Qui est Julia Ducournau, lauréate de la Palme d'Or 2021 ?

Julia Ducournau, en conférence de presse. (AFP)
Julia Ducournau, en conférence de presse. (AFP)
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"Titane" est seulement le deuxième long-métrage de cette cinéaste française, spécialisée dans le cinéma de genre.

La Française Julia Ducournau, qui a remporté samedi la Palme d'Or à Cannes, est une cinéaste singulière et audacieuse, fascinée par les transformations du corps, dont le cinéma transgressif est emprunt de féminisme.

Avant "Titane", oeuvre la plus violente et dérangeante de la compétition, cette grande femme blonde de 37 ans avait déjà fait sensation au Festival de Cannes en 2016 avec son premier long métrage, "Grave", récit d'apprentissage d'une post-adolescente cannibale qui revisite le film d'horreur.

"Un de mes buts a toujours été d'amener le cinéma de genre ou des films "ovniesques" dans des festivals généralistes pour arrêter d'ostraciser un pan de la production française", a déclaré Julia Ducournau à l'AFP. "Le genre permet aussi de parler de l'individu et très profondément de nos peurs et de nos désirs".

"Grave" avait été interdit aux moins de 16 ans et avait suscité le malaise lors de sa diffusion au festival de Cannes, en raison de la crudité de certaines scènes sanglantes - épilation se terminant par la dégustation d'un doigt ou corps à moitié mangé découvert au réveil.

Rien de tel avec "Titane" malgré des scènes qui restent en mémoire, comme une auto-mutilation du visage par l'héroïne qui tente de se rendre méconnaissable, des scènes de sexe avec des voitures ou encore une série de meurtres spectaculaires.

Rien chez cette jeune réalisatrice au physique à l'air sage, au parcours d'intellectuelle, ne laisserait pourtant présager au premier abord d'un tel univers, basculant par moments dans le gore. 

Mais cette fille de médecins cinéphiles - père dermatologue et mère gynécologue - trouve volontiers dans son enfance des origines à cette fascination pour les aspects les plus perturbants du corps humains.

"Depuis toute petite, j'ai entendu mes parents parler de médecine, sans tabou. C'était leur quotidien. J’avais mon nez fourré dans leurs livres", racontait-elle au moment de la sortie de "Grave", soulignant que pour elle, "la mort, la décomposition étaient normalisées".

D'Edgar Poe à Cronenberg

Influencée par le cinéma de David Cronenberg, de Brian de Palma, de Pier Paolo Pasolini et du Sud-coréen Na Hong-jin ("The Chaser"), cette adepte de films de genre raconte aussi avoir été marquée par le célèbre film d'horreur "Massacre à la tronçonneuse", vu en cachette à l'âge de six ans, et avoir eu ses premiers émois littéraires avec les "Histoires extraordinaires" d'Edgar Poe.

Née à Paris, Julia Ducournau a eu un parcours studieux. Passée par une classe préparatoire littéraire et une double licence de Lettres modernes et d'anglais, elle se tourne ensuite vers le cinéma en 2004, en intégrant le département scénario de la Fémis.

Mais ses premières oeuvres, qui traitent déjà de mutations physiques, laissent très tôt apparaître ses obsessions.

Sélectionné à la Semaine de la critique au Festival de Cannes, son court-métrage remarqué "Junior" (2011), - dont l'héroïne porte le même prénom que celle de "Grave", Justine, et est jouée par la même actrice, Garance Marillier -, montre ainsi la métamorphose d'une adolescente garçon manqué.

Vient ensuite "Mange" (2012), téléfilm réalisé pour Canal+ et déjà interdit aux moins de 16 ans, qui raconte l'histoire d'une ancienne obèse essayant de se venger de la personne qui l'a harcelée au collège.

"Depuis la Fémis et, bien sûr, mon court métrage "Junior", le cinéma de genre est une évidence pour moi, pour parler du corps. Du corps qui change, qui s'ouvre", indiquait-elle dans une interview à Télérama.

"A la Fémis, j'avais déjà réalisé un court métrage sur une fille qui se grattait jusqu'à se creuser un véritable trou dans le front, et c'est la première foi que j'avais eu recours à des effets spéciaux".

Un univers qu'elle confirme avec "Titane", à la mise en scène très soignée.

"C'est déjà une grande cinéaste, il n'y a pas un plan du film qui serait à retirer", affirmait Gilles Jacob, président du prix Louis-Delluc, après son premier film, s'affirmant alors "certain qu'il y aurait une suite". C'est chose faite, avec la plus haute marche du podium.

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