Vaccins: ces métiers passés à deux doigts d'être prioritaires

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La conférence interministérielle a fait polémique en n’intégrant pas les enseignants parmi les «fonctions critiques» prioritaires pour être protégées du Covid-19. Mais ils sont loin d’être les seuls à être restés sur le carreau.

D’ici mars, ce sera le début de la deuxième phase de la stratégie vaccinale, celle dénommée 1B. Fini alors la limitation des doses aux seuls personnels soignants et résidents de maisons de repos! Les vaccins deviendront accessibles aux personnes de 65 ans et plus, aux patients avec comorbidités (avec une gradation selon l’âge) et, pour couronner le tout, aux fonctions dites «essentielles» ou «critiques».

Mais en déterminant ces dernières, le fédéral a jeté un pavé dans la mare. Il y a quelques jours, la Conférence interministérielle (CIM) Santé publique a tranché sur les métiers priorisés et, surprise, la liste est minime. Ne seront donc inclus en phase 1B que les 18-55 ans des unités d’intervention sur le terrain de la police, des ambulanciers chez les pompiers, ainsi qu’un groupe très restreint de militaires réalisant des missions internationales dans des zones à risque. Un fait qui exaspère des syndicats d’enseignants qui menacent de faire grève après carnaval, à moins d’être inclus dans ce groupe de privilégiés. Mais quand on regarde le détail des documents officiels, rares sont les professions qui ont réussi le casting du CIM, pour des raisons pas toujours claires.

Une première liste de professions bien plus large

Au départ, c’est le Conseil supérieur de la santé (CSS) qui s’est chargé de déterminer, à titre indicatif, quel devrait être le détail de la phase 1B, y compris pour ces métiers. Pour les sélectionner, plusieurs critères ont été retenus: le fait que l’activité professionnelle se déroule en intérieur ou pas, qu’elle puisse se faire avec ou sans respect des mesures de sécurité sanitaire, la fréquence de personnes côtoyées sans masque, et le risque individuel de transmission du virus.

À partir de cette base, la CSS a fait une longue liste avec au moins une bonne dizaine de secteurs professionnels sélectionnés. Parmi ceux-ci, on trouve les circuits d’approvisionnement de l’alimentation et des produits indispensables, les services d’hygiène et des ordures, d’aide sociale, de prise en charge de personnes handicapées ou à besoin spécifiques, les services funéraires, les transports en commun… Et, au milieu de ce beau monde, il y a les «services d’accueil, d’encadrement et d’éducation des enfants et adolescents», autrement dit… les enseignants.

Un régime d’enfer à cause des stocks de vaccins

La position du CSS n’est toutefois qu’un avis. Ce document est ensuite passé entre les mains de la task force vaccination qui a enfin conseillé la CIM Santé publique, seule habilitée à prendre la décision finale. Chez ces deux intervenants, une seule ligne de la liste du CSS a été gardée: les «services de secours et de sécurité», et encore de façon allégée. Une diète extrême dont ne se cache pas la CIM qui précise qu’il «a été explicitement décidé de se limiter à ces fonctions critiques».

Du côté du ministère de la Santé, on explique que ce choix est dû aux stocks limités de vaccins, ce qui empêche d’avoir plus de métiers inclus en phase 1B. «Cela n’exclut pas que des gouvernements qui le souhaiteraient pourraient encore revenir à un stade ultérieur sur la demande de vacciner également d’autres groupes de façon prioritaire, mais il faut tenir compte du fait que le calendrier de vaccination est déjà plein pour les prochains mois, par la vaccination du personnel soignant, des plus de 65 ans et des personnes qui présentent un risque particulier en raison de leurs comorbidités. La vaccination de ces groupes prendra plusieurs mois», précise le cabinet ministériel.

Un choix politique pas vraiment transparent

Qu’il n’y ait pas assez de vaccins pour tout le monde, c’est compréhensible. Il faut dire que la phase 1B devrait déjà concerner plus d’un million de personnes. En l’état actuel, il est donc impossible d’accepter de vacciner 100.000 professeurs en plus, et ce rien qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les comptes n’y sont pas.

Mais on peut quand même s’interroger sur le choix de favoriser les services de secours et de sécurité, pourtant placés par le CSS sur un même pied d’égalité avec beaucoup d’autres métiers. Le cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke nous explique juste que «la CIM n’a pas communiqué sur ce point et elle n’a pas à expliquer les raisons de ce choix». «C’est un choix du politique», confirme Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid, «les scientifiques n’ont rien décidé par rapport à cela». Il précise toutefois qu’un élément qui a pu défavoriser les enseignants par exemple, c’est le doute persistant que les vaccins empêchent la transmission du coronavirus. AstraZeneca affirme que son produit réduit de 67% cette contagion, mais les données doivent encore être consolidées. De ce fait, il aurait été jugé qu’il était plus sage de réorienter les doses vers d’autres professions et au final, parmi toutes les demandes de priorisation, il a fallu se limiter à quelques rares métiers.

Est-ce pour autant la fin de l’histoire? Au cabinet du ministre, on confirme que la stratégie pour la phase 1B est établie et ne devrait pas changer. Mais on peut évidemment espérer que les lignes bougent en cas d’afflux de vaccins. Il faut aussi voir dans le cas des enseignants si la pression phénoménale des syndicats et de politiques portera ses fruits pour qu’ils deviennent prioritaires. Sinon, il faudra attendre la phase 2 pour accéder au précieux Graal, c’est-à-dire cet été.

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