Danemark-Belgique : « Moi, ça me fatigue ! »

Belga
Belga
Teaser

Comment a-t-on vécu le deuxième match des Diables ? Nous avons ri et nous avons souffert...

C'était supposé être un match facile, paisible et agréable, le vecteur d'une après-midi d'été festive. C'est à ça que servent les compétitions sportives, non ? Pensez-vous ! Belgique-Danemark n'a été que du stress, de la sueur, des cris et des larmes ! Un ascenseur émotionnel incontrôlable. Il paraît que c'est ce qui fait toute la beauté du foot ! Mais toutes ces émotions, comme ça, c'est vraiment plus de notre âge...

 

La Coupe du monde, l'Euro, c'est la fête. En somme, ça se résume à cela. En tout cas, ça le devrait. Rien de tel, dès lors, d'aller voir un match dans un café. C'est la meilleure expérience qui soit, c'est mieux qu'au stade. Clairement, le foot se vit dans les petits troquets qui font la vie des villes et villages de chez nous. C'est ici que le peuple se retrouve pour vivre et célébrer les Diables ! Le foot est une fête populaire et le troquet est son stade.

 

Rendez-vous était donc pris au Louvre, sur le Parvis de Saint-Gilles. La place est déjà noire de monde, toutes les chaises de tous les bars sont prises, face aux écrans, le rouge est partout. Enfin, la vie reprend ! Le long hiver du Covid semble loin. Une table dans le coin, des copains, des bières. Ah, ça va être bien ! La crainte n'est plus, l'été est beau, et on va gagner !

 

Belga

 

Des Diables blanc pâle

 

Dès le départ, pourtant, on sent bien que ça ne va pas aller. Déjà, les Diables jouent en blanc. Ca n'a aucun sens, des Diables blancs. Aucun ! Pourquoi revenir au blanc quand le maillot jaune (le deuxième maillot) nous avait si bien porté chance lors du Mondial russe ? Allons va, le blanc, ça manque d'âme, ça manque de couleur, c'est tout pâle, un peu comme la prestation des Diables en première période, tiens. Coïncidence ? Je ne crois pas ! C'est pas pour rien qu'il n'y a pas de blanc sur le drapeau national, si ?...

 

Voilà, c'est parti...

 

2e minute. But pour les Danois.

 

C'est mal parti. On leur avait pourtant bien dit de na pas jouer en blanc ! Notre copain François, lui, ne croit pas en ces balivernes. François est sûr de lui comme un Français (bien que François ne soit pas Français) : « C'est pas grave, ça va être un beau match ! » Telle est sa réaction après deux minutes de jeu et l'ouverture du score par le Danemark.

 

Vingt minutes plus tard, les Diables n'ont toujours pas passé le milieu de terrain et on a frôlé à plusieurs reprises le 2-0. François, lui, a vu autre chose. Nos joueurs glissent. « Le terrain est humide, impossible de jouer convenablement dans ces conditions ! » Tel quel. Sérieusement, François, tu ne serais pas un peu Français ?

 

Belga

 

A côté de lui, Benoît ne moufte pas. Depuis le début de la partie, il n'a pas dit un mot. Pourtant, on sent sa présence, son corps crispé, ses nerfs tendus, ses dents qui grincent. Après 32 minutes de jeu, il lâche ses premiers mots : « Moi, ça me fatigue ». Cette phrase simple, courte et directe, il la répétera à la 57e et à la 85e minute dans un même souffle désespéré : « Ca me fatigue ! » Plus tard, il s'expliquera : « On n'est jamais tranquille. Tu quittes le boulot tôt pour passer une bonne fin de journée avec tes potes devant un match. Tu sais qu'on va gagner, y a quasiment pas d'enjeu, c'est relax. Eh ben non ! Y a toujours quelque chose pour venir te bousiller ça ! Moi, des matchs comme ça, ça me fatigue ! »

 

En attendant, on n'a toujours pas réussi à faire trois passes d'affilée. Probablement la faute du terrain... Alors, pour contrer le mauvais oeil, on écluse des bières. Réaction qui semble la plus naturelle. Comme le chantait Boris Vian, « je bois, la pire des vinasses, c'est dégueulasse, mais ça fait passer le temps ». La preuve, on en est à la 43e minute de jeu et l'écran se fige. Ca vaut sans doute mieux, cette mi-temps était affreuse. Dehors, personne ne bronche. Le rouge demeure, le soleil tape, mais le silence fait loi.

 

Kevin, roi des Belges

 

Un visage apparaît et tout de suite nous voilà rassuré. Kevin De Bruyne va monter au jeu ! Cette fois, c'est sûr, fini d'être maussade ! Dans le bar et aux alentours, c'est une explosion de joie, de cris et d'applaudissements. Cinq minutes plus tôt, tout était morose. Désormais, un autre match commence et la place prend vie !

 

Ca fait pas deux plis. Dix minutes plus tard, Romelu traverse le terrain, met tout le Danemark dans le vent, passe à Kevin qui montre tout son talent, sa lucidité, son aura de roi des Belges en deux touches de balle et Thorgan termine le travail. Le bar explose ! C'est pour ces moments, surtout, qu'on aime le foot. Une explosion de joie comme si on se retrouvait trois ans plus tôt face au Japon lors du Mondial. Fini le covid ! Parti ! Terminé les confinements, l'anxiété, la peur de croiser un regard, de respirer un mauvais air, tout ça, c'était il y a mille ans ! Kevin est rentré et nous allons gagner !

 

Belga

 

Autre moment de joie : Axel Witsel monte sur le terrain pour la première fois depuis cinq mois et sa rupture du tendon d'Achille. C'est comme si on retrouvait un vieux copain. Et Eden monte aussi au jeu. Quelques instants plus tard, le trio magique Lukaku-Hazard-De Bruyne nous libère ! Et vraiment, c'est le vie qui revient. Celle d'avant, la vie normale. Avec ces trois là sur le terrain, on n'a plus peur de rien ! Il n'y a plus de bulle sociale qui tienne, le pays ne fait plus qu'un.

 

Ce qu'un simple match de foot peut procurer comme émotions... Ce sport restera toujours un mystère. Fin de partie. Dehors, les gens se croisent, sourient, prennent parole, échangent, se touchent, s'embrassent. On revient de loin. Ca a été long et tortueux, mais on y est arrivé au bout du tunnel. On en sort épuisé, mais heureux.

Sur le même sujet

Plus de Actu

Les plus lus

Notre Selection