Des soins maison pour la peau

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Synonymes de ‘zéro déchet’, respectueux de l’environnement, sains et souvent économiques, les cosmétiques naturels que l’on faits soi-même s’appréhendent en toute simplicité. Suivez le guide.
 

Geneviève Nyns est tombée dans la marmite quand elle était petite avec un papa botaniste, agronome, biotechnologiste et une famille où l’on cuisinait les légumes du potager. "Quand on fait les choses soi-même, on sait ce qu’il y a dedans et on peut facilement rester proche de la nature", dit cette animatrice d’ateliers de DIY de cosmétiques et produits ménagers, qu’elle réactivera dès que les mesures sanitaires le lui permettront. Après plusieurs formations sur les plantes médicinales et l’aromathérapie, en plus de l’étude en continu de livres sur le sujet, elle a ressenti le besoin de partager ce savoir et ce savoir-faire qu’elle a accumulés au fil des années. "En préambule de mes workshops, j’invite toujours chacun à faire le bilan de sa consommation de produits de beauté et, surtout, à lire les ingrédients sur les étiquettes." C’est ce qu’on appelle la liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients), donc la liste complète des ingrédients, par ordre décroissant. Les quatre premiers, les plus dosés, donnent déjà la tendance. Des applications gratuites comme Yuka (la plus complète) et Inci Beauty font le job à notre place, pour s’y retrouver dans les noms barbares et kilométriques qui s’affichent sur les pots de crème, identifier les composants qui sont des perturbateurs endocriniens avérés, ceux qui sont potentiellement cancérigènes, irritants, allergènes, puis délivrer une note globale d’appréciation en termes de santé et d’innocuité. De quoi trier radicalement et aisément les armoires de sa salle de bain.  "Chacun fait ce qu’il veut, mais au moins, que cela soit en connaissance de cause", plaide Geneviève Nyns.

Matériel et hygiène

La bonne nouvelle, c’est que de très bons cosmétiques peuvent s’élaborer très simplement. Avant de passer à l’action, on se procurera des flacons si possible en verre teinté (à l’abri de la lumière, le produit se conserve mieux), des étiquettes et un petit entonnoir. Et on aura régulièrement besoin d’un thermomètre et d’un fouet de cuisine comme d’une balance très précise. Les récipients et ustensiles utilisés doivent au préalable être désinfectés avec un alcool à 70° vendu en pharmacie (il s’évapore moins vite que l’alcool pur). On préférera toujours des contenants de petite taille et on achètera les huiles végétales nécessaires en petite quantité (100 ml), parce qu’elles ne se conservent pas très longtemps. On trouve la plupart des ingrédients dans les magasins naturels et bio, ainsi que sur le web (voir encadré Pour en savoir plus ci-dessous).

Des huiles et des eaux

Le nettoyage idéal de la peau se fait d’abord avec de l’huile pour débarrasser l’épiderme des impuretés liposolubles comme le maquillage, le sébum, la pollution, puis avec un produit aqueux pour éliminer toute trace d’impureté hydrosoluble comme la transpiration, la poussière. On peut aussi fabriquer facilement un nettoyant biphasé qui assure ce double nettoyage. La première étape consiste à choisir l’huile végétale vierge bio qu’on souhaite utiliser, en fonction de ses propriétés. "Ce serait contradictoire de passer à la cosmétique maison avec une agriculture conventionnelle", reprend Geneviève Nyns. "Non seulement pour sa santé mais aussi pour celle des agriculteurs et pour ce que cela implique comme rejets dans la nature... Pour se nettoyer le visage, j’aime beaucoup l’huile de jojoba bio, parce qu’elle est ‘sèche’. Il s’agit en fait d’une cire liquide beaucoup moins grasse qu’une huile. Et sa composition est très proche de celle du sébum de la peau. L’huile d’amande douce bio est plus nutritive et locale. Quant à l’huile de noisette bio, elle est également intéressante parce que non comédogène."  Autres composants d’un nettoyant biphasé maison? Les hydrolats bio. "Ce sont de très bons produits pas trop chers que l’on obtient lors du processus de fabrication d’une huile essentielle. Chargées des molécules aromatiques de la plante, ces eaux aromatisées sont actives tout en restant très légères. Quand ce sont des hydrolats de fleur, on les appelle aussi des eaux florales. Lors des soins de la peau, elles remplacent avantageusement l’eau du robinet chargée en calcaire et autres résidus." Pour se concocter un soin nourrissant et adapté aux besoins spécifiques de sa peau, il suffit d’associer deux huiles végétales bio sur mesure (2 x 25 ml) dans un flacon-pompe et l’on obtient un sérum pour le visage et le cou (ne pas appliquer sur le contour de l’oeil) qui se conserve 4 mois à l’abri de la lumière et de la chaleur. L’huile d’amande douce est conseillée aux peaux sèches, ainsi que l’huile de macadamia et d’argan, à l’action revitalisante antirides. Egalement indiquées aux peaux matures, les huiles de germe de blé ainsi que les huiles de figue de barbarie et de rose musquée, qui sont toutefois assez chères. Pour une peau normale ou mixte, on ira vers les plus légères huiles de noyaux d’abricots, de sésame crue et de jojoba, cette dernière étant aussi la plus adaptée pour les peaux grasses, avec l’huile de noisette. 

