Vaccination : les francophones sont-ils vraiment à la traîne ?

Dans un contexte de pandémie, brandir le communautarisme n'a pas lieu d'être. - BELGA
Dans un contexte de pandémie, brandir le communautarisme n'a pas lieu d'être. - BELGA
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La stratégie vaccinale est désormais au cœur des débats communautaires. Mais que disent les chiffres ?

La Flandre retrouvera-t-elle plus rapidement sa liberté ? C'est l'idée émise ce dimanche au micro de la VRT par Jan Jambon. Pour le ministre-président flamand, les politiques devront se pencher à un moment donné sur la différence de couverture vaccinale entre la Flandre d’une part et la Wallonie et Bruxelles d’autre part. « Si cet écart s'agrandit, nous devrons penser à des assouplissements supplémentaires pour la Flandre ». Des propos communautaristes qui rejoignent ceux du ministre flamand de la Santé Wouter Beke, tenus la veille dans De Standaard. « Les Flamands ne doivent pas être les victimes de la situation francophone. Nous avons fait nos devoirs et nous méritons quelque chose en retour. »

La différence entre les Régions est-elle si grande ?

Tout dépend de ce que l'on regarde. En termes des premières doses administrées, le Nord du pays a pris une courte tête dans la campagne de vaccination, avec 30,2% des Flamands de plus de 18 ans partiellement vaccinés, contre 29% des Wallons et 22,7% des Bruxellois. Si l'on se concentre sur les deux doses, c'est le Sud du pays qui arrive en pole position, avec 8,6%, contre 8,1% pour la Flandre. Là aussi, Bruxelles est à la traîne avec 6,1% de personnes majeures qui ont reçu les deux précieuses injections.

Comment expliquer alors la confiance affichée par les politiques flamands ? Pour cela, il faut se pencher sur la campagne de vaccination par tranche d'âge. Les indicateurs plus détaillés permettent effectivement de constater une avance considérable au nord du pays, chez les plus âgés. Chez les plus de 75 ans, la moyenne flamande grimpe à 93,8%, alors que la Wallonie atteint 76% et que Bruxelles dépasse à peine les 70%.

Comme l'engouement pour les vaccins est moins marqué dans le sud du pays et dans la capitale, les deux Régions ont pu (dû) accélérer le tempo pour écouler les doses reçues. Chez les 55-64 ans, Bruxelles mène la danse, avec près de 40% de vaccinés. La Wallonie dépasse les 31%, tandis que la Flandre, qui ne s'est pas encore attaquée à cette tranche d’âge, atteint 17,2%.  

C'est grave docteur ?

Ce taux de vaccination inquiète puisque le seuil de l'immunité collective, permettant de limiter au maximum l'impact du coronavirus, est fixé entre 70 et 75 % à l'échelle du pays. Or, on sait que l'adhésion à la campagne de vaccination diminue avec l'âge. À ce rythme-là, la Flandre arrivera plus rapidement au seuil critique. C'est une moins bonne nouvelle, par contre, pour la Wallonie et Bruxelles qui présentent déjà une moyenne insatisfaisante parmi les plus à risques.

Jan Jambon

Jan Jambon. - BELGA

C'est cette situation qui donne à la Flandre cette envie de faire cavalier seul. Une envie rapidement rattrapée par la réalité : le coronavirus ne connaît pas les frontières géographiques et linguistiques. « Communautariser la pandémie, c'est amoindrir nos forces communes pour la combattre », réagissait le président du cdH Maxime Prévot sur Twitter. « Diviser pour mieux régner » ne fonctionne pas dans le cas d'une crise sanitaire. À l'inverse, ce débat communautaire - qui n'a pas lieu d'être - empêche de se concentrer sur les véritables causes de ces disparités.

Fracture vaccinale

Comment expliquer une telle différence entre les Régions ? Bruxelles rappelle que, lors de la première phase de la campagne, elle a vacciné nombre de Flamands et de Wallons travaillant sur son sol. Mais la stratégie vaccinale n'explique pas tout. Si la capitale est à la traîne, c'est aussi à cause de la fracture numérique, la barrière linguistique et d'un indice socio-économique plus faible.

D'après les enquêtes et baromètres relatifs à l'adhésion vaccinale, celle-ci augmenterait avec le degré de scolarité et le niveau socio-économique. Cela se confirme à Bruxelles, une ville partagée entre les communes aisées et précarisées. Ainsi, on retrouve le plus haut taux de vaccination chez les plus de 65 ans à Woluwe-St-Pierre (80,7%), suivi d'Auderghem (79,3%) et de Watermael-Boitsfort (78,2%). À l'inverse, c'est Saint-Josse-Ten-Noode qui arrive en queue de peloton, avec 51,7% de vaccinés.

Même raison pour laquelle, en Wallonie, les communes carolo arrivent globalement en bas du classement. Et en Flandre, c'est la ville d'Anvers qui présente le plus faible taux de vaccination, avec un honorable 77,45% chez les plus de 65 ans. Soit moins bien que le trio bruxellois.

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