Bertrand Tavernier : une complicité légendaire avec Philippe Noiret

Philippe Noiret, son épouse Monique Chaumette et Bertrand Tavernier, cérémonie des Césars, 1982, à Paris.
Philippe Noiret, son épouse Monique Chaumette et Bertrand Tavernier, cérémonie des Césars, 1982, à Paris.
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Un cycle de cinq films sur Netflix témoigne de la collaboration fructueuse entre ces deux monstres sacrés du cinéma français.

Son attachement inconditionnel aux êtres de fiction, Bertrand Tavernier l’a prolongé par le lien fort entretenu avec Philippe Noiret à qui il a offert quelques-uns de ses plus beaux rôles - les deux étant mis à l’honneur dans un mini-cycle Netflix de cinq films. Au beau milieu des années 70, son cinéma marque une transition, son premier film, L’horloger de Saint-Paul (1974) brisant la tradition du film noir tel que magnifié par Melville dont il a été l’assistant. Chez Tavernier, plus de héros au regard mystérieux mais des femmes et des hommes comme on en croise en bas de chez soi dans un contexte - historique ou contemporain - où le réel prédomine.

Un œil critique

Que la fête commence (1975) se déroule pendant la Régence de Philippe d’Orléans, mais la manière de filmer est aux antipodes des reconstitutions ampoulées du cinéma d’avant. Tavernier aborde la grande histoire en reporter, avec le respect de l’historien et l’œil du documentariste. C’est vrai aussi pour Le juge et l’assassin (1976), qui valut à Michel Galabru un César que lui-même n’attendait pas, pour le moyenâgeux La passion Béatrice (1987) ou le sublime La vie et rien d’autre (1989) dont l’action se passe en 1920, sur les ruines de la Première Guerre. La rencontre entre le commandant Delaplane (Noiret), chargé d’identifier les soldats disparus, et Irène de Courtil (Sabine Azéma) qui recherche son époux, constitue un sommet dans la collaboration entre le cinéaste et son acteur fétiche.

Une carrière de quarante ans

Ce rôle pour lequel Noiret décroche le César du meilleur acteur en 1990 lui permet d’aller au-delà de ses habitudes de cabotinage, dévoilant les fragilités et les blessures d’un homme qui a toujours essayé de les cacher. En plus de quarante ans de carrière, Bertrand Tavernier a traversé de nombreux genres - Autour de minuit (1986), Daddy Nostalgie (1990), Quai d’Orsay (2013) - avec une constante, celle d’un propos politique qui jamais n’alourdit ses scénarios. Plus qu’un propos, un engagement, notamment dans L.627 (1992), plongée réaliste dans l’univers de la brigade des stupéfiants à Paris, ou le très beau Ça commence aujourd’hui (1999) autour du quotidien des enseignants. Dans les cinq films proposés sur Netflix, il y a encore le très sombre et cynique Coup de torchon (1981), cruelle fable coloniale adaptée d’un roman de Jim Thompson.  L’ensemble ne rend compte que d’une infime partie de l’œuvre de Tavernier mais constitue une excellente porte d’entrée pour découvrir son univers et éventuellement continuer le voyage en sa compagnie.

Cinq films à revoir sur Netflix : L’horloger de Saint-Paul, Le juge et l’assassin, Que la fête commence, Coup de torchon, La vie et rien d’autre.

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