11-Septembre : les autorités américaines face à la déclassification de documents top-secrets

Joe Biden a récemment signé un décret permettant la déclassification d’éléments de l’enquête. Un sujet sensible pour certaines familles de victimes, qui accusent l’Arabie saoudite de complicité dans les attentats de 2001.

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C’était une promesse de campagne. Vendredi 3 septembre, le président des États-Unis a signé un décret en vue d’une déclassification de documents de l’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001. Selon le texte, le ministre de la justice devra publier lesdits documents « au cours des six prochains mois ». Pour Joe Biden, c’était une manière de répondre à une lettre publiée au mois d’août.  Dans celle-ci, des familles de victimes, des rescapés des attentats et des membres des équipes de secours présentes ce jour-là faisaient savoir que le président ne serait pas « le bienvenu » lors de la cérémonie de commémoration à Ground Zero,  ce samedi, « s’il ne tenait pas sa promesse ».

Depuis plusieurs années, un collectif des familles de victimes se bat pour une reconnaissance du rôle de l’Arabie saoudite, accusée d’être impliquée dans les attaques qui ont fait près de 3.000 morts. Plusieurs familles ont lancé une bataille judiciaire contre le Royaume et d’autres États. Mais les différentes administrations qui se sont succédées depuis vingt ans à la Maison Blanche ont toujours invoqué le secret d’État pour ne pas publier certains documents.

Ni George W. Bush, ni Barack Obama, ni Donald Trump ne se sont risqués à déclassifier l’enquête du FBI. De peur de froisser Riyad, un allié indispensable de l’Oncle Sam au Moyen-Orient ? En 2016, le prédécesseur démocrate de Joe Biden avait en tout cas imposé son veto à un projet de loi visant à réclamer des comptes au royaume saoudien.

Sécurité nationale

Or, quinze des dix-neuf terroristes à bord des avions détournés le 11 septembre avaient la nationalité saoudienne, et étaient en outre connus des services de renseignement du pouvoir wahhabite. Une cassette vidéo cristallise d’ailleurs l’embarras des autorités américaines sur la question. Tournée à San Diego (Californie) en février 2000, elle montre deux futurs terroristes du vol American Airlines 77 qui s’écrasa sur le Pentagone (189 morts), invités à une fête par un ressortissant saoudien, Omar al-Bayoumi. Ce dernier fut soupçonné d’être un espion travaillant pour Riyad. Devant la commission parlementaire sur le 11-Septembre, il expliqua avoir croisé « par hasard «  les deux hommes dans un restaurant de Los Angeles, puis les avoir seulement aidés à trouver un logement et à ouvrir un compte en banque. Rien de plus.

Problème : la cassette vidéo a depuis disparu, affirme le FBI. De quoi mettre en colère les familles des victimes. Le récent décret signé par Joe Biden permettra-t-il de retrouver miraculeusement la fameuse cassette, oubliée depuis tout ce temps au fin fond d’un cagibi poussiéreux du « Bureau » ? Il est permis d’en douter. Le décret du 3 septembre 2021 précise que « les informations collectées et générées dans le cadre de l’enquête sur les attaques terroristes du 11 septembre 2001 devraient désormais être divulguées, sauf si les raisons les plus fortes possibles conseillent le contraire ».  Une déclassification incomplète, au nom de la sécurité nationale, reste donc envisageable.

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