Du miel, du sucre et du sel

Ce qui est bon à manger est également bon pour nourrir sa peau, le plus grand de nos organes. Plébiscité autant en cuisine, pour les petits bobos que pour choyer son épiderme, le miel d’apiculteur (bio et non industriel) est à la fois cicatrisant donc régénérant, anti-inflammatoire, antiseptique donc soignant pour l’acné et les petits boutons, antioxydant et hydratant. L’utiliser dans un gommage pour le visage, comme ci-dessous, prend tout son sens. Le côté scrub, lui, est donné par un sucre complet qui agit en plus comme agent humectant en retenant l’eau dans la peau, en favorisant sa bonne hydratation. Destinée à nourrir et donner la bonne texture au mélange gommant, l’huile qu’on choisit peut même être l’huile d’olive de la cuisine, à condition qu’elle soit vierge et bio. L’intérêt d’un tel gommage hebdomadaire? Débarrasser l’épiderme des cellules mortes, avec un teint dégrisé et plus éclatant à la clé. Pour la peau du corps, plus épaisse que celle du visage, le scrub peut être réalisé avec du sel de Guérande en plus, qui aura un effet reminéralisant et adoucissant. Le sel permet également de calmer les démangeaisons sur les zones les plus sèches liées aux basses températures.

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La slow cosmétique

Expert en aromathérapie et en cosmétologie naturelle, Julien Kaibeck est aussi le fondateur de l’Association Slow Cosmétique, qui a lancé le label du même nom, aujourd’hui porté par 200 marques, dont 13 belges. "La Slow Cosmétique invite à consommer la beauté moins mais mieux", comme il nous l’explique. "Moins, en utilisant des produits naturels peu transformés (seuls ou en mélange) comme les huiles végétales, les argiles, les eaux florales. Mieux, en sélectionnant les produits les plus naturels possible ou bio, en lien avec un terroir, les plantes et l'artisanat."  En parallèle à ce retour à la nature et à la simplicité, l’association encourage à faire soi-même certains cosmétiques mais dans une certaine limite... "Fabriquer une crème solaire est plutôt déconseillé. Parce que certains produits nécessitent des dosages précis d'ingrédients ou une innocuité mesurée quant au potentiel irritant. C'est le cas aussi avec le maquillage et les savons, qu'il vaut mieux ne pas faire soi-même si on est débutant. Pour cela, on fera plutôt confiance à une marque qui porte le label Slow Cosmétique et/ou bio. Par contre, fabriquer un baume, une huile de beauté ou une crème est un vrai plaisir et permet de maîtriser de A à Z ce qu'on applique sur sa peau." Et, en l’occurrence, le dernier livre signé par Julien Kaibeck, La Bible de la Slow Cosmétique, regorge de recettes spécifiques, comme les deux qui suivent.


Pour en savoir plus 

Le site www.lesateliersdegen.be reprend les infos concernant les ateliers DIY de cosmétiques et produits ménagers organisés par Geneviève Nyns à Ittre (qui reprendront dès que possible). Dans la boutique en ligne, sont vendus les ingrédients naturels nécessaires. Voir aussi la page Facebook (Les Ateliers de Gen’) et le compte Instagram (@lesateliersdegen) qui regorgent de recettes et d’astuces.

