Covid-19 : on ne sait toujours pas exactement comment la pandémie a démarré

Pour le docteur Peter Ben Embarek, de l'OMS, cette étude est une belle victoire pour la communauté scientifique internationale. (Crédit: Reuters)
Pour le docteur Peter Ben Embarek, de l'OMS, cette étude est une belle victoire pour la communauté scientifique internationale. (Crédit: Reuters)
Teaser

D’après une enquête de l’OMS à Wuhan, la théorie de la transmission d’un animal à l’homme prime toujours, tandis que celle de l’accident de laboratoire est jugée très peu probable. Beaucoup de scientifiques demandent des recherches plus approfondies, tandis que d’autres mettent en cause la fiabilité de la Chine, qui a pris part à cette étude.

Un an après le début de cette pandémie mondiale inédite, nous en connaissons plus sur le coronavirus et la maladie qu’il transmet, la Covid-19. Nous savons comment s’en protéger et éviter sa propagation, des traitements sont développés et évoluent sans cesse tandis qu’une poignée de vaccins différents sont disponibles et devraient nous rendre une vie plus sereine dans un futur proche.

Quant aux origines de la maladie, elles sont encore floues. Le virus provient probablement d’une espèce de chauve-souris, mais on ne sait pas comment il a été transmis aux êtres humains. 

C’est avec l’objectif d’en découvrir plus que l’Organisation Mondiale de la Santé a envoyé, en ce début de 2021, une équipe de scientifiques à Wuhan, et notamment sur la marché de Huanan, sur les traces de la première apparition du virus. Elle était composée de 17 spécialistes des quatre coins du monde, auxquels se sont joints 17 experts chinois, tous ayant pour domaines de prédilection l’épidémiologie, la recherche moléculaire et les liens entre faune et environnement. 

Le groupe a récemment communiqué les résultats de leur enquête. Principale conclusion : les chances que le virus se soit échappé d’un laboratoire sont minces. Une théorie qui circulait beaucoup, propagée notamment par l’ancien président des Etats-Unis, Donald Trump. Après visites, enquêtes et interrogations, pour les chercheurs, la probabilité d’un accident est bien trop faible. « Ce n'est donc pas une hypothèse qui provoquera de futures études dans notre travail, ou qui soutiendra notre travail futur, dans la compréhension de l'origine du virus », a déclaré le docteur Peter Ben Embarek de l’OMS, qui a dirigé cette recherche.

D’après leur rapport sur place, c’est la théorie de la transmission de l’animal à l’homme qui est la plus plausible, une piste qu’il faudra continuer d’investiguer. Alors que des travaux de recherche scientifique du monde entier continuent d’indiquer qu’une espèce de chauve-souris, « réservoir naturel » de ce virus et de bien d’autres, est certainement le suspect numéro 1, pour l’équipe internationale de l’OMS, un autre animal a du jouer un rôle important. « Comme Wuhan n’est pas une ville proche de milieux de vie de chauve-souris, un saut direct de l’animal à la population est très peu probable. Dès lors, nous avons essayé de trouver quel autre espèce animale entrée et sortie de la ville aurait pu contribuer à amener le virus dans le marché de Huanan. »

Une des hypothèse avancée : la chaine alimentaire. Sur les étals de Huanan, on retrouve pas mal d’aliments surgelés, notamment des fruits de mer, ainsi que des produits issus d’animaux d’élevage ou sauvage, dont certains importés d’autres régions chinoises. Le virus pouvant subsister grâce à la chaine du froid, la piste va continuer d’être investiguée.
Ce rapport indiquerait aussi donc que le virus aurait probablement circulé en dehors de la région de Wuhan dans les jours ou semaines précédant sa première détection.

Pas assez loin

Ces résultats ont été scrutés par la scène scientifique internationale et posent question à de nombreux chercheurs. En effet, ils correspondent aux hypothèses mises en avant par le Gouvernement chinois. Gouvernement qui a d’ailleurs collaboré avec l’OMS et fortement encadré ces semaines d’étude. Certains y voient donc un joli coup de com’ pour la Chine.

Le docteur Embarek s’en est défendu auprès de Science. Pour lui, ce mois de travail en Chine a permis de faire évoluer notre connaissance de l’origine de la Covid-19. Il reste néanmoins déçu du peu de données mises à la disposition de l’équipe de recherche, qui en espère plus prochainement afin d’approfondir son travail.

Beaucoup de chercheurs ont d’ailleurs manifesté un souhait similaire : il faut pousser cette étude plus loin. « Toute enquête sur les origines du virus ne sera pas accomplie en deux semaines », a, par exemple, déclaré Angela Rasmussen, virologue à l'université de Georgetown à Nature. « Mais ce qui est important, c'est que cela jette les bases d'une enquête plus longue en collaboration avec le gouvernement chinois. »

En Belgique aussi, certains scientifiques mettent en doute l’Etat chinois et sa collaboration avec l’OMS sur ces travaux. André Goffinet, professeur émérite à l’Institut de neurosciences de l’UCLouvain, émet notamment des réserves. 

« Le fait que l’ordre de mission de l’OMS dise que tous les éléments ressortant de cette visite devraient être approuvés par les autorités chinoises me pose un premier problème », a-t-il commenté à La Libre. « Ensuite, le fait que chaque membre de cette équipe d’enquêteurs a dû être approuvé par ces mêmes autorités me pose un autre problème. Plusieurs personnes qui me semblent compétentes ont fini par ne pas y prendre part. À l’inverse, l’Anglo-Américain Peter Daszak, qui a financé des travaux menés au sein de l’Institut de virologie de Wuhan [...] et qui a cosigné plusieurs articles scientifiques avec la virologue du WIV Shi Zhengli, fait partie de cette équipe d’enquête. Si ce n’est pas un conflit d’intérêts majeur, je ne sais pas comment on le définit. [...] Il y a eu tellement de contre-vérités avérées de la part des autorités chinoises que cela jette un doute. »
 

Sur le même sujet

Plus de Aucun nom

Notre Selection