Inondations : « Coincés 48 h à l’étage chez des voisins à attendre les secours »

L'armée ramenait les rescapés jusqu'au chemin de fer. (D.R.)
L'armée ramenait les rescapés jusqu'au chemin de fer. (D.R.)
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Renaud, 22 ans, raconte comment il s’est retrouvé isolé par l’eau dans une maison voisine, accompagné de son petit frère et son grand-père.

Difficile de se rendre compte du chaos causé par les inondations, la crue des rivières et des fleuves, lorsqu’on ne l’a pas vécu la semaine dernière. Il y a ceux qui ont perdu beaucoup, ceux qui n’ont plus de maison, ceux qui nous ont quittés…

Certains ont, par exemple, pu être secourus après 48 longues heures d’attente. C’est le cas de Renaud, un étudiant de 22 ans qui vit à Comblain-la-Tour, un village de la commune de Hamoir, au bord de l’Ourthe.

Dans cette bourgade, les inondations, on connait. Il arrive que l’Ourthe sorte de son lit, parfois très fortement, et on sait comment et réagir. Mais rien ne préparait les Comblinois à une telle situation.

« On y est habitué. La pire que j’ai connue, c’était en 2002. Depuis notre maison, on a le temps de voir l’Ourthe monter. Donc le mercredi 14 juillet au matin, quand je n’ai vu qu’une grosse flaque dans le jardin après de si fortes pluies la nuit, je ne me suis pas inquiété », raconte-t-il. Il était accompagné de son petit frère dans l’habitation familiale, alors que leurs parents étaient en vacances.

Mais les intempéries ont continué, et les riverains ont vite compris ce qui « allait leur tomber dessus ». « On a contacté nos amis, nos voisins pour qu’ils nous aident à mettre tout ce qu’on pouvait à l’étage. On était une dizaine et on a mis les bouchées doubles. »

Le problème c’est que, cette fois-ci, ce n’était pas uniquement l’Ourthe qui menaçait Comblain-la-Tour, mais également le Bohey, un petit ruisseau, qui passe derrière la maison de la famille de Renaud. « Il a aussi débordé et ses eaux ont ruisselé dans la vallée, inondé notre jardin… C’est la première fois que ça arrivait : on s’est retrouvés coincés entre le Bohey et l’Ourthe. Et cela a pris très vite des proportions énormes. On a tous été surpris. »

Le grand-père de 89 ans est venu leur prêter mainforte depuis Mettet, à une heure de là. « Il est en super forme et voulait venir aider, notamment parce qu’il connait bien le réseau électrique de la maison », raconte Renaud.

Du jamais vu pour ce village pourtant habitué aux inondations.

Du jamais vu pour ce village pourtant habitué aux inondations.

Aider puis se réfugier

Mais vers 16 heures, la situation était déjà devenue trop dangereuse. Il a fallu évacuer les lieux. « Il y avait un mètre d’eau, un torrent traversait la maison du jardin jusqu’à la rue. On est sortis grâce aux voisins, en se tenant les uns aux autres. Il était temps qu’on parte, on a quand même eu peur. »

Avec son grand-père et son petit frère, Renaud a donné des coups de main à plusieurs familles du village puis s’est dirigé vers une maison voisine, habituellement épargnée par les inondations, où ils ont été recueillis. Mais peu de temps après, le niveau de l’eau y a vite grimpé. « On a aussi aidé cette famille à sauver ce qu’ils pouvaient en les montant, puis on s’est vite retrouvés coincés à l’étage ».

Ils ont ensuite attendu 48 heures à 5, avec les deux voisins, avec des sanitaires inutilisables, un peu d’électricité et des lits, leur apportant tout de même un minimum de confort. Bien qu’avec la situation de la maison, il était impossible de leur fournir un colis alimentaire, heureusement, le groupe avait un peu de nourriture (biscuits, chips…), à boire… « On a pu manger un dernier repas chaud quand on avait encore accès aux taques électriques. Notre voisine a cuisiné des pâtes avec de l’eau jusqu’aux cuisses. »

Dehors, les secours s’organisaient sur le chemin de fer, surélevé et tout proche. « L’eau montait jusqu’aux rails. On n’avait jamais vu ça. Les pompiers étaient là, mais forcément dépassés par la situation. Puis l’armée est arrivée en renfort, mieux équipée, et a pu évacuer les bâtiments avec leurs zodiacs. Mais nous n’étions pas prioritaires, donc on a pris notre mal en patience. Il y avait notamment une résidence polonaise avec 70 enfants un peu plus loin. »

Comblain

Quasi deux mètres d'eau.

Plus de peur que de mal

Et donc, après plus de deux jours d’attente, les militaires sont venus emmener les 5 rescapés en bateau jusqu’au chemin de fer, où Renaud a pu retrouver ses parents, très inquiets et rentrés dare-dare de leurs vacances. Le grand-père quasi nonagénaire a bien tenu le coup. « C’était l’aventure de sa vie. Il a été très heureux. On ne pensait évidemment pas qu’il resterait coincé avec nous, mais il a été de très bon conseil et physiquement, il a bien tenu le coup. »

Malgré cet épisode difficile et les énormes dégâts dans la maison familiale, Renaud parvient tout de même à relativiser. « Ce n’est que du matériel. Tout le monde est sain et sauf et c’est le principal. Une dame qui habite sur la place du village est décédée, on lui a rendu hommage avec une minute de silence ce mardi. C’était très émouvant. Quand on voit le drame de certaines familles, on peut s’estimer heureux ! »

Mais s’il y a bien quelque chose qui a mis du baume au cœur de nombreux sinistrés, c’est la solidarité entre Wallons. « Ça permet vraiment de garder le moral. Il y a une grosse entraide, tout le monde reste positif, on aide tout le monde à déblayer depuis quelques jours. On n’a pas eu une seconde à nous depuis les inondations, on s’active pour retrouver un minimum de confort, mais la vie continue ! »
 

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