Ce traitement contre le covid qui reste sous-utilisé en Belgique

Couteux, les anticorps monoclonaux sont toutefois une piste thérapeutique prometteuse pour limiter les hospitalisations et les décès.

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Arme décisive contre le virus, la vaccination représente sans aucun doute notre principale porte de sortie, un an et demi après le début de la pandémie. La principale, mais pas la seule. À côté du masque, des gestes barrières, du testing et du tracing, certains traitements thérapeutiques commencent aussi à faire leurs preuves. C’est le cas des anticorps monoclonaux.

Développée dans les années 80, cette technique vise à sélectionner, par génie génétique, les anticorps les plus performants contre une agression virale. Puis de les cloner, de les purifier, de les concentrer et de les injecter aux patients. Ces petits soldats de synthèse vont alors mimer l’action des anticorps produits par le système immunitaire en cas d’infection, et partir à l’assaut du virus.

Un traitement tout indiqué lorsque le SARS-CoV-2 a réussi malgré tout à franchir le bouclier du vaccin, et que le patient développe des symptômes de la maladie. Les anticorps monoclonaux, « s’ils sont donnés précocement, permettent d’éviter des complications graves du coronavirus et donc des hospitalisations en salles traditionnelles comme en soins intensifs », expliquait récemment à Belga Jean-Christophe Goffard, chef du service de médecine interne et responsable des unités Covid-19 à l’hôpital Erasme.

Diagnostics trop tardifs

Depuis quelques mois, le gouvernement fédéral en a constitué un stock stratégique. Pour traiter les personnes à risque, tous les hôpitaux peuvent en effet y avoir accès. Or, déplorait Jean-Christophe Goffard, « il y a pour l’instant une sous-utilisation de ces anticorps, et ce parce que les patients sont diagnostiqués trop tardivement, arrivent trop tard à l’hôpital, ou ne sont pas référencés comme patients à risque pouvant recevoir ces traitements ».

Comme l’expliquait le praticien dans la DH de ce samedi, cette option thérapeutique reste encore trop peu connue des médecins généralistes et de la première ligne de soin. « Là où ça coince, c’est au niveau des médecins. Ce n’est pas assez connu, il y a un manque de connaissances, ils n’identifient pas les patients chez qui on peut l’administrer ou ne demandent pas l’avis d’hôpitaux universitaires ».

 « Pour ceux qui s’infectent malgré tout, il est essentiel de poser un diagnostic rapide suivi d’un traitement par anticorps monoclonaux », abondait cette semaine dans Le Soir l’immunologiste Michel Goldman. Le professeur de l’ULB a co-signé un article paru début septembre dans la revue Transplantation, qui illustrait l’efficacité de ce traitement à partir du cas de 9 patients immunodéprimés, contaminés malgré une double vaccination, puis guéris après l’administration d’anticorps monoclonaux.

Et si leur coût paraît prohibitif- 1640 euros la dose pour le cocktail de l’Américain Regeneron-, il est à mettre en balance avec celui d’un séjour prolongé à l’hôpital. « Quand vous êtes hospitalisé dans une salle classique, c’est en moyenne 400 euros par jour et en général avec le Covid, on reste plus d’une semaine », calculait ainsi Jean-Christophe Goffard. Quand on sait que les hospitalisations Covid sont très souvent longues, voire très longues…

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