Lubiana signe le meilleur album belge de la rentrée

Fruit d’un cheminement long de dix ans, “Beloved” sublime les racines métissées de l’artiste née sous nos yeux un soir de 2011 dans The Voice.

Lubiana, crédit Melie-Hirtz
Lubiana apporte du soleil sur la rentrée discographique. Crédit Melie Hirtz

Traversé de kora, se terminant sur une incantation digne d’un chant griot et baignant dans une empathie sincère, « Beloved” n’est pas un album de musiques de monde. C’est un disque à l’image de son auteure et interprète Lubiana. L’artiste belge, qui nous avait donné des frissons en interprétant le classique soul Ain’t No Sunshine de Bill Withers dans The Voice en 2011, se nourrit de ses racines métissées, de son amour de la pop occidentale et d’une quête initiatrice qui l’a transformée. Les chansons de “Beloved” donnent envie de bouger (Fighter, Feeling Low). Elles nous invitent à méditer (We Carry All Colors), à croire en soi et en nos rêves (Self Love). “Beloved” est le résultat d’un cheminement, explique-t-elle. La thématique ultime de l’album, c’est l’amour. Il se retrouve de façon différente dans chacune des chansons. J’aimerais qu’il apporte une force intérieure chez les auditeurs pour qu’ils se sentent en confiance.

Dix ans séparent “Beloved” de votre participation à The Voice. Un long processus pour un premier album.

C’est vrai, mais je ne regrette rien. Avec le recul, je me dis que la vie m’a fait un cadeau en me donnant ces dix années pour me trouver artistiquement et humainement. Je suis reconnaissante des multiples challenges qui se sont mis en travers de ma route et sans lesquels je ne serais pas là aujourd’hui. J’ai voyagé, fait des rencontres, j’ai écrit des tas de chansons pour ne garder que celles qui me ressemblent. Mais il n’y a eu aucun doute pendant l’enregistrement de “Beloved”. Tout a été fluide et agréable. Je considère “Beloved” comme le début d’un nouveau cycle.

Vous jouez de la kora, un instrument africain traditionnellement réservé aux hommes. Comment l’avez-vous découverte?

J’ai découvert la kora à l’âge de dix-sept ans, lors d’un voyage en Espagne. Je me promenais dans les rues de Majorque lorsque j’ai entendu un son qui s’élevait d’une place bondée. Puis j’ai vu l’instrument. Une révélation. Tout de suite, j’ai su que j’allais en jouer. En Afrique de l’Ouest, la kora est principalement associée aux griots, ces poètes/conteurs masculins qui s’en transmettent les secrets de génération en génération. Quand j’ai commencé à apprendre la kora, j’ai reçu la “bénédiction” du musicien Toumani Diabaté, qui est sans doute le joueur de kora le plus populaire dans le monde. Il me disait qu’elle m’avait choisie. Je n’en joue pas comme les griots, je ne vole pas une culture qui n’est pas la mienne. Mais c’est mon âme sœur, elle me donne la force et me permet de m’exprimer.

Votre album fait d’incessants allers-retours entre l’Afrique et l’Occident. Vous considérez-vous comme une citoyenne du monde?

Ma maman est belge, mon père est camerounais. À l’adolescence, j’ai beaucoup souffert de ce métissage. Je voulais juste être “normale” alors que je me considérais comme quelqu’un d’hybride. Trop blanche là-bas, trop africaine ici… Je trouvais mes cheveux et ma peau bizarres. J’avais des crises de larmes, je claquais la porte de chez moi pour faire des fausses fugues en me réfugiant chez ma mamie. Il m’a fallu du temps pour trouver ma place et me rendre compte que ce métissage était une force. “Beloved” est à mon image. J’aime autant écouter des musiques africaines qu’Angèle. Je ne voulais pas d’un disque calme avec uniquement des sonorités africaines. J’avais envie de fédérer et de faire danser.

Comment envisagez-vous la suite de votre parcours?

Pendant longtemps, je me disais que mon premier album devait faire un carton. Maintenant, je suis plus réaliste. Je ne sais pas comment “Beloved” va être reçu, c’est tellement imprévisible. Mais je reste sereine. J’ai envie que mes concerts soient comme des petits contes. J’y travaille. Quand j’étais petite et que je parlais à mon père de mon rêve de devenir chanteuse, il m’a dit: “Tu dois non seulement y croire mais chaque jour avant d’aller te coucher, assure-toi que tu as fait un pas de plus vers ton rêve”. Ce conseil est devenu mon mantra. Une chanson, une répétition, une interview, un podcast… Chaque jour, je fais un pas…
Lubiana, Beloved, 6 & 7/[PIAS]

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