« Le sport : par les hommes pour les hommes ? », demandent les sportives belges

Charline Van Snick fait partie des meneuses du collectif. (CTK)
Charline Van Snick fait partie des meneuses du collectif. (CTK)
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Malgré les beaux discours et les bonnes intentions, peu de choses ont changé concernant l'égalité hommes-femmes dans le sport belge. Des dizaines d'acteurs du milieu demandent que tout cela change enfin.

Depuis le phénomène #BalanceTonPorc, les langues se délient un peu plus facilement à propos du sexisme, et parfois des agressions sexuelles voire pire, dans différents milieux. Les victimes se sentent plus en confiance pour témoigner et c’est tant mieux. 

Le dernier petit monde à être secoué par des dénonciations ? Le sport belge. En mars déjà, un collectif de sportives lançait le hashtag #balancetonsport pour permettre à chacune de pouvoir s’exprimer sur les pratiques sexistes du milieu. La judokate Charline Van Snick faisait notamment partie des porte-drapeaux du mouvement. 

Ce mardi, ce même collectif partage une lettre ouverte à l’attention des dirigeants de nos gouvernements fédéral, régionaux et communautaires. Elle est signée par des athlètes de haut niveau comme Charline Van Snick, Justine Henin, Lola Mansour (judo), Sofie Gierts (hockey), Jolien D’hoore (cyclisme sur piste), ou Cynthia Bolingo (athlétisme), mais également plusieurs autres dizaines d’acteur du monde sportif belge.

Leur but : mettre en avant les inégalités du milieu avec une question principale : « Le sport aurait-il été créé par les hommes pour les hommes ? ». Et les auteurs ajoutent : « Le fait que les femmes peinent encore tant à briser ce plafond de verre le laisse bel et bien penser. »

Ils et elles expliquent que malgré les discours et « notes de bonnes intentions », les équipes masculines restent les plus médiatisées, les mieux payées mais aussi les mieux financées et soutenues par le monde politique.

Lorsque les sportives belges sont mises en avant, ce n’est que lorsqu’elles excellent, et ce n’est pas dans les mêmes termes. « Les performances sportives féminines ne sont pas traitées avec le même vocabulaire. Quand les hommes font «des passes de génie», «combats sur un pied», «goals d’anthologie», «sauts stratosphériques», etc., les sportives sont régulièrement représentées de façon à valoriser leur supposée féminité, leur hétérosexualité et différents critères sexistes primaires versus leurs compétences athlétiques », est-il écrit dans la lettre. « Pire encore, les médias participent à une vision sexiste et négative de l’image de la femme pratiquant une activité physique intensive et/ou compétitive. Les filles et les adolescentes manquent de rôles modèles à leur image et les sportives ont plus de difficultés à se professionnaliser à cause de cette invisibilisation. »

Dès la maternelle

Mais ce collectif ne parle pas que du haut niveau, au contraire. Pour les signataires, pour combattre le sexisme dans le sport, il y a un vrai travail à mener dès le plus jeune âge « dans tous les clubs et les écoles ». 

« La pratique sportive, peu importent le niveau et la catégorie d’âge, est un espace propice au développement et à l’émancipation de chacun.e. Ouvrir l’activité sportive aux filles et aux femmes leur permet de se libérer de contraintes culturelles ou religieuses et de se confronter à la mixité », peut-on lire. 

« Ce combat se déroule aussi dans l’espace public urbain, majoritairement accaparé par les hommes. Même si ces lieux sont – en principe – accessibles à tous.tes, les infrastructures sportives extérieures et terrains de jeu illustrent une véritable ségrégation envers les filles et adolescentes. Cette occupation virile de facto ne rend pas l’espace public hospitalier pour elles. »

Violences

Cette lettre ouverte aborde aussi une problématique importante, celles des violences sexistes dans le monde sportif, mais surtout de « l’omerta concernant les abus psychologiques et physiques dont sont victimes de nombreux sportives et sportifs ».

En effet, aujourd’hui encore, les victimes ont toujours peur de parler et beaucoup d’agresseurs restent impunis. Les auteurs dénoncent les structures qui font le choix de cacher ces affaires et maintenir leurs organisations au détriment des victimes, plutôt que protéger les rares sportifs et sportives qui osent s’exprimer sur le sujet.

« À cause des mécanismes toxiques du milieu (conditionnement à la souffrance, soumission à l’autorité et politique de la médaille «à tout prix»), les sportives n’ont aucune alternative en cas de dérapages », clament les signataires, avant de donner des exemples concrets comme « Mon ex-coach nous a traitées, ma mère et moi, de «salopes» devant le directeur technique. La fédération lui a dit de ne plus recommencer » ou « J’ai porté plainte contre un entraîneur pour harcèlement sexuel et moral, ma fédération l’a protégé ».

Ces acteurs du sport belge demandent donc, à quelques jours des JO de Tokyo, aux autorités de « mettre un terme à l’invisibilisation et la ségrégation, tant dans leur sphère spécifique que dans l’espace public, dont sont victimes les sportives », afin que « pour les prochains JO de Paris 2024 nous puissions réellement nous réjouir d’une égalité et d’une équité effectives entre les garçons et les filles, les hommes et les femmes, dans toutes les disciplines sportives. »
 

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