A Tokyo, les JO de trop ?

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Alors que la campagne de vaccination patine et que la population japonaise subit la crise économique de plein fouet, le gouvernement japonais, coincé par le contrat qui le lie au CIO, a maintenu les Jeux olympiques, quitte à se mettre le peuple à dos.

« L'important, c'est de participer », disait Pierre de Coubertin, le père des Jeux olympiques modernes. Certes, mais avait-il pris en compte une pandémie qui n'en finit pas ? Ainsi, ces Jeux olympiques de Tokyo, déjà reportés d'un an, se dérouleront dans un contexte pour le moins inédit : sans public, sans esprit festif ou de rassemblement social et populaire par le sport, l'ambition initiale du projet olympique.

En lieu et place, le Japon fait face à une recrudescence du virus qui ressemble fort à une (déjà) cinquième vague, le pays est de nouveau en état d'urgence sanitaire alors qu'il accueille 80.000 athlètes, personnel d'encadrement et journalistes. Les épidémiologistes craignent déjà un « variant olympique » alors que les premiers cas ont été détectés dans le village olympique. Ces jeux seront loin de l'idéal de Pierre de Coubertin, mais placés sous le signe du ressentiment de la population, de la paranoïa sanitaire et de l'argent roi.

Les Japonais ne veulent pas des JO

Au Japon, la grogne populaire est de plus en plus audible - particulièrement pour un pays qui a la réputation de se tenir sage. Il y a plusieurs raisons à cela. Primo, beaucoup subissent le contrecoup de la crise sanitaire – son versant économique. La pauvreté augmente et les files devant les banques alimentaires s'étendent. Ensuite, la campagne de vaccination, débutée sur le tard en avril, a subi nombre de ratés (lenteur, désorganisation, erreurs médicales...). Résultat, à Tokyo où les JO commenceront ce vendredi, seulement 20% de la population est entièrement vaccinée. Une population qui est donc à risque.

La cote de popularité du gouvernement de Yoshihide Suga (qui a succédé à Shinzo Abe en 2020) est au plus bas. Beaucoup lui reprochent d'avoir maintenu les jeux olympiques alors que la situation sanitaire et économique du pays est déplorable. Les autres, qui rêvaient des JO, se sont vus interdire l'entrée dans les stades. La fête est gâchée. Résultat : la grogne est quasi unanime. Quel est l'intérêt de maintenir des Jeux olympiques si ceux-ci ne sont pas synonyme de fête populaire ?

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Tout profit pour le CIO

Ces JO sans public et en plein état d'urgence sanitaire auront pourtant lieu. Le gouvernement Suga en a décidé ainsi. Car selon le contrat passé avec le CIO (le comité international olympique), le Japon est coincé. En effet, seul le CIO peut décider d'annuler les JO, prenant seulement deux cas de figure en compte : une guerre civile ou « si existent des craintes raisonnables que la sécurité des participants aux Jeux est menacée ». Clairement, une pandémie ne semble pas menacer la sécurité des participants.

Le fait est qu'il y a trop d'enjeux financiers. Et le CIO a tout à gagner à maintenir les Jeux ! En effet, les trois-quart de ses revenus vient de la retransmission télé des JO. Aucun intérêt pour le CIO, donc, de reporter une deuxième fois ces Jeux. Et si le Japon venait à décider unilatéralement de les annuler pour raison sanitaire, par exemple, il aurait à en payer le prix qui est estimé à 14 milliards d'euros... (les coûts des JO en eux-mêmes montent à 12,6 milliards d'euros dont 2,7 payés par les sponsors).

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« Du pain et des jeux »

Le CIO a donc poussé le Japon à organiser ces Jeux pour son propre bénéfice. Le Japon n'a pas eu le courage politique de faire marche arrière pour des raisons économiques et ses alliés du G7 ne l'ont pas non plus poussé dans ce sens - les pays européens viennent d'organiser l'Euro, lui-même considéré comme un « scandale sanitaire », et sont trop heureux de garder leurs populations occupées alors que le variant Delta est sur son territoire.

« Du pain et des jeux », comme on disait à Rome. Sauf que le pain tend à manquer après un an et demi de pandémie. Et que les Jeux, cette année, n'auront rien de joyeux. L'important n'aurait-il pas été de reporter la participation ?

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