Des lunettes presque à l’œil

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L’optique aussi passe par le low cost. Polette, Ace & Tate, Hans Anders, entre autres, viennent désormais piétiner les terres de ce fou d’Afflelou, avec des paires à prix plancher. Et la qualité?

Coût moyen des lunettes (verres compris) en Belgique: 300 €. Alors quand des chaînes affichent des montants de 40 €, le myope écarquille les yeux. Comment arrivent-elles à réduire à ce point la note? Elles suppriment les intermédiaires. Les Hollandais de Polette sont cash: l’industrie de l’optique “entube” le consommateur (ils optent même pour une formulation plus, disons, directe). À la sortie de l’usine, un verre coûte entre 1 et 15 € maximum. Et même les grandes marques sont fabriquées en Chine. Dès lors, ces chevaliers blancs de la démocratisation de la vue nette ont revu les procédés. Leurs modèles sont assemblés directement à l’usine chinoise et expédiés au domicile du consommateur (comptez entre trois semaines et un mois). Les boutiques sont des showrooms, où l’on se rend pour essayer sa monture, avant de la commander via une application. Si le modèle de base est à 40 € en moyenne, les options gonflent la note (verres amincis, traitement anti-lumière bleue, anti-griffes…). Au niveau des montures, les designs sont actuels et fréquemment renouvelés. Pourtant… On ne joue pas avec ses yeux. Peut-on faire confiance à ces nouveaux acteurs? Lise Delaunoit, ophtalmologue du centre Filles d’Yeux (Tournai) rassure: “En Belgique, on applique toujours une TVA de 21 % sur les lunettes. Un scandale! Vu le prix des verres et des montures, heureusement que ces chaînes existent pour que les gens puissent changer leurs lunettes. Au niveau des montures, il n’y a pas de franche différence. En ce qui concerne les verres, ce sont de bons verres. Les gens voient mieux lorsqu’ils les portent. Lorsqu’il s’agit de corrections simples, comme une myopie, je n’ai aucun souci avec eux. Cela peut parfois être une fausse économie parce qu’ils sont moins solides… Mais je n’ai pas de reproches réels à leur faire. Par contre, en ce qui concerne la technologie, ils ont 20 ans de retard. Cela se marque particulièrement pour les presbytes. Là, le confort est vraiment différent. On pourrait faire la comparaison avec les voitures. Avec une Lada ou une Rolls-Royce, vous irez toujours du point A au point B, mais ce ne sera pas la même expérience”.

Mesures approximatives

Les fameux verres progressifs doivent en effet être calibrés, adaptés aux habitudes. Dans ces chaînes, on l’a testé, la mesure est très approximative. Un vendeur va observer, debout parmi la foule, la hauteur des yeux et la mesurer à la va-vite. “Je ne conseille pas non plus leur programme de mesure de la distance entre les pupilles via un selfie. Ça ne permet pas de bien placer les verres. Mais dans les showrooms, ce service est proposé, via des appareils fiables. La vraie différence, pour les presbytes, c’est que des marques comme Varilux ou Essilor proposent des verres qui évitent de réduire le champ visuel. De plus leurs verres progressifs permettent de privilégier la zone que vous utilisez le plus. Les besoins ne sont pas identiques. Un chauffeur de bus va solliciter sa vision de loin, un informaticien, sa vision intermédiaire, un
bijoutier, la vision proche. Adapter ses verres augmente sensiblement le confort de vision.

Passer chez l’ophtalmologue

Que penser des examens de la vue proposés? Là, le passage chez l’ophtalmologue n’est pas une option. Déjà, à partir de 40 ans, il est recommandé pour mesurer la tension oculaire (ce que n’évaluent pas les opticiens). À 65 ans, il faut aussi dépister la dégénérescence maculaire. Et, pour tous, un contrôle de la vue tous les deux ou trois ans reste recommandé. “Dans ces chaînes, il faut distinguer les enseignes comme Pearle, qui emploient des opticiens diplômés. Ils font quatre ans d’études poussées, ce sont des gens qui s’y connaissent. Par contre, beaucoup engagent des vendeurs, sans formation, payés à la commission, qui poussent à la vente. Se faire prescrire des verres, c’est l’occasion de détecter des pathologies.” Accessoire de mode, la lunette reste aussi un instrument médical. Qui veut voir loin protège sa monture… ou en tout cas la correction de ses verres.

Faut-il avoir peur de la lumière bleue?

Avec l’utilisation des écrans et l’omniprésence de la lumière LED dans les maisons, les mises en garde contre la lumière bleue fleurissent partout. Ces rayons, à longueur d’ondes entre 415 et 455 nanomètres, sont plus énergétiques et frappent la rétine avec davantage de puissance. Les ventes de paires de lunettes sans correction destinées à les filtrer explosent. Lise Delaunoit reste sceptique: “Les lumières bleues seraient toxiques pour l’épithélium pigmentaire, une des couches de la rétine. La Commission européenne s’est déjà penchée sur le sujet en 2010 et a limité leur intensité pour les écrans. Donc le blue pic toxic est déjà limité pour les appareils qui datent d’après 2010. En tant qu’ophtalmologue, ce filtre anti-lumière bleue m’apparaît comme un argument de vente des opticiens. Au niveau scientifique, rien n’a prouvé qu’il limite la toxicité. Par contre, on constate une diminution subjective de la fatigue oculaire. Donc si l’on doit changer ses lunettes, il n’y a pas de contre-indication à en ajouter sur ses nouveaux verres”. Pour protéger vos yeux, éloignez-vous des écrans OLED, optez pour des éclairages chauds (moins de 3.000 kelvin), exposez-vous (et particulièrement les enfants) deux heures par jour à la lumière naturelle et… mangez du poisson gras deux fois par semaine. Le vrai danger des écrans, pour l’ophtalmologue, c’est la sécheresse oculaire. “On cligne des yeux entre 20 et 50 % moins souvent devant un écran.

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