Les règles de l’UEFA incitent-elles les joueurs à se sacrifier pour le spectacle?

L'équipe danoise entourant Christian Eriksen lors de son malaise cardiaque, le 12 juin 2021 à Copenhague @BelgaImage
L'équipe danoise entourant Christian Eriksen lors de son malaise cardiaque, le 12 juin 2021 à Copenhague @BelgaImage
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Relayant les préoccupations émises par des footballeurs, le président de la fédération danoise a sommé l’UEFA de modifier son code pour mieux prendre en compte le bien-être des joueurs.

Ce lundi, évoquant pour la première fois publiquement le malaise de Christian Eriksen, les footballeurs danois se sont dit révoltés du traitement que l’UEFA leur a réservé samedi dernier. Selon eux, ils ont été forcés de faire un choix cornélien: continuer le match directement après que leur coéquipier ait frôlé la mort, ou reporter d'à peine un jour, c’est-à-dire pas assez pour digérer le choc. À contrecœur, ils ont opté pour la première solution, une fois assurés que leur ami était hors-de-danger. Mais clairement, s’ils avaient pu faire autrement, ils n'auraient pas voulu trancher entre ces deux options. Ce mercredi, le président de fédération danoise, Jesper Møller, s'est fait l'écho de ces reproches et a interpellé directement l’UEFA.

Une situation «complètement inacceptable»

Parmi les joueurs danois qui se sont confiés à la presse, on trouve le gardien Kasper Schmeichel et l'attaquant Martin Braithwaite. «Nous avons été mis dans une position où, à titre personnel, je pense que nous n'aurions pas dû être placés», a jugé le premier. «Il aurait fallu que quelqu'un de plus haut placé que nous dise que ce n'était pas le moment de prendre une telle décision, et que nous devrions sans doute attendre le lendemain pour décider. Mais ce qui est arrivé est arrivé, et nous espérons qu'ils en tirent des enseignements, a-t-il poursuivi». Le second joueur approuve. «Nous aurions aimé avoir une troisième option. Reprendre le match n'était pas un souhait, mais la moins mauvaise des options proposées», affirme-t-il, lâchant quelques larmes au passage. «C'est une expérience brutale de voir un coéquipier et un ami à terre et en souffrance. Évidemment, on est très affectés», conclut Kasper Schmeichel.

Manifestement frappé par ces témoignages, Jesper Møller ne s’est pas montré tendre envers l’UEFA. «C'était la mauvaise décision et complètement inacceptable que les joueurs aient dû aller sur le terrain si peu de temps après cette horrible expérience», s’insurge-t-il dans un communiqué. «Nous devons envisager une modification des règles afin de ne plus jamais nous retrouver dans la même situation».

Des règles claires

Cette critique arrive au lendemain d’une réaction de l’UEFA, répondant aux préoccupations des joueurs danois. La fédération assure avoir "traité l'affaire avec le plus grand respect vis-à-vis de la situation sensible et des joueurs" en proposant de continuer le match le samedi soir ou le dimanche midi, rejetant ainsi les éventuelles critiques sur le fait qu’elle ne se préoccuperait pas de leur bien-être. Selon elle, il n’y aurait pas eu de défaite automatique du Danemark en cas de refus.

Mais que disent les règles de l’UEFA sur le sujet? En théorie, "si un match ne peut être disputé ou ne peut l'être que partiellement, l'intégralité ou la période restante du match est, en principe, disputée le lendemain". Le Danemark était donc bien obligé, selon cette règle, de choisir entre le samedi ou le dimanche. Mais les joueurs auraient vraisemblablement pu se voir proposés de jouer le dimanche soir. Or manifestement, cela ne s’est pas passé.

Il faut préciser d’autre part que l’UEFA prévoit une période de repos de minimum 48 heures entre deux rencontres. Peut-on imaginer que cette règle s’applique aussi dans certains cas similaires à celui de samedi dernier? C’est une piste. Jesper Møller dit être prêt à faire une proposition, même s’il ne précise pas laquelle. Quoi qu’il en soit, il faudrait que cela soit approuvé par les plus hautes autorités de l’UEFA. Le Comité exécutif de la fédération pourrait ainsi avoir son mot à dire via un vote. Mais pour l’instant, il n’est pas question de tout cela, vu que la réflexion n'en est qu’à un stade préliminaire.

Quand un traumatisme cause la défaite

À noter que ce n’est pas la première fois que ces règles posent problème. Le 11 avril 2017, en pleine Ligue des champions, les joueurs de Dortmund ont été la cible d’explosifs qui avaient endommagé le véhicule dans lequel ils se trouvaient. Des éclats de verre avaient alors blessé l’Espagnol Marc Bartra au poignet. Évidemment, ils étaient sous le choc, mais cela n'a rien changé à la position de l'UEFA. Soit ils jouaient leur match immédiatement, soit ils reportaient au lendemain.

Contrairement à l’équipe danoise, ils ont choisi la seconde option. Le résultat n’est par contre pas différent. L’un comme l’autre, ils n’étaient pas en condition optimale pour jouer et ils ont été défaits. Dans le cas de Dortmund, arrivé en demi-finale face à l’AS Monaco, cela s’est soldé par une élimination directe.

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