestra. C’est unique et c’est top.

Eddy Ape en mode conquérant

Eddy Ape copyright David Salomonowicz

Changement de décor et de lieu. On arrive à la Rotonde. Eddy Ape est déjà sur scène et ça groove. L’attachant artiste hip-hop bruxellois n’est pas venu tout seul pour présenter son recommandable EP « Supernova » sorti il y a quelques jours. Son groupe compte un DJ, un bassiste, un batteur, un guitariste, un claviériste et un saxophoniste et ça envoie du gros son. Des grosses vibes aussi. Le public est jeune, essentiellement féminin. Eddy est tout ému. C’est un performer. On est ici pour passer un bon moment. L’énorme Mi Corazon et le tubesque Bandana (qui sera joué deux fois) retournent tout. Mais Eddy Ape réussit aussi à insuffler des messages dans sa prestation. Un Meilleur Moi, où il se met particulièrement à nu, et Katrina (allusion métaphorique à l’ouragan qui a frappé les côtes américaines en 2015) avec son invitation à la tolérance sont reçus cinq sur cinq. Fan de Matthieu Chédid, de Stromae et d’un hip-hop américain festif à la Outkast, Eddy Ape ajoute à ses chroniques de la vie quotidienne du soleil, de la bonne humeur et juste le zeste pimenté qu’il faut de ses racines métissées. Une belle release party…

crédit photo Juicy:  paullouisgodier.com

 

 

 

 

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