Covid-19: faut-il vacciner les jeunes?

Un adolescent se fait vacciner. - AFP
Un adolescent se fait vacciner. - AFP
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Les sérums contre le Covid-19 seront bientôt accessibles aux ados, voire aux enfants. Pour certains médecins, ce serait une hérésie.

Dans notre entourage, plusieurs professionnels de la santé s’insurgent contre la vaccination des jeunes. Infirmières, kinésithérapeutes, médecins… En aucun cas, ils ne feront piquer leurs ados. Parce que les jeunes sont très peu touchés par le coronavirus, nous disent-ils, et que la balance risque-bénéfice serait donc négative. Et puis, aussi, parce qu’on n’a pas encore suffisamment de recul sur les effets secondaires à long terme, principalement des vaccins à ARN messager comme ceux de Pfizer et de Moderna. En Belgique, les ministres de la Santé ont pourtant autorisé la vaccination des mineurs de 16 à 18 ans. Avant d’immuniser les enfants? En Israël et aux États-Unis, les kids se font à présent vacciner dès l’âge de 12 ans. À l’heure actuelle, près de 4 millions d’Américains de 12 à 15 ans ont déjà reçu leur première dose et les autorités sanitaires US ont commandé des études cliniques afin de pouvoir vacciner les bébés dès l’âge de 2 ans à partir du mois de septembre et même les nourrissons de 6 mois en novembre. Un non-sens?

On contacte Olivier, médecin généraliste qui préfère ne pas donner son nom de famille étant donné la polarisation des débats autour de la vaccination et le risque d’amalgame avec des complotistes. “Précisons d’emblée que je suis pro-vaccins, j’ai travaillé à l’ONE et mes enfants sont tous vaccinés. Mais je me pose beaucoup de questions concernant la prescription des sérums anti-Covid aux plus jeunes.” En l’état actuel des connaissances, ce généraliste s’y oppose pour plusieurs raisons. “Le Covid-19 est d’abord très peu agressif à l’égard des enfants. Les cas mortels existent mais ils sont rarissimes. Étant donné le peu de recul dont nous disposons sur les effets secondaires de ces vaccins, la balance risque-bénéfice individuelle pour les plus jeunes ne me semble pas encore atteinte.

1 enfant sur 100 à l’hôpital

Le nouveau variant Delta change-t-il la donne? Que disent les derniers chiffres officiels en ce qui concerne cette balance risque-bénéfice chez les jeunes? Selon le dernier recensement effectué par le Public Health England (PHE), l’Institut de santé publique britannique, 1 % des enfants contaminés sont actuellement hospitalisés. Au total, 7% des personnes admises en clinique pour cause de symptômes Covid sont des kids. Bien entendu, la part des enfants hospitalisés est aujourd’hui plus importante car de nombreux adultes, notamment à risques, sont à présent vaccinés. N’empêche que ces chiffres restent très interpellants.

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En Belgique, la vaccination est ouverte dès 16 ans. - BELGA

Sur le plan des effets secondaires des vaccins à ARN messager, on en sait également plus aujourd’hui. Les Centres américains de lutte et de prévention des maladies (CDC), principales agences fédérales de santé publique du pays, en collaboration avec des experts indépendants, viennent de dresser un premier bilan des effets délétères recensés chez les jeunes de 12 à 17 ans vaccinés au Pfizer et au Moderna. Selon ces données, il existerait un lien probable entre ces sérums et des cas de myocardites ou de péricardites (inflammation du muscle cardiaque ou de la membrane entourant le cœur), en particulier chez les garçons lors de la deuxième dose. Des effets secondaires très rares, précisent ces experts, et pour la plupart légers. Ces pathologies se soignant d’elles-mêmes ou avec un traitement minime. Précisons aussi qu’aucun décès n’a été enregistré sur les 6 millions de doses administrées à ces ados. Selon ces experts, la balance risque-bénéfice resterait donc très favorable puisque ces vaccins permettraient d’éviter pour chaque million d’ados 398 hospitalisations, 109 admissions en réanimation et 3 décès. Aux États-Unis, le vaccin de Pfizer reste donc officiellement recommandé pour les jeunes à partir de 12 ans.

D’abord tous les adultes

Ces données sont très intéressantes, acquiesce ce médecin. Trois décès par million d’ados, ce n’est pas énorme, mais on se fout des statistiques jusqu’à ce qu’elles touchent nos propres enfants. Il n’empêche qu’il serait intéressant de se pencher sur le profil de ces ados mortellement frappés par le Covid. Si ces jeunes étaient en parfaite santé, je reverrais ma position. En revanche, s’ils avaient de grosses comorbidités, je prônerais uniquement la vaccination des ados à risques.” Une position d’ailleurs partagée par les instances sanitaires belges qui viennent d’autoriser la vaccination des jeunes de 12 à 15 ans souffrant de comorbidités. “Contrairement à la stratégie de vaccination américaine - un pays qui souffre néanmoins d’obésité endémique, le premier facteur de risque pour le Covid -, je m’arrêterais là. Notamment parce que nous manquons de recul à moyen et long terme sur les effets secondaires des vaccins à ARN messager. Je reste persuadé que ces nouveaux sérums sont extrêmement prometteurs mais je n’en suis pas sûr à 100 %. J’en ai aussi parlé au pédiatre de mes enfants et il partage mon avis. Pour lui, c’est encore prématuré. J’appliquerais donc un principe de précaution en attendant de futures études. D’ici la fin de l’année, on devrait déjà en savoir plus.

Mais de nombreux experts prônent également la vaccination des jeunes en raison d’une balance risque-bénéfice collective positive. En protégeant les ados et les enfants, on atteindrait l’immunité collective - estimée à environ 80 % - et on protégerait donc les adultes. “Je ne suis pas totalement convaincu par cet argument car les études ne démontrent pas encore clairement le caractère contaminant des plus jeunes. Pourquoi ne vaccine-t-on pas les enfants contre la grippe qui est parfois mortelle pour eux? Parce que la vaccination des adultes à risques suffit à ralentir la propagation de ce virus. Alors vaccinons d’abord tous les adultes! Je constate qu’on met aujourd’hui la pression sur ceux qui avaient refusé le sérum dans un premier temps et cela semble fonctionner. Nous pourrions donc ainsi nous rapprocher de cette immunité collective sans devoir vacciner les enfants.” Si on n’atteint pas ce seuil via la seule protection des adultes et des ados à risques et que les données à moyen terme de la pharmacovigilance ne révèlent pas d’effets secondaires graves, ce généraliste, nous promet-il, reverra alors sa position. Reste encore à savoir s’il sera rejoint par les millions d’autres parents. Pas si sûr.

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