Les émissions de CO2 de 20 entreprises de viande et laitières surpassent celles de l’Allemagne

Si la tendance actuelle se poursuit, la production de viande et de produits laitiers rendra inatteignable l’objectif de développement durable de l’ONU pour 2030, selon les chercheurs.

Les émissions de CO2 de 20 entreprises de viande et laitières surpassent celles de l’Allemagne
@BelgaImage

932 tonnes de CO² : c’est ce que produisent en un an les vingt plus grosses entreprises de viande et de produits laitiers. C’est plus que ce que fait l’Allemagne (902 tonnes) qui est pourtant le plus gros pays européen émetteur de gaz à effet de serre. Il s’agit du principal constat rendu ce mardi par la réédition de l’«Atlas de la viande», écrit par les ONG de recherche Heinrich-Boll-Stiftung et «Amis de la Terre Europe». Un enseignement d’autant plus frappant que ces entreprises voient la consommation de leurs produits s’accroître continuellement. Pour les chercheurs, la leçon est claire : sans rien changer, c’est une catastrophe écologique qui se profile.

Des géants pollueurs

Dans le détail, certaines entreprises sont de véritables mastodontes de la pollution. Le roi en la matière, c’est la multinationale brésilienne JBS, numéro un de la viande (surtout de bœuf). Avec 280 tonnes de CO², elle représente à elle seule plus de la moitié des émissions de la France (507 tonnes). L’entreprise est tristement célèbre dans son pays natal pour avoir été au centre d’une affaire de corruption. Elle a distribué des pots-de-vin pendant des années aux présidents Lula, Dilma Rousseff et Michel Temer.

Derrière JBS, on retrouve trois multinationales américaines: Tyson (118 tonnes de C0², spécialisé aussi dans le bœuf), Cargill (86 tonnes, avec ses produits agricoles et le bétail) et Diary Farmers of America (52 tonnes, qui a produit en 2016 22% du lait consommé aux USA). Le top 5 est complété par le Néo-Zélandais Fonterra, là aussi grand producteur de lait. En combinant ces cinq entreprises, leurs émissions de CO2 dépassent celles de grandes entreprises pétrolières comme Exxon (577 tonnes), Shell (508) ou encore BP (448).

Un avenir sombre

En 2016, date du relevé de ces données, 14,5% des émissions de gaz à effet de serre provenaient de l’élevage, en bonne partie pour nourrir les pays développés. Ces derniers consomment près de trois fois plus de viande que les autres (les Américains étant de loin les premiers consommateurs au monde). Le problème, c’est qu’en même temps, les pays en voie de développement ont tendance à faire de même. La part de l’élevage dans le total des émissions de gaz à effet de serre devrait donc croître pour atteindre entre 23% et 27% en 2030, et entre 45% et 81% en 2050 dans le pire des scénarios établis par les chercheurs. Plus concrètement, d’ici la fin de la décennie, 366 millions de tonnes de viande seront produites par an.

Parmi les autres informations contenues dans le rapport, les auteurs notent que les plus gros producteurs de viande sont le Brésil, la Chine, l’Union européenne (UE) et les USA. Au Brésil, 175 millions d’hectares sont consacrées à l’élevage, soit l’équivalent de toutes les surfaces agricoles de l’UE. Dans le monde, trois quarts des terres agricoles sont utilisées soit pour élever ces animaux, soit pour les nourrir. 90% des cultures de soja sont par exemple utilisées uniquement pour l’alimentation du bétail, d’où la déforestation que connaissent des pays comme le Brésil.

«Encourager différents modèles de consommation»

Pour les chercheurs, il est temps de réagir. Si la production de viande et de produits laitiers continue sur le rythme actuel, il sera impossible d’atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU établis pour 2030. Mais «aucun pays sur Terre n’a de stratégie pour réduire de manière ambitieuse la production ou la consommation de viande», regrette en conférence de presse la co-auteure de l’étude, Christine Chemnitz. Elle déplore qu’au contraire, ces entreprises soient aidées par de nombreux investisseurs, banques et États, soucieux de répondre à la demande mondiale en viande et produits laitiers.

Les auteurs du rapport reconnaissent que des initiatives existent pour substituer ces aliments par d’autres moins pollueurs. Mais pour eux, aucune solution n’est encore réellement sur la table aujourd’hui. «Tout cela est à but lucratif et ne résout pas vraiment les problèmes fondamentaux que nous voyons dans le système alimentaire actuel centré sur les protéines animales qui a un impact dévastateur sur le climat, la biodiversité et nuit en fait aux gens du monde entier», déplore Stanka Becheva, une militante des Amis de la Terre. «Nous devons commencer à réduire le nombre d’animaux destinés à l’alimentation sur la planète et encourager différents modèles de consommation», déclare-t-elle. Elle ajoute que cela doit passer en partie par une plus grande régulation de l’industrie de la viande «pour s’assurer que les entreprises paient pour les dommages qu’elles ont causés tout au long de la chaîne d’approvisionnement et pour minimiser les dommages supplémentaires».

Sur le même sujet
Plus d'actualité