Ces phrases que l'on entend trop souvent le 8 mars

Un siècle après sa première célébration, la Journée internationale des droits des femmes est toujours nécessaire. - Unsplash
Un siècle après sa première célébration, la Journée internationale des droits des femmes est toujours nécessaire. - Unsplash
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On le sait déjà, cette journée internationale des droits des femmes sera jalonnée par bien des phrases, pleines de bonnes intentions ou pas, qui feront grincer les dents. En voici cinq et autant d'arguments pour y répondre.

« Bonne journée de la femme ! »

Parce que cela semble encore nécessaire, il est bon de rappeler que le 8 mars n'est pas l'occasion de souhaiter « une joyeuse fête de la femme », un bouquet de fleurs à la main, encore moins celle de proposer des opérations publicitaires foireuses et sexistes, avec des promotions sur les soutiens-gorges et les robots pâtissiers. Le 8 mars est une journée de lutte pour les droits des femmes, au pluriel s'il vous plait car il n'existe pas qu'une seule façon d’être une femme. Celles-ci sont toutes différentes. Et c'est précisément aujourd'hui que ces voix, multiples et plurielles, se font entendre pour revendiquer leurs droits.

« À quand une journée pour les hommes alors ? »

C'est une phrase que l'on entend bizarrement uniquement le 8 mars. À l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, quelques petits malins se plaignent de ne pas avoir une journée consacrée aux hommes. Or, elle existe déjà, et c'est le 19 novembre. Malgré le fait que cette journée existe depuis une vingtaine d'années, elle reste néanmoins encore très méconnue, et ses objectifs, assez flous.

« En Belgique, on n'a plus besoin du féminisme »

Dans le dernier rapport de l'Institut européen pour l'égalité des genres, publié en 2020, la Belgique se classait 9e sur les 27 pays de l'UE, en recul d'une place par rapport à l'an dernier et de quatre places par rapport à il y a dix ans. Si elle fait partie des « bons » élèves européens, le chemin vers l'égalité est encore long dans le plat pays, comme ailleurs.

En 2020, au moins 24 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Depuis le début de cette année, on déplore déjà sept féminicides, et quatre enfants tués dans un contexte de violences conjugales. Selon un récent sondage commandé par Amnesty International et SOS Viol, une femme sur cinq a été victime de viol. Et quasi toutes (près de 98%) ont été harcelées dans l'espace public. Ces statistiques, bien que sous-estimées, relèvent d'une même violence à l'égard des femmes, celle du patriarcat.

Dans cette société où « le masculin l'emporte sur le féminin », les corps des femmes et des filles sont encore jugés, sexualisés et contrôlés pour distraire - ou éviter de distraire - les hommes. Ils sont encore aussi pris en otage par ces derniers à des fins politiques, comme l'ont montré le marchandage sur fond de négociations gouvernementales de la proposition de loi visant à assouplir et dépénaliser l'IVG. Celle-ci a finalement été repoussée pour la troisième fois, alors que plus de 400 Belges se rendent chaque année aux Pays-Bas pour avorter.

« L'égalité professionnelle est acquise »

« À travail égal, salaire égal ! » Le principe est inscrit dans la législation européenne depuis 1957. Pourtant, plus de soixante ans plus tard, en Belgique, les femmes gagnent en moyenne 9,2% de moins que les hommes en équivalent temps plein, c’est-à-dire pour un même volume de travail. Quant aux chiffres bruts, soit lorsque le temps de travail n'est pas corrigé, cet écart salarial grimpe à 23,1%.

Ce second indicateur marque l'impact du temps partiel, qui concerne près de la moitié des femmes salariées contre seulement 11% des hommes. Comment expliquer une telle différence ? C'est notamment lié à une autre inégalité, cette fois dans la sphère privée. Encore aujourd'hui, les femmes assument la plus grande partie des tâches ménagères et celles relatives aux enfants.

En outre, bien qu'elles soient paradoxalement plus diplômées que les hommes, les femmes restent moins nombreuses aux postes de supervision de personnel (15% contre 25%), attestant d'un plafond de verre toujours présent.

« Il y a plus important comme combat que les poils, non ? »

Répétez après moi : il n'y a pas de petit combat féministe. Qu'il s'agisse de l'épilation, des menstruations, de la féminisation de l'espace public ou encore du manspreading, tout mène à une seule et grande cause, la lutte contre le sexisme. Ces enjeux, jugés secondaires par certains, voire insultants envers les féministes d'antan par d'autres, sont pourtant indispensables pour déconstruire ce système de domination masculine qui se cache dans tous les recoins de notre société et de notre quotidien. Ce n'est pas en hiérarchisant les discriminations qu'elles disparaîtront.

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