Temps incertain sur les festivals

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L’annulation de Rock Werchter et des tournées des artistes anglo-saxons a fait s’envoler les dernières illusions d’un été musical. Du côté francophone, on attend une décision politique, mais le cœur n’y est plus.

Après de gros mastodontes internationaux (Glastonbury en Angleterre, Coachella aux États-Unis, Primavera Sound en Espagne, Solidays en France), c’est Rock Werchter, considéré par beaucoup comme la “Rolls des festivals” en raison de la qualité de son affiche, qui annonçait ce 9 mars l’annulation de son édition 2021. Une décision logique qui n’a surpris personne. L’incertitude sur l’évolution de la pandémie, les ratés au démarrage de la campagne de vaccination, le flou politique et aussi la défection déjà confirmée en amont de nombreux artistes anglo-saxons qui n’envisagent pas de tourner en Europe avant 2022 sont autant de raisons invoquées.

Face à cette situation, il faut être réaliste. Mais la pilule est amère, explique Herman Schuermans, organisateur de Rock Werchter. Après avoir repoussé l’échéance à plusieurs reprises, nous sommes arrivés à la conclusion qui s’imposait: il est impossible de préparer normalement le festival et d’avoir la ­certitude, une fois sa date fixée, qu’il pourra avoir lieu dans son format habituel (jauge de 85.000 spectateurs quotidiens et têtes d’affiche internationales - NDLR). Or, ce que nous voulons, c’est toujours offrir à nos fans et aux artistes la plus belle des expériences.” La prochaine édition de Rock Werchter est donc programmée du 30 juin au 3 juillet 2022.  L’annonce de Rock Werchter est venue quelques jours après celle de l’annulation de l’édition 2021 du Graspop Metal Meeting. Et l’effet domino se fait ressentir en Flandre. TW Classic (où  certains espéraient toujours applaudir Paul McCartney) et Werchter Boutique (qui annonçait Taylor Swift) n’auront pas lieu non plus cet été. Le festival électro Tomorrowland joue la carte de l’optimisme (ou du coup marketing) en reportant au mois de septembre son édition initialement prévue en juillet, mais personne ne s’attend à voir débarquer à Boom, la veille de la rentrée scolaire, des milliers de festivaliers venus en charter du monde entier.

Faux suspense en Wallonie

Et en Fédération Wallonie-Bruxelles? Les festivals programmés traditionnellement au printemps ont déjà jeté l’éponge. Prévu du 30 avril au 2 mai, l’Inc’Rock à Incourt est reporté à septembre. Les Nuits Botanique sont déplacées en septembre, tout comme les Aralunaires (Arlon) et le Durbuy Rock. Privée de son affiche majoritairement anglo-saxonne, le Roots & Roses Festival, qui se déroule traditionnellement à Lessines le premier week-end de mai, n’aura pas lieu pour la deuxième année consécutive. Le festival Balkan Trafik a choisi pour sa part de maintenir sa quinzième ­édition (du 21 au 25 avril) mais en… digital.

Pour les rendez-vous d’été en Wallonie, la décision officielle se fait attendre. Irrespectueux pour les artistes, les techniciens et le public détenteur d’un ticket, ce faux suspense rappelle l’absence de ­perspectives pour le secteur culturel plus d’un an après sa mise sous cloche. Créée en septembre 2020, la Fédération des festivals de musique Wallonie-Bruxelles (FFMWB, qui regroupe Dour Festival, Les Ardentes, Couleur Café, Francofolies…) attend depuis janvier que les instances gouvernementales prennent position. “Aucun festival n’est  en mesure de savoir s’il pourra se tenir et dans quelles conditions. Une décision gouvernementale, quelle que soit sa nature, doit être prise avant fin mars afin d’apporter toute la clarté dont les organisateurs et les festivaliers ont besoin”, implore la FFMWB.

Dans les colonnes de La Libre, Damien Dufrasne, directeur du Dour Festival, affirme que d’ici deux semaines, il n’aura pas d’autre choix que d’annoncer une annulation de l’édition 2021. “Cette situation de flou est pénible pour tous, confirme Jean-Yves ­Reumont, porte-parole des Ardentes. Contractuellement,  si nous prenons unilatéralement la décision de ne pas organiser le festival, des agents d’artistes pourraient se retourner contre nous. En fait, nous nous trouvons dans la même incertitude qu’il y a un an. C’est dur.

La FFMWB réclame aussi la mise en place de nouvelles mesures de soutien pour le live, comme cela a été décidé en Flandre où 60 millions d’euros ont été débloqués en février. Une étude publiée par la Sabam montre que  ce sont les festivals de musique qui ont le plus souffert de la pandémie dans le ­secteur des arts vivants en 2020 et que le scénario risque encore de se répéter. En 2020, le nombre de festivals en Belgique est passé de 743 à 101 avec une perte de  99 % du chiffre d’affaires. C’est plus que le théâtre (- 81 %) et les concerts en salle (- 80 %). Un artiste en tournée engrange en moyenne 50 % de ses revenus directs durant la saison des festivals. Face à cette situation, Denis Gerardy, directeur et programmateur du festival Les Solidarités évoque même “un devoir moral des festivals” à y croire coûte que coûte. “Même au travers d’une édition réduite de notre festival, nous devons permettre à tous les artistes, techniciens et bénévoles en situation de détresse de ­pouvoir revivre un peu.

 

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