Foot et "affaires", une amitié de longue date

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Le scandale qui plonge la Fifa n'en évidemment qu'un parmi d'autres. Ah, le charme discret des petites enveloppes.

Six responsables de la fédération internationale de football arrêtés à Zurich ce mercredi, pour des affaires de corruption présumée dans l'attribution de certaines Coupes du monde et des contrats de droits télé... L'affaire fait évidemment scandale, surtout à l'avant-veille de l'élection du nouveau président de l'organisation. Dans l'opinion, elle n'étonne pourtant plus grand-monde tant on s'est habitué à voir rimer, depuis de nombreuses années, pognon et ballon. Le secteur, riche de l'argent généré par les droits télé, a fait de ses acteurs les grands nababs aujourd’hui, aiguisant toutes les convoitises. Et suscite quantité hallucinante de "petits arrangements" et d'"estompements de la norme". Ou quand l'arbitre n'a plus assez de souffle ni d'assistants pour siffler tous les penaltys...

Foot et argent sale, une très vieille histoire, née sans doute dès la professionnalisation de ce sport, fin XIXe, quand l'un ou l'autre club anglais décida non plus de simplement défrayer ses joueurs, mais de proprement les rétribuer pour leurs prestations. Déjà, à l'époque, l'affaire avait fait scandale, choquant les puristes. Mais les tenants du foot professionnel l'avaient emporté. En 1885, celui-ci était légalisé, transformant de facto ce sport en vrai un secteur économique, avec ses règles mais aussi ses ficelles pour les contourner.

En fait, les affaires de corruption ont touché la Football League dès ses premières années, comme le rappelle l'historien français du sport Paul Dietschy . On connaît l'histoire de ce candidat conservateur, patron du club de Middlesbrough qui, en 1910, tenta de corrompre les joueurs de l’équipe de Sunderland que son équipe devait rencontrer à la veille dune élection. Il n'y a évidemment pas qu'en Angleterre. En Italie, en 1927, le titre de champion d’Italie était retiré au Torino pour une affaire de corruption présumée d’un défenseur de la Juventus. En France, un scandale toucha le club d'Antibes dès la première édition du championnat professionnel, en 1932... On ne cite là que quelques exemples, parmi une multitude mise au jour. On vous laisse imaginer l’odeur réelle des bas-fonds.

La Belgique n'est évidemment pas épargnée. Tout le monde se souvient de l'affaire Standard-Waterschei de 1981, match acheté par les rouges avant un importante finale de coupe d'Europe. L'arbre qui cache un peu la forêt… C’est que les années 60 furent assez prolifiques aussi. Affaire Waterschei-Tilleur en 1963, Turnhout-Beringen en 1964, Charleroi-Alost en 1965, CS Bruges-Lierse en 1966... Depuis, on en connait régulièrement d'autres, qui parfois sont ramenées à la surface bien des années après. Comme l'affaire Anderlecht-Nottingham Forest en 1984, certes prescrite mais tout de même...

Des scandales graves, mais qui ne concernaient chaque fois "que" les clubs impliqués. Depuis l'émergence d'internet, la folie des paris sportifs en ligne a évidemment aggravé les choses, autorisant mille abus, faisant intervenir d'autres acteurs: les parieurs. Affaire Zheyun Yé en Belgique, démantèlement d'un vaste réseau européen de matchs truqués en 2013: 380 matches identifiés, concernant 425 arbitres, dirigeants de clubs et joueurs... Un autre au niveau mondial, concernant quelques 300 matchs. Et le football de passer du secteur des petites enveloppes au crime organisé de grande ampleur.

Les affaires mouillant actuellement les pontes de la Fifa ne sont que le rejeton naturel d'une tentation toujours plus lourde de mêler sports et revenus (légaux ou non). La Fifa, théâtre du scandale permanent  titrait déjà Le monde il y a quatre ans, dans la foulée du choix de la Russie pour accueillir la coupe du monde en 2018 et surtout celui du Qatar pour l'édition 2022. A mots à peine couverts, tous les spécialistes du secteur avaient évoqués de curieuses tractations au sommet de la fédération. Et on savait depuis plusieurs mois que le FBI enquêtait sur cette affaire... Mais que ce soit les USA qui aient shooté dans la fourmilière Fifa est vexatoire. Visiblement, il n'y a pas que sur le terrain que leur foot fait des progrès...

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