Pour revivre normalement, il faudrait vacciner… 90% de la population

Personnes en attente de vaccination au site du Heysel @BelgaImage
Personnes en attente de vaccination au site du Heysel @BelgaImage
Teaser

L’objectif de 70% de vaccination contre le Covid-19 ne permettrait qu’un relâchement partiel, même s’il serait déjà non négligeable.

Revenir à la «vie d’avant», voilà la promesse donnée par les vaccins anti-Covid. Pour atteindre ce but, les autorités ont un chiffre en tête: vacciner 70% de la population adulte. Mais selon une étude de l’Institut Pasteur, cela ne serait pas suffisant pour laisser tomber toutes les mesures sanitaires d’ici l’automne. Les vaccins sont certes efficaces mais l’arrivée du variant britannique, plus contagieux, a changé la donne. La fondation française juge donc qu’il faudrait revoir ce chiffre à 90%. La barre est placée très haut mais plusieurs variables pourraient permettre de la faire baisser un peu.

Une équation tronquée

Jusque-là, le calcul des autorités semblait tenir la route. Il prenait en compte trois éléments : l’efficacité élevée des vaccins pour réduire les formes graves du Covid-19 (environ 90%) et le risque d’infection (environ 80%) ainsi que le taux de transmission du virus (le R0). Ce dernier était de 3 au début de l’épidémie, quand les mesures sanitaires n’étaient pas encore appliquées. Cela veut dire qu’en abandonnant les gestes barrières, une personne infectée contaminerait logiquement trois autres personnes en moyenne. Dans ce cas, il faudrait vacciner 70% des 18-64 ans et 90% des plus de 65 ans. Cela permettrait de limiter le nombre d’admissions à l’hôpital pour Covid-19 à un niveau au moins trois fois inférieur aux chiffres de la première et deuxième vague. Un déconfinement complet serait alors envisageable.

Oui, sauf que l’Institut Pasteur rappelle qu’avec le variant britannique, ce R0 serait non pas de 3 mais de 4 sans mesures de contrôle, et ça change tout! Pire: avec ce nouveau venu, les enfants jouent un rôle véritablement actif dans l’épidémie, or il n’est pas prévu qu’ils soient vaccinés pour l’instant. Compte tenu de tous ces paramètres, la fondation estime qu’il faudrait vacciner 90% de la population adulte pour qu’un relâchement total soit envisageable.

Le problème, c’est que vacciner 70% des adultes représentait déjà un défi. Selon un sondage de Test-Achats effectué au début de l’année, 2 Belges sur 10 refuseraient catégoriquement de se faire vacciner et 1 sur 10 se dirait indécis. Faire accepter le traitement à 90% de la population semble donc être mission impossible.

En quête de solutions alternatives

Heureusement, l’Institut Pasteur a imaginé plusieurs pistes pour régler le problème. La première serait de vacciner aussi les enfants. La semaine dernière, Pfizer a justement annoncé que son produit serait à 100% efficace sur les 12-15 ans. Ce serait donc une idée à creuser. Si cela se concrétise, il suffirait d’atteindre une vaccination de 60-69% chez les 0-64 ans et de 90% chez les plus de 65 ans pour déconfiner totalement.

Pour le moment, ce scénario n’est toutefois pas d’actualité et il faudrait se résoudre à faire un sacrifice, à savoir garder quelques mesures sanitaires. Cela permettrait de faire baisser le R0 et donc mathématiquement le nombre de personnes à vacciner. Mais que l’on se rassure, il ne s’agirait pas d’un confinement comparable à celui imposé au cours des trois vagues subies jusqu’ici. Pour maintenir un nombre d’hospitalisations très bas, il faudrait que le taux de transmission du virus soit réduit de 15-27% par rapport à un relâchement total. Or le confinement de la première vague l’a abaissé de 80% et celui de la deuxième vague de 70%. Entre les deux, ce chiffre était de 50-60%.

Encore plusieurs inconnues

Pour atteindre ces 15-27%, il faudrait «un mélange de différentes mesures», explique un des participants à l’étude de l’Institut Pasteur au Monde, le modélisateur Simon Cauchemez. Il est possible que seules quelques restrictions soient suffisantes, à savoir le port du masque, quelques règles de distanciation physique et le «tester, tracer, isoler». Mais cela n’est pas certain. L’évolution de l’épidémie peut encore réserver des surprises et les cartes peuvent encore être rebattues. La population pourrait néanmoins profiter à nouveaux de tous les loisirs, de l’horeca, du sport, des voyages, etc.

Autrement dit, dans ce scénario, la population ne verrait pas un retour à la normale d’ici l’automne mais bénéficierait d’un véritable relâchement. Seul un dernier élément pourrait jouer les trouble-fête: la durée d’efficacité du vaccin. Pour l’instant, elle est inconnue. Si elle s’avère qu’elle est assez longue, pas de problème à signaler. Par contre, s’il faut le renouveler tous les ans, il faudra que la campagne de vaccination se montre encore plus ambitieuse. Identifier les personnes les plus vectrices de la maladie pour les vacciner pourrait s’avérer être un outil particulièrement efficace pour lutter contre l’épidémie. Ce serait alors l’unique moyen pour revenir à une vie plus normale.

Sur le même sujet

Plus de Aucun nom

Notre Selection