Un nouveau calendrier scolaire pour 2022: la réforme qui va changer toute la société

@BelgaImage
@BelgaImage
Teaser

Répartir différemment les périodes de vacances sur l’année aurait un impact considérable, de l’enseignement au tourisme en passant par la vie familiale. C’est une petite révolution sociale qui se prépare. Explications.

La bombe a été lâchée cette semaine en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). La ministre de l’Éducation Caroline Désir a confirmé vouloir réformer les rythmes scolaires en profondeur, avec une grande mesure: allonger les vacances de Toussaint et de Carnaval d’une semaine tout en amputant les vacances d’été d’une ou deux semaines. Un projet qui devrait voir le jour dès la rentrée 2022. Pour en savoir plus, il faudra attendre le printemps prochain, mais les premiers éléments sont déjà connus grâce à une étude commandée par la FWB. Rédigée par la Fondation Roi Baudouin, elle permet de savoir quels seraient les conséquences d’une telle réforme, avec un constat: les retombées de cette mesure dépasseraient de loin le seul domaine de l’enseignement.

Les élèves et les professeurs en première ligne

Les premiers concernés par ce changement, ce seraient bien évidemment les enfants. En répartissant mieux les vacances, la FWB veut découper l’année scolaire en périodes de sept semaines d’école suivies à chaque fois de deux semaines de congé (une formule surnommée «7/2»). Plusieurs études ont noté que cette organisation serait mieux adaptée à l’horloge biologique, à la physiologie et au bien-être de l’enfant, et ce à deux points de vue. Avec deux semaines à Toussaint et Carnaval, les jeunes pourraient véritablement se reposer et mieux s’adapter à un rythme devenu plus régulier. Quant aux vacances d’été, les raccourcir permettrait de lutter contre le décrochage scolaire, surtout dans les milieux défavorisés qui sont plus affectés par les deux mois sans apprentissage.

Pour mener à bien ce projet, plusieurs conditions doivent être remplies. Il faudrait surtout revoir les rythmes scolaires journalier et hebdomadaire, avec une répartition différente des périodes d’enseignement et d’évaluation sur l’année, sans oublier les voyages scolaires. Du côté des enseignants, on craint aussi que sept semaines de travail d’affilée, ce soit trop long pour suivre efficacement les élèves en difficulté. Certains plaident donc non pas pour une formule 7/2 mais 5/1. Dans tous les cas, il faudrait repenser l’accompagnement de ces jeunes. Si ces questions sont réglées, les syndicats se réjouissent de cette réforme qui permettrait aux professeurs d’avoir une planification scolaire plus stable et des activités de rattrapage plus faciles à établir, sans compter le fait qu’ils pourraient eux aussi mieux se reposer à Toussaint et Carnaval.

Le gros souci: revoir la prise en charge extra-scolaire des enfants

Là où ça se corse, c’est en-dehors de l’école. Une telle mesure affecterait tout ce qu’il y a autour, avec en premier lieu l’accueil extra-scolaire. Certes, quand il n’y a qu’une semaine de vacances, organiser des stages d’une aussi courte durée n’est pas forcément rentable à cause des coûts logistiques (en matériel, locaux, etc.). Mais là où ça pose un problème, c’est en été. Des familles ont déjà du mal à trouver pour leurs enfants un stage pendant les grandes vacances, alors qu’en serait-il si ces dernières étaient réduites? Et si les congés scolaires ne s’alignent plus sur ceux du supérieur, faudrait-il renoncer aux nombreux étudiants-bénévoles engagés dans les mouvements de jeunesse? Bref, les camps d’été risqueraient de devoir accueillir plus de monde avec moins de personnel. Pour tenir le coup, il faudrait donc que la FWB donne plus de moyens au secteur et repense la continuité entre scolaire et extra-scolaire.

Autres personnes directement concernées: les parents. Côté positif, la réforme améliorerait le temps passé en famille à Toussaint et Carnaval, surtout chez les couples divorcés qui pourraient mieux se répartir la charge des enfants. Cependant, les sujets d’inquiétude sont encore nombreux. Comment occuper les jeunes lors de ces périodes allongées qui tomberaient pendant les mois froids, d’autant plus si les parents travaillent? Le risque, c’est de voir les mères s’en charger et les inégalités de sexe se creuser. L’alternative serait de se reporter sur les crèches et les activités extra-scolaires (y compris celles organisées dans les écoles), à condition qu’elles soient adaptées et bien financées. Mais encore faut-il veiller à ce qu’elles restent abordables et accessibles, même pour les plus pauvres. On le voit les ajustements sont nombreux et délicats.

Les opérateurs touristiques aux anges (mais pas touche à juillet!)

Le dernier impact de la réforme est plus subliminal mais pas moins important. Un secteur se verrait en effet sortir grand gagnant de ce changement de calendrier scolaire : le tourisme. Mieux répartir les vacances permettrait d’étaler la fréquentation de l’Horeca et donc les rentrées d’argent, aujourd’hui polarisées sur l’été. Cela pourrait même faire baisser les prix pour le consommateur en évitant la surcapacité des infrastructures touristiques. La culture bénéficierait aussi de cet effet, à condition de revoir le calendrier festivalier et sportif. Et si les grands projets estivaux en seraient limités (type échanges interculturels), les «projets citoyens» seraient eux facilités.

L’Horeca voit même avec cette réforme une opportunité supplémentaire: compenser la perte en été en se focalisant à ce moment-là sur les clientèles flamande et germanophone, qui resteraient avec le régime de vacances actuel. Une proposition qui ne réjouit évidemment pas les parents ayant leurs enfants dans des écoles de deux communautés différentes. Eux voudraient justement une harmonisation des congés au niveau fédéral. En revanche, tout le monde est d’accord sur un point: s’il faut raccourir les vacances d’été, autant le faire en août. Puisque la majorité des Belges est juilletiste, la tentation de rater l’école début juillet serait évitée, que ce soit pour les parents qui ont alors leurs congés ou pour les enfants qui ont envie de profiter des beaux jours. De plus, le besoin en étudiants bénévoles ou jobistes est plus fort au début de l’été.

Tous ces bouleversements et interrogations ne peuvent pas être oubliés. Mais tout cela est possible. La preuve: ce modèle est plus ou moins celui déjà adopté en France. Même un calendrier scolaire différent entre FWB et Flandre se rapprocherait du décalage des congés entre les zones françaises. La seule différence, c’est qu’outre-Quiévrain, la semaine amputée en été est en juillet, pas en août. Quoi qu’il en soit, la ministre Caroline Désir dit vouloir prendre le temps de préparer cette réforme. Elle a ainsi indiqué «travailler activement à préparer ces changements en amont, pour permettre l’application la plus sereine possible de cette réforme, dans tous les domaines de la société». Un processus qui s'annonce compliqué quand on sait que le projet traîne depuis plusieurs années dans les tiroirs de son ministère.

Plus de Actu

Les plus lus

Notre Selection