Confiné, le monde du spectacle vivant se rebiffe

La Monnaie toujours occupée. - BELGA
La Monnaie toujours occupée. - BELGA
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En pause forcée depuis des mois, le spectacle vivant hausse le ton. Des artistes ont investi le Théâtre National et la Monnaie pour l'occuper jour et nuit, et réclamer des perspectives, tandis que le KVS s'autodéconfine.

Excédé par l'absence de perspective sur les réouvertures de salles en Belgique, le monde du spectacle vivant se rebiffe : deux théâtres bruxellois sont occupés, un autre va reprendre ses représentations sans attendre le feu vert des autorités.

À la différence des musées qui ont rouvert, les salles de spectacle sont fermées depuis fin octobre en raison de la pandémie, et aucune date n'a été fixée pour un retour du public.

"Autour de moi je vois énormément de doutes, d'incertitudes, une grande précarité aussi, des amis qui n'arrivent plus à payer leur loyer", constate Thymios Fountas, un auteur et metteur en scène de 31 ans. Il est membre du collectif "Bezet La Monnaie occupée" qui a investi depuis une semaine cette institution bruxelloise, un mode d'action déjà à l'oeuvre depuis plus d'un mois en France. À l'issue d'une négociation "serrée", la direction de cette salle d'opéra, de concert et de danse a autorisé dix personnes - dont il fait partie - à dormir sur place, sur des matelas installés dans le hall, jusqu'au 18 avril.

"Interpeller le gouvernement"

La Monnaie est l'une des trois institutions culturelles fédérales en Belgique, sous la tutelle de l'Etat, tandis que les autres dépendent des entités fédérées. "On voulait occuper ce théâtre pour interpeller directement le gouvernement", explique à l'AFP Thymios Fountas.

L'occupation de la Monnaie à Bruxelles

L'entrée est interdite au public, mais chaque jour le collectif organise des prises de parole sur le parvis du théâtre, le long d'une rue commerçante de la capitale belge. Une agora où s'expriment les voix d'autres secteurs touchés de plein fouet par les restrictions: la restauration, l'événementiel, le monde de la nuit.

Celles aussi des sans papiers, ou des féministes, comme jeudi après-midi, lorsqu'une centaine de personnes étaient rassemblées pour écouter des intervenantes dénoncer le patriarcat, les violences faites aux femmes, les inégalités au travail.

La convergence des luttes est également au coeur de la mobilisation qui touche depuis le 19 mars le Théâtre National, situé non loin. Une grande banderole "L'art et les gens avant l'argent", des pancartes de soutien aux étudiants ou dénonçant les violences policières s'étalent sur les portes vitrées du bâtiment.

Si au départ des artistes et sans papiers dormaient sur place, l'occupation n'est désormais plus que diurne. Des débats sont organisés, des militants du secteur de la restauration en lutte se chargent du ravitaillement.

"C'est un choix politique de fermer les lieux de rencontre, de sociabilité et les lieux de culture, on en a marre de cette idéologie", déclare Florentin, comédien et créateur lumière de 26 ans, qui s'en sort grâce à quelques aides de l'Etat et des contrats qui ont été annulés mais pour lesquels il est partiellement payé. Il a rejoint le mouvement dès le premier jour, et dormi sur place la première semaine.

Ahmed Marwane, de "l'Union des sans papiers pour la régularisation", est aussi du combat dans une période où "s'accumulent plus de précarité et de misère" pour cette population.

"Trouver une solution"

Solidaire avec les actions à la Monnaie et au "National", le directeur artistique du Théâtre royal flamand de Bruxelles (KVS), Michael De Cock a d'ores et déjà annoncé la programmation d'un spectacle pour le 26 avril, sans attendre l'annonce d'une réouverture par les autorités. Les mesures de restriction sont en vigueur jusqu'au 25 avril, et pour la suite un nouveau Comité de concertation est attendu la semaine prochaine.

KVS

Ce spectacle, "Jonathan", de Bruno Vanden Broecke et Valentijn Dhaenens, donnera lieu à plusieurs représentations, assure M. De Cock à l'AFP. "On va l'organiser dans les meilleures conditions". Ventilation, gel hydroalcoolique, rangées et chaises vides pour séparer les spectateurs, fléchage au sol... La jauge sera entre 50 et 100, estime-t-il, pour une capacité de 500 places.

"L'enjeu est de prouver qu'on peut faire ça de façon convenable", souligne le directeur, jugeant "honteux" que les autorités ne parlent plus de rouvrir les salles de spectacle alors que les trains pour la côte belge "sont pleins". "J'espère que les politiciens ont bien compris qu'il faut trouver une solution". Quant au risque de sanction auquel il s'expose? "Je ne peux pas l'imaginer", dit-il. "Ce serait vraiment le comble."

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