En Hongrie, Orban organise un référendum anti-LGBT

Viktor Orban. - AFP
Viktor Orban. - AFP
Teaser

Le premier ministre hongrois Viktor Orban demande le soutien des électeurs sur la loi controversée anti-LGBT+, après le lancement contre Budapest d'une procédure d'infraction par la Commission européenne.

Nouveau rebondissement entre l'Union européenne et la Hongrie. Mercredi, à trois jours de la marche des fiertés de Budapest, Viktor Orban a annoncé l'organisation d’un référendum sur sa très contestée loi interdisant la « promotion » de l'homosexualité et de la transidentité auprès des mineurs. Adopté le 15 juin dernier, ce texte, qui dresse un dangereux parallèle entre homosexualité et pédophilie, a été qualifié de « honte » par la Commission européenne, qui a entamé le 15 juillet la première étape d’une procédure de sanction contre Budapest.

« Les bureaucrates de Bruxelles nous menacent », a déclaré le premier ministre hongrois dans une brève vidéo postée sur Facebook. « Bruxelles nous demande des amendements, parce qu’ils ne sont pas d’accord avec le fait que nous ne voulons pas autoriser ce qui est déjà une habitude en Europe de l’Ouest. Là-bas, des activistes LGBT visitent les crèches et les écoles pour y mener des cours d’éducation sexuelle », a-t-il dénoncé, avant d'annoncer la tenue de ce scrutin anti-LGBT.

Menaces insuffisantes

La loi adoptée par le Fidesz, le parti du nationaliste, prévoit notamment d’interdire aux associations homosexuelles d’intervenir dans tous les établissements scolaires, mais aussi d’empêcher la diffusion, auprès de mineurs, de tous les contenus télévisuels, publicitaires ou artistiques « propageant ou représentant » des divergences par rapport à l'identité personnelle correspondant au sexe assigné à la naissance, un changement de sexe ou l'homosexualité.

coeur arc en ciel

Un ballon arc-en-ciel placé devant le parlement hongrois, le 8 juillet, pour protester contre la loi anti-LGBT. - Reuters

« Ce texte va à l’encontre de toutes les valeurs fondamentales de l’Union européenne : la dignité humaine, l’égalité et les droits humains fondamentaux. Nous ne transigerons pas sur ces principes », s’était insurgée en juin la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Si la Hongrie ne corrige pas le tir, la Commission fera usage des pouvoirs qui lui sont conférés en sa qualité de gardienne de traités », avait-elle en outre averti début juillet. Malgré ces menaces, le gouvernement hongrois a rejeté les critiques et les demandes de l’exécutif européen, poussant ce dernier à passer à la vitesse supérieure. Jeudi dernier, la Commission a en effet envoyé à Budapest - mais aussi à Varsovie pour ses « zones sans idéologie LGBT » - une lettre de mise en demeure. Les deux pays ont deux mois pour y répondre. Si la coopération est jugée insatisfaisante, la procédure peut mener éventuellement à une saisine de la Cour de Justice de l'UE, qui pourrait reconnaître que l'État ne respecte pas le droit européen, puis à des sanctions financières.

Comme en 2016 ?

« Un abus de pouvoir », a rétorqué Viktor Orban dans sa vidéo. « L'avenir de nos enfants est en jeu, nous ne pouvons pas laisser faire Bruxelles », a-t-il ajouté, en annonçant que cinq questions seraient posées aux Hongrois. Les électeurs devront notamment dire s’ils sont favorables « à la promotion des traitements de changement de sexe pour les enfants », « à l’enseignement de l’orientation sexuelle aux enfants sans le consentement des parents » ou à « l’exposition sans restriction des enfants à des contenus médiatiques à caractère sexuel ». Sans surprise, le premier ministre appelle les Hongrois à voter non, « comme ils l'ont fait il y a cinq ans lorsque nous avons empêché Bruxelles de nous imposer des migrants », a précisé son porte-parole. En réalité, même si le « non » avait remporté une victoire écrasante, le référendum sur l'accueil des migrants de 2016 n'avait pas atteint le taux de participation de 50% nécessaire pour être considéré « valide » par la Constitution.

« Aujourd'hui, dans l'Union européenne, nous avons un chef de gouvernement qui soumet les droits de toute une minorité au vote. Viktor Orban tente de faire taire la communauté LGBTQI+ parce que les mouvements pour l'égalité des droits sont une menace à son autoritarisme », a dénoncé Rémy Bonny, le directeur exécutif de l'association Forbidden Colours. « Les questions de ce référendum mettent la communauté LGBTQI+ dans le placard, mais surtout, ils mettent en danger les droits élémentaires des enfants. Beaucoup trop d'adolescents se sont donnés la mort à cause de la bigoterie de Viktor Orban », pointe l'activiste pour les droits LGBTQI+, appelant à boycotter ce scrutin. Comme celui de 2016.

Sur le même sujet

Plus de Actu

Les plus lus

Notre Selection