Covid-19 : faut-il faire vacciner les enfants?

Vaccin enfant @BelgaImage
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Petit à petit se profile l’hypothèse qu’il faudrait, pour enfin sortir de la pandémie, administrer des vaccins aux plus jeunes. Et faire tomber un fameux tabou.

La question fait discrètement débat. Mais se dessinent déjà les contours d’une polémique qui risque de fracturer l’opinion publique encore un peu plus. En France, le ministre de la Santé, Olivier Véran, assurait, en début d’année, que la vaccination des enfants “n’était pas au programme”. Aux États-Unis, Anthony Fauci, le M. Covid américain rompait, il y a deux semaines, le consensus de l’évitement. Et reconnaissait timidement que pour obtenir l’immunité de groupe, il conviendrait de vacciner les enfants. Chez nous, le Premier ministre Alexander De Croo, mis sur le gril le 11 mars dernier par six enfants sur les antennes de la VRT, affirmait que “les enfants et les jeunes qui le souhaitent seront aussi vaccinés”. L’offensive de la vaccination des enfants se dévoile, avec l’appui des labos pharmaceutiques.

Pfizer déclarait il y a quelques jours avoir commencé les essais cliniques de son vaccin chez les enfants, disant espérer qu’il soit disponible pour eux début 2022. “Nous avons administré les premières doses afin d’évaluer la sûreté, la façon dont il est toléré, et l’immunogénicité du vaccin pour prévenir le Covid-19 chez les enfants de 6 mois à 11 ans.” La semaine dernière, la société de biotechnologie américaine Moderna avait, elle aussi, annoncé avoir commencé des essais de son propre vaccin sur des milliers d’enfants. AstraZeneca, plus discrète, teste ses vaccins pédiatriques depuis début février. Le prélude à ce qui promet être un beau débat d’idées, vu la sensibilité de la question de la “vaccination” quand elle ne se pose encore que pour les adultes.

Les variants changent la donne

L’impasse d’hier a fait place à la réalité de nouveaux intervenants dans le conflit sanitaire d’aujourd’hui: les “variants”. Ceux-ci sont venus contrarier la stratégie de vaccination pensée il y a quelques mois. En début d’année, on estimait pouvoir éteindre la pandémie en inoculant le vaccin à 70 % de la population. Chacun prenait sa calculette et analysait la pyramide des âges à l’ombre de laquelle son continent ou son pays se trouvait. Ainsi, globalement, on estime que les enfants représentent un peu plus d’un quart de la population mondiale. Dans l’Union européenne, aux alentours de 20 %. En Belgique, à peu près 21 % de la population est âgée de moins de 18 ans. La population majeure atteignant presque 80 %, on pouvait de bonne foi imaginer atteindre une immunité collective - à 70 % - en vaccinant les seuls adultes.

Mais les variants ont donc changé la donne. Anthony Fauci estime ainsi que la couverture vaccinale de la population devrait désormais s’élever à 85 %. “Maintenant, nous savons que vacciner 70 % de la population sera insuffisant pour contrôler l’épidémie”, embrayait il y a un mois l’épidémiologiste de l’UAnvers Pierre Van Damme. L’immunologue belge Hans-Willem Snoeck, professeur de médecine à l’Université de Columbia, croit même qu’il faudra aller jusqu’à 90 %. Voilà qui ouvre un nouveau front. Voire deux. Ou peut-être trois.

La vaccination obligatoire  en question

Le premier, c’est celui de la vaccination des adultes sur base “volontaire”. On ne connaît pas exactement la proportion des gens qui ont refusé d’être vaccinés parmi ceux qui ont été invités à le faire. Mais quelques indices impliquent qu’elle n’est pas négligeable. Certaines informations laissaient à penser que parmi le personnel soignant cette proportion s’élevait dans notre pays à 20 %. L’annonce faite il y a quatre jours par la task force vaccination permettant à une personne ayant refusé de se faire vacciner de se raviser et d’obtenir un second ­rendez-vous n’est sans doute pas innocente.

Si le personnel soignant est, en partie, réticent à se faire vacciner, que peut-on prédire des intentions du reste de la population? Si un quart des adultes refuse le vaccin, la couverture vaccinale de la population belge s’élèvera à 60 %. Faut-il rendre le vaccin obligatoire pour les adultes? Pour le moment, il n’en est pas question. D’où l’ouverture du second front. Celui qui nous occupe. Celui de la vaccination des mineurs. Celle-ci devra atteindre 50 % pour obtenir les 70 % de couverture vaccinale que l’on s’était donné pour objectif en janvier dernier. Et même si 100 % des enfants sont vaccinés, sur les bases actuelles, les 85 % de couverture nous assurant l’immunité collective ne seront pas atteints. Polémiques en perspective, donc…

Le spectre des virus recombinants

Ce qui nous amène au troisième front. Celui de la circulation du virus. Car, hormis le fait qu’elle a pour conséquence directe de rendre malade un corps sain ou atteint de comorbidités et de potentiellement le tuer, la circulation a un autre effet. Plus un virus passe d’hôte en hôte, plus il est susceptible d’évoluer. Ainsi la circulation fait naître de nouveaux variants. Anglais, breton, sud­africain, belge… Mais pas que. La circulation du virus fait également naître des “recombinants”, soit une autre opportunité pour le virus d’évoluer. Si une personne est infectée en même temps par deux versions différentes du SARS-CoV-2, il peut arriver que les informations génétiques de ces deux virus se mélangent pour créer un autre virus appelé “recombinant”. Or, ces recombinants affectent, comme les  variants, l’efficacité d’un vaccin… Et augmentent donc les possibilités de circulation. D’autant que comme le rappelait Yves Van ­Laethem, “même vacciné vous pouvez transmettre, par ricochet, le virus à quelqu’un d’autre”.

Il paraît ainsi de plus en plus probable que la ­vaccination pédiatrique s’invite, ces prochaines semaines, à la table de certains de nos neuf ­ministres de la Santé. En paroles en tout cas. En actions, ce sera pour plus tard. Beaucoup plus tard. Sur la base actuelle de 4,5 % de vaccination ­complète en trois mois, les 70 % seront atteints dans 46 mois. Soit presque quatre ans. D’ici là, un certain nombre d’enfants d’aujourd’hui auront le temps d’atteindre leur majorité…

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