Faire du tourisme un smartphone à la main

@Emilien Hofman
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Teaser

Profitons de ce week-end aux airs printaniers pour continuer à découvrir nos régions grâce à ces nouveaux jeux de piste. Nous avons testé cinq applications bien utiles lors de sorties en famille ou entre amis - et même à distance.

Né au début des années 2000 aux États-Unis, le géocaching est un jeu qui consiste à utiliser le géopositionnement pour partir à la conquête de boîtes appelées “caches” placées par d’autres amateurs dans des lieux autorisés, en ville ou dans la nature. Une fois arrivé au bon endroit, le géocacheur peut soit signer un registre de visite, soit remplacer l’éventuel objet symbolisant la cache par un autre de valeur égale ou supérieure. Longtemps, la page Facebook du géocaching belge a vu passer des publications d’aventuriers posant fièrement aux quatre coins du monde. L’actualité a changé la donne. Aujourd’hui, les photos du lac de la gravière d’Amay, des environs de l’offensive Von Rundstedt à Celles ou du site du Marnau à Neufchâteau ont définitivement conféré le statut d’archives aux clichés de la Côte d’Opale, de Pise ou de Dubai. Depuis le printemps, les limitations de mouvements ont permis la redécouverte de cette activité extérieure typiquement “coronafriendly”.

Armé d’une tablette

“L’intérêt du public a augmenté”, affirme Jean-Claude Onderbeke, secrétaire de l’ASBL Geowallons. Inévitablement, cet engouement a entraîné une multiplication des caches. “On ne sait plus quoi en faire, il y a des séries partout et ça continue de s’étendre: en ville, ça se renouvelle et dans les campagnes, ça se remplit”, poursuit Onderbeke qui géocache depuis neuf ans. Le géocaching convient aux marcheurs, aux amateurs d’énigmes, aux amoureux de la nature, et peut prendre d’autres formes que celles du jeu. Les CITO (Cache In Trash Out), par exemple, sont des parcours durant lesquels les participants ramassent tous les déchets qu’ils trouvent en chemin. Cette période de Covid a stimulé la créativité et il existe désormais des caches virtuelles, obtenues sur téléphone, et des Lab adventures qui favorisent les expériences avec défis, pour ne pas toucher les boîtes. À l’heure actuelle, il existe un peu moins de 42.000 caches réparties dans toute la Belgique et convoitées par les 66.000 géocacheurs actifs dans le pays. Nichée aux confins des provinces de Luxembourg et de Namur, la ville de Marche-en-Famenne se distingue par la présence de nombreuses œuvres d’art. Pour les découvrir, la ville propose une balade touristique baptisée City Glow. Armé d’une tablette louée à la Maison du tourisme, le visiteur déambule dans les rues à la recherche de bornes répertoriées sur le plan du centre-ville. Une fois arrivé à proximité d’un poteau ou d’une applique murale, des petites lampes s’éclairent et la tablette s’allume pour dévoiler les informations relatives à la sculpture ou la statue la plus proche. Cette technologie s’appelle le Li-Fi et permet la transmission de données sans fil grâce à la lumière. Sur la place du Roi Albert, à hauteur de l’oeuvre Alliance éternelle (une femme qui tient un bambin dans les bras), l’appareil indique qu’une caresse à l’intérieur de sa tête confère la sagesse infinie. La tablette dresse également une liste de ces oeuvres du monde entier “que l’on tripote parce que ça porte bonheur”. La visite est très culturelle et permet la découverte de nombreux artistes tout en se plongeant dans le folklore marchois. Au Rempart des Jésuites, le bronze de Gugusse nous apprend que ce personnage gaffeur, grossier, moqueur et moqué, frondeur et blagueur est l’incarnation du Marchois. La bouteille de péket qu’il cache dans son dos laisse imaginer une ville festive, notamment lors de son traditionnel carnaval. Tout au long de la promenade de 2,5 kilomètres, le visiteur est géolocalisé par un curseur qui le guide dans le vieux Marche en grande partie piétonnier. L’occasion de découvrir quelques lieux charmants - l’Îlot Christian Dourt, qui semble tout droit sorti d’un décor de film, jardin à la française du Famenne & Art Museum. On se prend au jeu: les photos des lieux qui n’ont pas encore été visités sont inaccessibles, ce qui suscite une réelle envie de compléter sa collection. Le parcours n’est pas spécialement adapté aux enfants dont la passion pour le patrimoine et le folklore n’est pas très développée… La Maison du tourisme a donc développé Tête en l’air, jeu de piste plus ludique et complémentaire.

