L'Abîme contre-attaque

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Après cinq heures d'audition ubuesques hier et un nouveau coup de pression aujourd'hui à la police, le porte-parole du collectif persiste. La Boum 2 aura bien lieu.

Au jeu du chat et de la souris avec les autorités, le collectif L'Abîme, instigateur d'une grande manifestation des jeunes ce 1er mai au Bois de la Cambre, semble avoir pris une longueur d'avance. Ce 27 avril, son porte-parole Dave Monfort était pourtant intercepté de grand matin devant son domicile par deux grosses cylindrées de la police alors qu'il se rendait, comme il l'avait promis, à son audition. Une audition de stade «Salduz 4», soit du très sérieux avec présence obligatoire d'un avocat («au cas où vous nous accuseriez de vous avoir tabassé», lui a expliqué l'agent de police la veille par téléphone) et possible privation de liberté. «Ces inspecteurs ont été très cordiaux, ils m'ont même demandé si je voulais qu'ils mettent le gyrophare et ont roulé comme des fous toutes sirènes hurlantes! Je pense aussi les avoir convaincus que les chefs d'accusation du Parquet ne tenaient absolument pas, que c'est du pur délire.»

Quels chefs d'accusation? Incitation à la violence et création de milice privée. En 27 ans de métier, les inspecteurs de la police de Bruxelles n'avaient jamais arrêté la moindre personne soupçonnée de ce dernier crime. Une loi datant d'ailleurs de... 1934. «Deux choses m'étaient reprochées, poursuit Dave. La première concerne un montage vidéo des événements du 1er avril (la Boum 1) dans lequel on m'accuse d'incitation à la violence. J'ai demandé aux inspecteurs de revisionner cette vidéo devant moi et leur ai montré que le Parquet se trompait. On me voit notamment dire «Reculez, reculez!» mais ce message était adressé aux jeunes, pas à la police. Une autre image me montre en train de crier «Pas avec le genou!» mais c'était pour contester le plaquage d'un jeune par un policier antiémeute qui posait son genou sur sa nuque. Ce qui est une procédure illégale.»

Une maquette met le feu aux poudres

Mais le plus surréaliste reste à venir, selon ce porte-parole. «Ils m'ont aussi reproché d'avoir tourné cette vidéo en gilets pare-balles et cagoules (dont on vous raconte le tournage dans le Moustique de cette semaine – NDLR). Et pas pour ces tenues mais bien parce qu'il y avait une «roquette» présente à l'image. En réalité, il s'agissait d'une fausse roquette en bois. Même un enfant aurait pu constater rien qu'en la regardant qu'il s'agissait d'une maquette. Ils nous ont aussi parlé des pétards que l'on voyait sur la table de ce «QG». Des pétards que l'on vend dans les magasins de jouets! Tout cela est d'autant plus risible que le second degré de cette vidéo est évident. Ok on était en tenues militaires mais on avait remplacé les armes par des enceintes, un membre mixait des platines vinyles et un autre se servait un soda. Et le QR code présent sur la vidéo renvoyait à la société de figuration militaire qui nous a prêté les lieux et le matériel. Bref, alors que n'importe quel vidéo de rap aujourd'hui affiche de fausses kalachnikov et pistolets, on nous prend pour une milice privée parce qu'on filme une maquette et des pétards de gosses. C'est hallucinant. Cela vous montre le degré d'incompétence du Parquet en matière d'investigation. Une incompétence dangereuse pour notre État de droit.» Notons qu'un juge a même ordonné à YouTube de retirer la vidéo canular.

Après avoir confisqué son smartphone pour l'envoyer en analyse à la Federal Computer Crime Unit, Dave Monfort a donc été relâché. Mais aujourd'hui, lorsqu'il s'est rendu à la police pour le récupérer, les inspecteurs lui ont dit que la direction des opérations l'attendait à l'étage. «Je suis donc tombé sur cinq messieurs en costumes, au ton très sec et très paternaliste, qui voulaient visiblement m'impressionner. Ils m'ont dit qu'ils avaient une communication importante de la part de Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles, que j'étais un irresponsable et que j'allais envoyer plein de gens à l'hôpital. Je leur ai alors demandé s'ils étaient policiers ou scientifiques parce que plusieurs études montrent que les risques de contaminations en extérieur sont extrêmement limités. Ils m'ont dit: «Des études de Houtsiplou, oui!» Non, des études scientifiques menées par des universités et des instituts nationaux de santé publique.» Selon l'Abîme, ces supérieurs lui ont également demandé d'annuler l'événement et de supprimer la page Facebook de la Boum 2. «Je leur ai demandé si c'était une injonction, ils m'ont répondu que c'était juste un conseil. Je leur ai donc dit que la Boum aurait bien lieu, que l'on annule ou pas.» Rappelons que sur ce coup-là, aucune injonction d'un juge n'a été reçue par le réseau social. Et on peut aussi se demander pourquoi la police a décidé d'auditionner Dave Monfort à trois jours seulement de l'événement...

Et qu'en est-il des risques de récupération de l'événement relayés par les autorités? «C'est juste une manière d'essayer de nous impressionner. Nous ne sommes en contact avec aucun groupe malintentionné! La Boum 2 va se passer calmement et c'est ça qui les dérange.»

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