11 septembre : comment la culture a changé d’approche

Vingt ans après, les films et séries posent un regard de plus en plus critique sur les événements du 11 septembre, avant, pendant, et après les attentats.

Looming Tower
Jeff Daniels dans Looming Tower – Hulu

À chaque commémoration des attentats du 11 septembre, la télévision remonte le temps. On revoit, encore et encore, les images sidérantes de deux avions de ligne percutant la tour Nord, puis Sud du World Trade Center. On entend, encore et encore, les témoignages bouleversants des survivants et des familles des victimes, qui nous rappellent comment cette journée avait pourtant débuté sous un magnifique ciel bleu. On applaudit, encore et encore, devant le dévouement des secouristes qui ont risqué leur vie pour tenter d’en sauver.

D’abord les larmes…

Après cette tragédie, qui a fait plus de 3.000 morts, les Etats-Unis ont promis de ne jamais oublier. Hollywood non plus. Les films et séries qui ont suivi ces attaques terroristes ont honoré ce vœu de mémoire. Citons par exemple le film sobrement appelé World Trade Center, réalisé par Oliver Stone, rendant hommage aux policiers piégés sous plusieurs tonnes de gravats après l’effondrement des deux tours. United 93, lui, se concentre sur ce quatrième avion détourné, le seul qui n’a pas atteint sa cible grâce à l’héroïsme de ses passagers. D’autres ont préféré évoquer le chagrin d’innombrables personnes qui ont perdu un proche, comme dans Reign Over Me, avec Adam Sandler, ou Extremely Loud and Incredibly Close, avec Tom Hanks. Côté documentaire, Fahrenheit 9/11, le brûlot anti-Bush de Michael Moore, fait office d’exception à cette époque.

… puis, les critiques

Depuis, en particulier ces dernières années, les réalisateurs posent, comme Michael Moore, un regard plus critique sur le 11 septembre. À commencer par, en 2018, la série The Looming Tower, plongeant dans les coulisses des services de renseignement américains qui ont échoué à prévenir un tel drame. Un an plus tard, le film The Report retrace l’enquête menée par un employé du Sénat américain sur les techniques d’interrogatoires initiées par la CIA au lendemain des attentats, et les tentatives de dissimulation qui suivront. Dans la même veine, The Mauritanian, sorti en juillet, suit le destin d’un homme détenu et torturé à Guantanamo pendant 14 ans, sans avoir jamais été accusé de quoi que ce soit. Plus récemment encore, on notera la série-documentaire Turning Point, qui décortique les événements, depuis l’origine d’Al-Qaïda dans les années 80 jusqu’à la riposte des Etats-Unis sur leur territoire et au-delà.

Vendredi sera diffusé sur HBO le documentaire NYC Epicenters 9/11➔2021½ de Spike Lee. Pour le réalisateur, plus engagé que jamais, le 11 septembre n’est pas seulement une question de terrorisme, mais le premier acte de décennies de challenges et de désastres qu’a connus New-York.

Un jour ou une époque ?

Le traitement culturel du 11 septembre peut ainsi, au fil du temps, être divisé en deux catégories: ceux qui retracent minute par minute les terribles événements qui ont traumatisé le monde entier ce jour-là et ceux qui prennent du recul pour analyser ses causes et ses conséquences. Ce qui fait dire au critique télévisé en chef du New York Times James Poniewozik : « le 11 septembre est-il simplement un jour, ou une époque ? Était-ce le début de quelque chose ou une continuation ? » Se concentrer sur l’émotion et l’héroïsme d’un jour est plus sûr, selon lui, « de la même manière qu’il est plus sûr d’enseigner la guerre civile ou Jim Crow comme des horreurs du passé au lieu d’événements inscrits dans un continuum qui atteint le présent ». Les récents événements qui bousculent l’Afghanistan prouvent une fois de plus que le 11 septembre n’appartient pas totalement au passé.

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