Qui vit dans les prisons belges?

Vue de la prison de Lantin, près de Liège @BelgaImage
Vue de la prison de Lantin, près de Liège @BelgaImage
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La Belgique se fait remarquer pour sa surpopulation carcérale mais pas seulement. Ses détenus sont notamment bien plus âgés que la moyenne européenne.

En Europe, les prisons sont souvent remplies, mais pas autant qu’en Belgique. Chez nous, la densité carcérale détient presque le record continental: 117 détenus pour 100 places. Seules la Turquie (127) et l’Italie (120) font pire. C’est l’un des principaux enseignements du nouveau rapport des «Statistiques pénales annuelles du Conseil de l’Europe», publié ce jeudi. L’étude livre également en détail le profil des détenus dans chaque pays. Âge, temps d’emprisonnement, sexe, origine, etc. La population carcérale belge et européenne est passée au peigne fin.

Des hommes, pas si jeunes et en attente de jugement

Premier constat: la Belgique brille par la vieillesse de ses prisonniers. 20,8% d’entre eux ont 50 ans ou plus. Seulement quatre pays ont des résultats plus élevés : l’Italie, le Portugal, la Macédoine du Nord et le Liechtenstein. Ce chiffre n’est pas anodin puisqu’il implique toute une série de conséquences sur la vie dans les prisons. Selon la sociologue Caroline Touraut, les détenus aussi âgés se sentent parfois en décalage avec les autres (écart de génération, affaiblissement physique…), ce qui peut amener à une «sur-incarcération» vu le peu de sorties hors de la cellule. Une situation parfois compliquée à gérer pour le personnel.

Les prisonniers belges sont également très rarement des prisonnières: 4,6% de femmes en Belgique, soit dans la moyenne européenne. Nous nous faisons toutefois à nouveau remarquer en enfermant en bonne partie des étrangers. 43% de notre population carcérale n’est pas belge. Dans l’Union européenne (UE), seuls quatre pays ont un taux plus élevé (Luxembourg, Grèce, Autriche et Malte). Autre fait marquant: 37% des détenus belges ne connaissent pas leurs peines définitives. En Europe, la moyenne est de 26% et, à nouveau, seuls trois pays de l’UE ont des chiffres plus élevés (Luxembourg, Pays-Bas et Danemark).

Une surpopulation due aux choix du système judiciaire belge

La Belgique se situe néanmoins dans la norme sur plusieurs autres aspects. Sur 100.000 habitants, on compte chez nous 93,6 prisonniers. C’est beaucoup plus que les Pays-Bas (58,5) et la Finlande (49,9) mais bien moins que la Pologne (195,3) ou, en-dehors de l’UE, que la Russie (356,1) et la Turquie (357,2).

La Belgique n’enferme donc pas plus que ses voisins. Et pourtant, comme dit auparavant, les prisons belges sont pleines. Pourtant, les prisonniers n’y restent pas plus longtemps qu’ailleurs (6,9 mois en moyenne). Selon l'Observatoire international des prisons (OIP), ce sont d’autres raisons qui expliquent ce phénomène. «La surpopulation carcérale s’explique principalement par trois facteurs : l’augmentation du recours à la détention préventive, l’allongement et le cumul des peines, et le recours davantage tardif et moindre à la libération conditionnelle», constate-elle.

À noter à ce propos que selon le Conseil de l’Europe, la Belgique avait le taux de roulement de la population carcérale le plus bas d’Europe (25,2%), excepté Chypre. L’organisme européen déclare à ce propos que les pays avec un taux aussi bas «ont généralement des taux de population carcérale élevés ou très élevés».

Une (lente) décrue carcérale

Pourtant, il y a du changement, mais c’est lent. Le taux de la population carcérale en Belgique a baissé d’1,4% en 2020 comparé en 2019. En comparaison avec nos voisins, c’est loin d’être aussi frappant qu’au Luxembourg (-12,3%) mais c’est mieux que la France (+0,7%). A noter que depuis 2010, la France est d’ailleurs un des rares pays européens à avoir augmenté sa population carcérale (+1,7%), derrière le Portugal (+13,1%) et surtout la Turquie (+115,3%).

La Belgique suit pour sa part une tendance qui est en réalité celle d’une bonne partie du continent. En dix ans, la grande majorité des prisons européennes se sont quelque peu dépeuplées. C’est parfois frappant, comme en Lettonie (-44%) mais la Belgique n’est pas en reste (-10,9%). Une évolution qui soulage un peu son problème de surpopulation carcérale, mais manifestement pas assez. Il va donc falloir que cette décrue continue pour apporter une solution à cette problématique.

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