A Paris, fêtes clandestines et restaurants gastronomiques illégaux choquent

Dans les beaux quartiers de Paris, les soirées chics continuent. (Maxppp)
Dans les beaux quartiers de Paris, les soirées chics continuent. (Maxppp)
Teaser

Un reportage sur des soirées secrètes, accessibles uniquement aux gros portefeuilles et sur invitation, fait le tour d’Internet et indigne les Français.

Chez nous, en Belgique, le secteur Horeca est à bout. Des restaurateurs intentent un procès contre l’Etat Belge, tandis que d’autres déclarent qu’ils ouvriront le 1er mai, coûte que coûte. C’était la date estimée du déconfinement, et même si depuis l’épidémie a repris de plus belle, ces chefs veulent travailler.

En France, les bars et restaurants sont toujours fermés aussi, au grand dam de la population et des travailleurs et indépendants du milieu. Raison qui explique en partie pourquoi un reportage diffusé sur M6 ce vendredi soir scandalise de nombreux Français, notamment sur les réseaux sociaux.

On y découvre qu’à Paris, des restaurants clandestins ont ouvert. On peut y manger des menus gastronomiques et s’y retrouver entre amis, sans masque ou distanciation sociale. Pas dans des caves ou des arrière-boutiques, mais bien dans des immeubles de standing.

Équipés d’une caméra cachée, les journalistes ont pu se rendre dans un de ces établissements illégaux, créé de toute pièce dans une habitation. Le lieu est accessible uniquement à ceux qui sont dans le secret et ont été recommandés par quelqu’un. Le prix des menus servis est également une barrière en soi : 160€ par personne pour le repas le moins cher jusqu’à 490€ pour la formule la plus luxueuse, qui inclut champagne, foie gras, truffe et langoustes, entre autres. Dans la « salle », les rideaux sont évidemment tirés. En cuisine, un chef « peu connu du grand public, mais proche des stars ».

Bien entendu, ni les convives, ni le personnel ne respectent les mesures sanitaires. « Une fois que vous passez la porte, il n’y a plus de Covid », entend-on même une personne expliquer, décrivant les lieux comme « un club privé », qui reçoit des clients « midi et soir ».

Un autre lieu clandestin est également montré : l’appartement luxueux d’un collectionneur qui organise des fêtes à 220€ la soirée, où les participants se font la bise, comme si de rien n’était. Comme pour prouver qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, le propriétaire des lieux, dont la voix est masquée, déclare avoir « diné cette semaine dans deux ou trois restaurants clandestins », ajoutant qu’il a été plusieurs fois accompagné « de ministres ».

Pas si anonyme que ça

Les raisons pour les Français de s’indigner devant un tel reportage sont évidemment nombreuses. Tout d’abord, les études et sondages le prouvent depuis un an : nous ne sommes pas tous égaux face à la crise du coronavirus. Il est bien plus difficile pour les personnes en situation précaire d’affronter le confinement et ses règles que pour ceux qui vivent dans de grands logements avec de hauts revenus. On peut comprendre ceux qui sont choqués de voir les plus privilégiés braver les interdits, faisant fi des règles, tandis que d’autres, dans des situations moins confortables, les respectent tant bien que mal.

Ensuite, l’information reste à vérifier mais l’idée que des ministres en fonction se rendraient dans ces restaurants clandestins a outré beaucoup d’internautes français. Certains demandent même déjà la démission des concernés, avant même que ces propos aient été prouvés.

Enfin, le détail qui a le plus choqué les milliers d’internautes qui ont réagi au reportage est le fait que ces restaurants et soirées ne sont que très grossièrement dissimulés. Les responsables en font même la promotion sans retenue.

En effet, même si le reportage floute les visages et déforme les voix, plusieurs personnes ont reconnu les lieux dans lesquels se tenaient ces rassemblements. La décoration atypique du premier appartement, avec des lumières bleues et des portraits de Johnny Hallyday, semble correspondre à celle présentée sur Instagram par le chef Christophe Leroy. Sur le réseau social, le cuisinier vante depuis plusieurs semaines son « club privé », selon sa formule, le Leroy’s Business Club.

C’est l’architecture assez unique et les œuvres du deuxième appartement qui l’ont trahi. Il semblerait qu’il s’agisse de la résidence du collectionneur Pierre-Jean Chalençon, connu du grand public grâce à l’émission Affaire Conclue. 

#OnVeutLesNoms

Vu l’indignation suscitée par le reportage, les réactions officielles ne se sont pas fait attendre. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré avoir « demandé au Préfet de police de Paris de vérifier l’exactitude des faits rapportés afin, s’ils sont vérifiés, de poursuivre les organisateurs et les participants de ces dîners clandestins ».

Interrogée à propos de ces faits, la ministre de la Citoyenneté, Marlène Schiappa a répondu que « si des ministres ou des députés ont enfreint des règles, il faut qu'ils aient des amendes et qu'ils soient pénalisés comme n'importe quel citoyen ».

Y aura-t-il des conséquences et des sanctions pour les organisateurs et clients ? Le reportage étant anonymisé, difficile à dire. Mais pour les internautes les plus consternés par le reportage, l’identité des restaurateurs et la nécessité de punitions ne fait aucun doute. Certains ont même lancé le hashtag #OnVeutLesNoms, afin de découvrir qui seraient les fameux ministres qui enfreindraient les règles.

Sur le même sujet

Plus de Aucun nom

Les plus lus

Notre Selection