La Bible de la Slow Cosmétique de Julien Kaibeck (éd. Leduc.s). L’auteur y partage ses conseils, recettes, décryptages et analyses pour une cosmétique plus écologique et sensée. Sur le site www.slow-cosmetique.org de l’association que Julien Kaibeck a fondée, on trouve une boutique riche d’ingrédients ‘slow’, une liste d’adresses physiques et des infos pour se former à la cosmétique maison naturelle.


Recettes de Geneviève Nyns

Gommage visage au miel (A préparer juste avant de les utiliser entièrement) 

Mélangez 1 c. à c. de miel bio, 1 c. à c. de sucre complet bio et 1 c. à c. d’huile d’amande douce bio ou toute autre huile végétale. Gommez le visage, rincez et hydratez la peau.

Gommage corps sucré-salé reminéralisant

Mélangez 4 c. à s. de sucre complet bio (50 g), 1 c. à s. de sel de Guérande (15 g), 2 c. à s. d’huile végétale bio (30 ml) au choix et, éventuellement, 3 gouttes d’huile essentielle bio de lavande ou de citron, d’orange douce ou de menthe pour une sensation de fraîcheur à l’application.

Lotion nettoyante/démaquillante visage 

Mettez dans un bol 50 ml d’hydrolat de lavande ou de bleuet ou de rose, 50 ml d’huile d’amande douce bio ou de jojoba bio, 30 ml de gel d'aloe vera bio, 5 gouttes de conservateur Cosgard (admis en bio). Fouettez puis transvasez dans le flacon, étiquetez et datez (se conserve 2 mois à l’abri de la lumière et de la chaleur). Comme c’est un produit biphasé, il faut le secouer avant l’utilisation. On verse un peu de lotion sur un coton (si possible lavable ou un gant de toilette) et on nettoie le visage. Dans la foulée, on peut passer de l’eau de rose pure ou un autre hydrolat pour enlever l’excédent de gras.
 

Recettes SOS grands froids de Julien Kaibeck

Baume protecteur au karité (Peaux normales ou sèches – visage et corps)
Pour un pot de 50 g environ

Dans un bain-marie ou une casserole, faites fondre à feu très doux 1 c. à s. rase de beurre de karité, 2 c. à s. d’huile végétale de jojoba, ½ c. à c. de cire d’abeille en paillettes et 1 grosse goutte de miel. Dans un autre récipient, au bain-marie, faites chauffer doucement 1 c. à s. de gel d’aloe vera et 1 c. à s. d’eau minérale, ou d’eau de rose ou de fleur d’oranger. Avec un thermomètre de cuisine, mesurez la température des deux mélanges. Une fois les deux phases à 65 °C, retirez du feu. Ajoutez progressivement la phase aqueuse aux corps gras fondus tout en touillant le mélange avec un petit fouet pour faire une émulsion. Incorporez en cours d’émulsion une très petite pointe de couteau d’amidon de riz ou de maïs (Maïzena®, liant pour sauces au supermarché). Mélangez au fouet jusqu’à l’obtention d’une crème épaisse. Versez alors dans un pot en verre ambré. Laissez reposer 24 h au frigo.

Utilisez ce baume en chauffant une petite quantité dans vos mains avant de l’appliquer. Il se conserve 3 semaines. Ou 6 semaines si vous ajoutez 10 gouttes d’huile essentielle de lavande vraie, de lavandin, de tea-tree ou de niaouli.

Baume de soin onctueux pour les lèvres
Pour un pot de 10 g environ

Dans un bain-marie ou une petite casserole, faites fondre à feu très doux : 1 c. à c. de beurre de karité, 1 c. à c. d’huile de coco solide, 1 c. à c. rase d’huile végétale de jojoba. Retirez du feu une fois le mélange fondu homogène. Mélangez avec une spatule au besoin.   Pendant que le mélange refroidit, ajoutez 1 goutte d’huile essentielle de ciste et 1 goutte d’huile essentielle de géranium rosat. Si vous n’aimez pas la fragrance du géranium, optez pour 1 goutte de menthe poivrée. Versez ensuite dans un petit pot en verre et laissez reposer 24 h au frigo. Ce baume se conserve 2 mois à l’abri de la chaleur.


 

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