Ceci n'est pas une boum

La Boum - Bois de La Cambre @Didier Zacharie
La Boum - Bois de La Cambre @Didier Zacharie
Teaser

On était à la boum du Bois de la Cambre, ce faux événement poisson d'avril devenu une sorte de happening tendance situationniste... On vous raconte le déroulement des événements.

Ca a commencé comme un poisson d'avril. Une boum au Bois de la Cambre à Bruxelles, avec huit scènes, des DJ sets et David Guetta en invité star. Evidemment, personne n'y a cru. Mais tout le monde a pris le poisson au mot. Imaginez un peu ! Une boum de libération ! Après un an de covid, de restrictions, de « fais pas ci, fais pas ça », bref, un an de non-vie à attendre que ça passe... Sauf que ça ne passe pas .

Résultat, ce poisson d'avril lancé, semble-t-il, par un collectif artistique, s'est rapidement transformé en happening hérité des situationnistes où il est question de se réapproprier l'espace public, une désobéissance civile destinée à défier l'ordre établi, les « autorités », par le simple fait d'être présent. Voire... Le fin mot de l'histoire, pour la plupart, était de venir voir s'il allait se passer quelque chose. Dont acte. Car en fin de compte, il s'en est passé, des choses...

17 heures, Bruxelles s'éveille

On s'est donc retrouvé sur place pour voir s'il se passait quelque chose (et par souci professionnel, c'est évident!). Il était 17 heures, les fourgons de police étaient bien en nombre, comme la populace qui s'agglutinait gentiment autour du lac. Il faut dire aussi que le bois de la Cambre est devenu, par la force des choses, l'endroit où les gens se retrouvent depuis un an. Le seul endroit où c'est plus ou moins permis, en somme... De fait, chaque week-end, dès qu'il y a un peu de soleil, il y a foule. Ce jour-ci, c'est pareil, avec un peu plus de monde, sur place un peu plus tôt.

Pas de quoi s'alarmer, vraiment, mais tout de même, comme disait le poète, ce sentiment que « there's something in the air »... Bref, on est là, on se pose dans l'herbe, entre trois groupes, à trois copains, distance réglementaire, gestes barrières, tout çi tout ça. Dix minutes passent et un mouvement de foule se fait sentir. Au loin, la police charge...

En soi, de là où on est, c'est pas très clair ce qu'il se passe. Donc, on continue à profiter du soleil, couchés dans l'herbe. Et puis, de nouveau, un mouvement de foule. Plus proche, celui-ci. On nous dit : « Ils sont à vingt mètres ». En même temps, on est là, paisibles, à la fraîche, et comme disait Gégé dans Les Valseuses, décontractés du gland... Qu'est-ce qui peut bien nous arriver ? Que la police nous charge, voilà ce qui peut vous arriver.

Que faire quand un cordon de policiers, habillés de casque, matraque et boucliers, vous charge au pas ? C'est une question à laquelle on n'avait jamais vraiment eu à répondre, même du temps des manifestations altermondialistes et anti-Bush et sa guerre en Irak. A l'époque, c'était juste des slogans à reprendre en choeur et de l'énergie à revendre. Ici, rien de tout ça, on est juste le cul dans l'herbe ! Et bien, quand la police vous charge, vous détalez comme un lapin, voilà ce qu'il se passe !

Belga

La Commune, les barricades, la Sierra Maestra...

Soudain, l'impression (fausse et un peu pathétique) de se retrouver pendant mai 68 à faire face aux CRS... Sans trop comprendre, on est tous à détaler pour éviter la matraque. Une jeune fille d'une quinzaine d'années trébuche devant nos yeux, les forces de l'ordre plongent sur elle et elle se prend un coup de matraque sur le bras. Son copain, furieux, expulse sa colère devant la rangée bleue et reçoit du gaz dans les yeux. Nous, on se retrouve dans le maquis, comme Fidel et les barbudos dans la Sierra Maestra, à l'abris des arbres, dans le sous-bois. Que s'est-il passé ?

Philippe, vieux briscard de 55 ans, n'en revient pas : « Je n'avais pas vu ça depuis les manifs dans les années 80... Ce à quoi on assiste, c'est l'état policier en plein. Il n'y a pas de manifestation ici, t'as juste des gamins qui chill. C'est de la provocation pure et simple ».

En fait, c'est un jeu d'intimidation qui dure comme ça pendant une dizaine de minutes, mais qui durera en vérité pendant toute la soirée. L'idée : disperser la foule du Bois avant qu'il y ait vraiment trop de monde et que ça ne dégénère, que le nombre devienne incontrôlable. Du moins, c'est ce qu'on imagine. Mais le résultat, c'est un échauffement des esprits, forcément, comme un appel à la confrontation.

Pendant une dizaine de minutes, la police à pied, à cheval, et à l'autopompe, s'occupe du côté sud du parc, dégageant la populace, l'incitant à quitter les lieux. C'est violent et disproportionné. En même temps, c'est efficace et sans (trop de) dommage (il semblerait). Et puis, ils repartent vers le côté nord du parc. Là, un groupe de jeunes se défend et s'attaque à une fourgonnette venue en renfort. Business is business, comme dirait l'autre... Mais pas sûr que tout cela aide à recréer du lien social.

DZ

« On est de l'autre côté, il y a du son, il reste des bières »

Le va et vient durera toute la soirée avec ce sentiment qu'ils peuvent venir nous chercher jusque dans le maquis, là où la populace est retranchée, du moins celle qui est restée, juste derrière les ambassades des pays du Golfe avec leur jardin immense et leur piscine en plein air... Décidément, on vit une drôle d'époque.

Et puis, un appel du large. « On est de l'autre côté, il y a du son, il reste des bières ». Il s'avère que la bataille des tranchées se déroule uniquement autour du lac. Or, au-delà, un peu plus loin côté ville, à 700 mètres tout au plus, il y a comme un esprit de liberté. Le plus difficile est de traverser le champ de bataille. Mais une fois arrivés... « Bienvenue, les gars ! »

Une camionnette, des baffles, du son et une centaine de personnes qui dansent où est posée au pied des arbres à discuter. C'est le jour et la nuit. Au-dessus de nos têtes, un hélicoptère, aux alentours, des fourgons de police qui viennent et repartent. Ce petit attroupement est su de ceux qui savent, mais on laisse faire. Du moins un temps. Alors qu'on repart, la police est toujours occupée côté lac : « L'accès est fermé, monsieur » - « Il reste du monde ? » - « Un peu, mais ils vont bientôt partir ». Le temps de vider le bois côté lac, il sera temps de s'occuper du reste. Pour 22 heures, le bois de la Cambre sera vide.

Une boum ? Plutôt une histoire belge. Le genre dont on ne sait s'il vaut mieux en rire ou en pleurer...

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