Le profil menaçant du militaire d’extrême-droite en fuite en Flandre

Un hélicoptère des forces de l'ordre survolant le bois de Dilsen, à la recherche de l'homme en fuite le 19 mai 2021 @BelgaImage
Un hélicoptère des forces de l'ordre survolant le bois de Dilsen, à la recherche de l'homme en fuite le 19 mai 2021 @BelgaImage
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Ses antécédents ont amené les autorités à le considérer comme «une menace grave», ce qui ne l’a pas empêché de s’emparer d’armes dans une caserne du Limbourg.

Ce mercredi matin, les forces de l’ordre sont toujours à la recherche de Jurgen C., un militaire de 46 ans disparu depuis lundi. Ses menaces récentes envers l’État et des experts Covid ont notamment amené à fermer plusieurs casernes et à renforcer la protection autour du virologue Marc Van Ranst, cible explicite de Jurgen. "Qu'une chose soit claire: de telles menaces ne m'impressionnent pas", riposte ce mercredi le scientifique. Pourtant, les autorités ont des raisons d’être inquiètes. "On craint qu'il ne mène une action violente contre lui-même ou d'autres personnes", a confié le procureur Eric Van Duyse. Et ce n’est pas le parcours de Jurgen qui va le contredire.

Des liens avérés avec l’extrême-droite

Comme le fait savoir la presse flamande, Jurgen C. se décrit sur Twitter comme un «soldat de l'armée de l'air belge qui aime le fitness, la musculation et grand fan de la RSCA» (Royal Sporting Club Anderlecht). Son CV est en soi assez normal. Il a été pendant 12 ans agent de sécurité chez Securitas et travaille depuis 1992 au ministère de la Défense, avec à son actif plusieurs missions en Afghanistan. Originaire de Dilsen-Stokkem, près de Maasmechelen, il est caporal dans la caserne de Peutie, à Vilvorde.

Jusqu’ici, rien de bien méchant. Mais il y a deux ans, l’armée a appris que Jurgen C. avait une relation étroite avec Tomas Boutens, un ex-militaire connu pour son appartenance au groupe néo-nazi flamand BBET (Bloed-Bodem-Eer-Trouw, autrement dit «sang, sol, honneur et fidélité»). Par la suite, il a été ajouté à la liste des terroristes de l’OCAD (Organe de coordination pour l'analyse de la menace terroriste). Selon De Morgen, le profil Facebook de Jurgen fait entre autres référence au sigle des SS, le Siegrune.

Une menace toujours plus grande

Depuis le début de la crise sanitaire, les agissements de ce militaire sont de plus en plus inquiétants. L’été dernier, il est interrogé par sa hiérarchie à propos de ses publications sur les réseaux sociaux. Il avait notamment écrit «Qui a l'adresse de Van Ranst?», sous-entendu pour pouvoir s’en prendre à lui. L’affaire avait déjà provoqué un renforcement de la protection policière du virologue. Jurgen s’en était tiré avec une peine disciplinaire l’interdisant notamment d’agir en tant qu’instructeur de tir. Depuis peu, il a pu reprendre ses fonctions.

Début 2021, Jurgen a voulu organiser un «entraînement de fitness militaire en plein air» à Dilsen, a priori pour parer à la fermeture des salles de sports. La commune a accepté. Selon Het Laatste Nieuws, ces dernières semaines, il aurait déclaré vouloir s’en prendre «au système» et à l’armée, et début mai Jurgen menace à nouveau plusieurs personnes. Cette semaine, il semble qu’il ait voulu passer à l’acte.

Les forces de l’ordre en état d’alerte

Lundi, le militaire se rend ainsi à la caserne de Bourg-Léopold, dans le Limbourg. Selon le Nieuwsblad, il demande alors des armes pour un «exercice ciblé». Vu sa longue carrière, personne ne se serait méfié. Il a alors pu recevoir au moins un lance-roquettes, une mitraille, un pistolet et un gilet pare-balles.

Le même jour, au soir, sa petite amie et sa fille retrouvent deux lettres d’adieu, dont une où il déclare «rejoindre la résistance» pour ne plus vivre «dans une telle société dirigée par des politiciens et des virologues». Il s’avère aussi qu’il ne se rendrait pas à la police sans se battre. Immédiatement, les deux femmes alertent l’armée.

Mardi, le niveau de menace est relevé au maximum, c’est-à-dire à quatre, au vu des informations reçues et de l’incertitude concernant ses cibles précises. Son hostilité envers les réfugiés et les migrants font également craindre qu’il ne s’en prenne à un centre d’asile. Mardi soir, Jurgen reçoit sur Facebook le soutien de son «frère d’arme», Tomas Boutens.

Les recherches se concentrent alors rapidement dans le bois de Dilsen, près de la maison du militaire. La piste semble bonne puisque c’est là-bas qu’est retrouvée son Audi Q5. Plusieurs armes ont été retrouvées à l’intérieur mais aucune trace de Jurgen. La police a continué à fouiller les environs une bonne partie de la nuit, notamment dans le domaine voisin de Heuvelsven, sans succès. Ce mercredi matin, le porte-parole du parquet fédéral, Eric Van Duyse, confirme à la RTBF qu’il est toujours recherché.

Une polémique naissante

Est-ce que Jurgen se trouve toujours aux alentours de Dilsen? Est-il seulement en Belgique? C’est la grande question. Quoi qu’il en soit, son cas fait déjà polémique. Comme l’a expliqué le général major Philippe Boucké à la RTBF, près de 30 militaires sont suivis pour leurs liens supposés avec l’extrême-droite. Jurgen en fait partie. «Comment est-il possible qu'un soldat professionnel actif figure sur la liste de l’OCAD et soit simplement employé dans l'armée?», se demande Het Laatste Nieuws. Réponse de l’armée: «Tant qu'ils s'en tiennent à leurs sympathies et ne prennent aucune mesure supplémentaire, nous ne pouvons pas faire grand-chose». «Les gens peuvent être membres d'organisations ayant une mauvaise réputation ou une réputation douteuse, mais nous devons découvrir jusqu'où va cette adhésion», précise à De Morgen un représentant du syndicat militaire ACMP.

Le 20 avril dernier, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, avait toutefois relativisé le chiffre de 30 militaires surveillés. «Il faut interpréter prudemment le chiffre de trente militaires en lien avec l’extrémisme de droite car il inclut les personnes pour lesquelles l’enquête pourrait conclure à l’absence de formes d’extrémisme», disait-elle face à la Chambre. Son prédécesseur, André Flahaut, déplore cette semaine que le screening ne se produise «qu’à l’entrée» et plus après. Il fait également remarquer auprès de Belga qu’il n’existe pas à ce jour de screening pour le personnel civil de la Défense.

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