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Forêts légendaires

Pour ceux qui veulent s’assurer une implication totale des enfants, mieux vaut faire confiance à la Maison du tourisme du Pays de Bouillon en Ardenne. Elle a créé tout un univers autour de Luna, jeune fée qui fait découvrir le territoire du Massif forestier de la Semois et de la Houille à travers une série d’aventures aux allures légendaires. Chacune des huit communes du Massif (Vresse-sur-Semois, Bièvre, Gedinne, Bouillon, Paliseul, Herbeumont, Bertrix et Florenville) dispose de sa propre promenade et d’un personnage secondaire directement lié au patrimoine, à l’histoire et au folklore du coin. Chaque jeu démarre à un endroit précis d’où Luna annonce l’intrigue et indique la voie à suivre. À Herbeumont, un mystérieux sortilège s’est abattu sur la forêt et les arbres sont en train de dépérir. En compagnie de Luna et de Jules le Saglé, sanglier astucieux, la quête est claire: il faut sauver les bois. “L’idée était d’être innovant par rapport à ce qui se fait ailleurs, explique Catherine Clément, en charge du projet. Comme les enfants passent de plus en plus de temps sur les tablettes, ces missions sont de bonnes carottes pour les emmener à l’extérieur, et les parents ne doivent pas trop insister.” Il suffit d’installer l’application sur un appareil et de télécharger l’aventure désirée - histoire de se débarrasser du réseau 4G - pour entamer ce périple en réalité augmentée. À Herbeumont, la première épreuve consiste à distinguer les sept différences entre une photo affichée sur l’écran du téléphone et la vraie chapelle Sainte-Barbe. Plus loin, Luna demande de prendre une photo du village et son château fort avant d’empêcher - de nouveau sur l’appareil – des parasites d’envahir les lieux. De là-haut, le panorama est impressionnant. Tous les points d’arrêt ont été sélectionnés par les Syndicats d’initiative et Maisons du tourisme qui ont confectionné des promenades de 2 à 2,5 kilomètres. “Il existe peu d’activités de ce genre dans la nature pour cette tranche d’âge, souligne Catherine Clément. L’application dispose de pas mal d’aspects pédagogiques via des explications supplémentaires que les parents peuvent partager avec les enfants.

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Quête de totems

Nouveauté, l’application Totemus a pour ambition de créer des chasses au totem dans toute la Wallonie. De Modave à Hélécine en passant par Liège et Mons, il en existe 24 à réaliser à pied, à vélo ou en voiture. Le jeu se rapproche du géocaching lorsqu’il faut retrouver un QR code caché derrière un banc, mais aussi du jeu de piste. À partir de la gare de Namur, par exemple, l’aventurier est plongé dans le bain et doit trouver l’année de création de l’ancien relais de poste. S’il indique la date exacte, il saura dans quelle direction se rendre pour avoir accès à la deuxième énigme. “On tient à cet aspect “chasse aux trésors” avec ses possibilités d’égarement en cas d’erreurs: si on encode une mauvaise date, par exemple, ça peut faire prendre un autre chemin”, sourit Pirson, un des créateurs de l’application. À quatre reprises durant la chasse, les joueurs vont récolter des symboles permettant d’obtenir une coordonnée géographique qui indique le lieu où se trouve un totem virtuel, symbolisé par un bâtiment, un détail sur une façade, un pont… “Chaque province possède un totem qui rapporte un certain nombre de toteez, note Benjamin Pirson. Ils peuvent être échangés contre des bons ou des tickets d’entrée d’attractions touristiques pour continuer à découvrir la Wallonie.” D’une moyenne de trois kilomètres, les balades Totemus sont principalement urbaines et disposent de points d’intérêt tous les 400-500 mètres pour maintenir l’attention intacte. Les -  plus rares - chasses au totem rurales (de 17 à 60 km) s’effectuent à vélo et en voiture. Le Succès est jusqu’ici au rendez-vous et il n’est pas rare que les créateurs reçoivent des messages du type “On pensait connaître notre ville, ce n’était pas le cas” ou “Merci: sans l’appli, on ne serait jamais allés à Tournai de notre vie”. Pour les aficionados de l’action, Das Box (firme gantoise) propose depuis une quinzaine d’années d’authentiques “chasses à l’homme.” À peine entamé, le jeu Super Cops confirme son statut de best-seller. Un dangereux gangster s’est évadé de prison et vient de braquer un diamantaire en ville. La partie oppose deux équipes: le gangster et la police. Armé d’une tablette ou d’un portable, la team “gangster” parcourt les rues à l’aide d’une carte indiquant où se situent les objets virtuels dont elle a besoin pour sauver sa peau. De son côté, la team “police” patrouille et ne reçoit qu’épisodiquement la position du gangster sur sa carte. Partant de là, elle doit user de stratégie pour tenter de coincer le brigand… Payant, Super Cops (must de brûlage de culotte) présente l’avantage de se jouer partout, son software fixant un terrain de jeu de 800 m2 en fonction de la géolocalisation de l’utilisateur. “Je voulais une application qui offre le sentiment d’être un héros de série télé, explique le créateur Kristof Van den Branden en replongeant dans la genèse du projet Super Cops. C’est l’application qui a le plus d’éléments liés aux jeux vidéo. Et puis c’est étrange d’avoir comme mission aussi spéciale de poser une bombe virtuelle près d’un supermarché alors que tout le monde y fait tranquillement ses courses. On se sent différent des autres, à ce moment-là.” Das Box commerciale également Super Secret, un jeu d’enquête, et Super Snap, un jeu de piste disponible dans 11 villes du pays. 
geocaching.com et geowallons.be - marche.be/tourisme - lunaetlesgardiens.be - totemus.be -  dasbox.be

Courir en ville

Attention: application réservée aux sportifs. Runnin’City guide le coureur à travers une ville pour lui en dévoiler tous les points d’intérêt. “Notre objectif est de surprendre nos utilisateurs”, expliquent les développeurs sur leur site Internet. Les boucles font 5, 10 ou 15 kilomètres sans idéaliser la performance. Ce qui compte ici, c’est le plaisir de courir en découvrant de nouveaux coins. Pour le moment, 27 villes belges possèdent des parcours, parmi lesquelles Anvers, Bruxelles, Charleroi, Eupen ou Waterloo.


 

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