Hésitation vaccinale: de grands écarts entre Flamands et francophones

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Les néerlandophones sont bien plus pro-vaccins et atteindre l’immunité collective au sud du pays semble en l’état difficile à accomplir. Les chercheurs rivalisent de propositions pour lutter contre cette hésitation.

L’UGent, l’UCLouvain et l’ULB viennent de rendre leur trentième rapport du baromètre de la motivation, ce qui permet de voir si l’objectif des 70% de vaccination est faisable. Chez les néerlandophones, la réponse est clairement oui. 71% des non-vaccinés du nord du pays sont favorables au vaccin contre le Covid-19 et seuls 20% le refusent. Mais chez les francophones, ces chiffres sont respectivement de 51% et 38%. Le pic de la réticence vaccinale a été constaté dans la province de Liège, avec plus de 40% des habitants qui refuseraient une injection. Cette différence linguistique s’était d’abord amoindrie en février puis s’est élargie de nouveau depuis mars. Une réticence qui, selon les chercheurs, serait de nature à rendre hors d’atteinte les taux de vaccination nécessaires pour avoir une immunité collective au sud. Cela dit, l’avenir n’est peut-être pas aussi sombre.

Un vaccino-scepticisme en déclin

Le baromètre a également étudié l’évolution du regard des Belges par rapport à la vaccination. Les chercheurs ont ainsi isolé les individus qui disaient auparavant refuser «sans aucun doute» le vaccin et les ont réinterrogés sur ce même sujet. Résultat: si 66% d’entre eux disent être toujours aussi «négatifs» qu’avant, 12% hésitent désormais et 22% affirment vouloir le vaccin. Au niveau global, 74% des sondés ont révisé positivement leur jugement sur la vaccination anti-Covid ces derniers mois, preuve que les lignes peuvent bouger.

L’étude montre aussi ce qui a motivé ce changement de position. Les raisons sont les suivantes: en premier lieu le discours des médecins (59%), puis celui des pharmaciens (28%), des experts (22%), du monde politique (18%), des personnalités (14%) et enfin des témoins (13%).

Mettre l’accent sur le bénéfice personnel des vaccins

Cela tend à montrer que le meilleur moyen pour lutter contre le scepticisme envers les vaccins, c’est la place accordée au personnel soignant. Mais d’autres éléments peuvent entrer en ligne de compte. Une étude britannique menée par le professeur Daniel Freeman, de l'Université d'Oxford, vient justement de paraître à ce sujet. Selon celle-ci, ce qui marche le mieux pour lutter contre l’hésitation vaccinale, c’est de «de mettre en évidence le bénéfice personnel [de la vaccination]».

Plus concrètement, les chercheurs ont interrogé 19.000 adultes, dont beaucoup de personnes vaccino-sceptiques. Ceux-ci ont ensuite dû lire différentes déclarations à propos des vaccins Covid: sur l’avantage collectif, sur l’efficacité des doses ou sur leur sécurité, etc. Bilan: les personnes les plus réservées à ce sujet ont montré un niveau d’hésitation à la vaccination plus faible après avoir lu une partie des messages, surtout celui sur les bénéfices personnels des piqûres. C’est ce qui fait dire à Daniel Freeman qu’il faut mettre l’accent là-dessus.

Lutter contre la désinformation

Cela dit, ce n’est pas cela qui va fondamentalement changer la donne. L’effet de cette déclaration est certes réel mais faible. Autrement dit, si les autorités sanitaires veulent cibler leurs campagnes de vaccination, c’est plutôt sur ce type de message qu’il faut miser, mais il faut autre chose.

Selon l’immunologiste Sophie Lucas (UCLouvain), interrogé par La Libre, il faut jouer sur plusieurs plans. Selon lui, si l’hésitation vaccinale est plus forte chez les francophones que chez les néerlandophones, c’est «peut-être lié au courant antivaccin en France», qui aurait déteint outre-Quiévrain via les réseaux sociaux. Il faut donc d’après lui «lutter contre cette désinformation» en premier lieu. «C’est un des leviers les plus importants selon moi», dit-il. Et pour cela, «il faut aussi montrer à quel point ça fonctionne à l’étranger et comment les gens reprennent peu à peu leur vie grâce à la vaccination, comme en Israël et en Grande-Bretagne. Il y a des exemples forts et concrets autour de nous, on peut les mettre en avant», assure-t-il.

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