Surprise: Francken battu, la N-VA adopte un visage plus modéré

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Avec ses deux nouveaux vice-présidents, le parti nationaliste se repositionne au sein du paysage politique flamand. La droite musclée de Theo Francken, victime indirecte d’une affaire pénale, est battue. Mais peut-être pas définitivement.

Il était le grand favori et les commentateurs politiques n’avaient d’yeux que pour lui. Mais hier coup de théâtre: le conseil de la N-VA a refusé à Theo Francken l’obtention d’une des deux places à pourvoir de vice-présidents du parti. Dès le premier tour des votes, les jeux étaient faits et il n’est arrivé qu’en troisième position. À la place, c’est l’autre grande favorite, Valerie Van Peel, qui a été élue. Elle formera un nouveau binôme avec Lorin Parys, qui a été reconduit au poste qu’il occupe depuis 2018. Pour la presse flamande, la mise à l’écart de l’ancien secrétaire d’État à la Migration sonne comme un coup de tonnerre. Un choc d’autant plus frappant que les deux heureux élus ont un style radicalement différent. Cela donne une bonne idée des rapports de force au sein de la N-VA, mais les courants perdants de cette élection n’ont pas dit leur dernier mot.

La victoire de la gauche de la N-VA

Premier constat: les deux vice-présidents élus ce samedi incarnent une ligne plus modérée du parti, surtout Valerie Van Peel. Attachée aux débats liés à l’éthique et au social, cette députée à la Chambre est beaucoup moins attirée par les revendications sécuritaires, communautaires et migratoires de la N-VA. Il ne lui manquait que quelques voix en 2018 pour être vice-présidente et imposer sa ligne douce. Sa revanche était attendue pour 2021 et cela n’a pas manqué.

Ce qui était beaucoup moins prévu, c’est la persistance du mandat de Lorin Parys. Ces derniers jours, une bonne partie de la presse flamande le voyait bien laisser sa place au très radical Theo Francken. Finalement, cela ne s’est pas produit. Un choix qui n’est pas anodin puisque Lorin Parys est, tout comme sa nouvelle collègue, très porté sur les thématiques sociales. Sensibilisé par son rôle de père homosexuel de deux enfants, cet ancien avocat défend régulièrement les droits des jeunes et des LGTB+.

Ancrage local contre affaires judiciaires

Valerie Van Peel et Lorin Parys ont aussi manifestement bénéficié d’un soutien local fort. Originaires respectivement d’Anvers et de Louvain, ils sont implantés dans les deux provinces les plus acquises à la N-VA. Un élément d’autant plus important que les votes au sein de la N-VA sont aujourd’hui très influencés par les liens politiques tissés au niveau municipal et provincial. Cela a clairement défavorisé les candidatures de la députée Anneleen Van Bossuyt et de la grande spécialiste Covid de la N-VA, Kathleen Depoorter, toutes deux originaires de Flandre orientale, là où le parti a eu les plus faibles résultats aux élections fédérales de 2019. Quant aux deux derniers candidats à la vice-présidence hier, Theo Francken et Assita Kanko, ils étaient en concurrence directe avec Lorin Parys puisque venant tous du Brabant flamand. C’est finalement ce dernier qui a remporté la mise.

Mais si le conseil de la N-VA a opté hier pour son courant plus modéré, ce n’est pas seulement pour des questions de style ou d’affinités locales. Theo Francken avait ses chances, mais un autre obstacle s’est mis sur son chemin: l’affaire Melikan Kucam. Mi-janvier, le tribunal correctionnel d’Anvers a condamné cet ancien intermédiaire du secrétaire d’État à huit ans de prison et 696.000€ d’amende à cause d’une fraude de visas humanitaires au profit de chrétiens assyriens. Une condamnation qui fragilise grandement Theo Francken, accusé d’avoir sa part de responsabilité dans ce cas de trafic d’êtres humains, corruption passive et association de malfaiteurs. Pour la presse flamande, il est en tout cas clair que son échec au poste de vice-président est directement lié à cet événement.

Un «tremplin» vers la présidence de la N-VA?

La grande question maintenant, c’est de savoir ce que cet épisode augure pour la suite de la carrière de Theo Francken, et par ricochet pour la droite du parti. La rumeur veut que la vice-présidence de la N-VA soit un tremplin vers la présidence au cas où Bart De Wever se retirerait. Si cela se confirme, la nouvelle ligne modérée du parti devrait en être confortée. Mais pour ça, il faudrait que lors de la prochaine élection à la présidence en 2023, De Wever quitte son poste fermement tenu depuis 2004.

Pour l’instant, tout cela n’est que pure spéculation. Lorin Parys a d’ailleurs nié ce samedi que la place de vice-président présage une future accession à la présidence du parti. «Ce n'est pas ainsi que cela fonctionne pour nous», a-t-il déclaré. En théorie donc, Theo Francken pourrait tout à fait revendiquer la place de Bart De Wever en 2023, ce qui marquerait un revirement de la N-VA vers l’extrême-droite. Mais ces derniers mois, le parti a multiplié les signes de défiance envers le Vlaams Belang. Il faudrait par conséquent opérer en deux ans un virage politique à 180° pour que l’ancien secrétaire d’État devienne le chef des nationalistes flamands. Les prochains jours et mois seront capitaux de ce point de vue-là. Le 13 mars, le conseil du parti doit être renouvelé et le 24 avril, toute une série de postes seront attribués (trésorier général, président du conseil de parti) et seront relancés la constitution du comité des statuts, du comité de surveillance financière et du comité de conciliation et de discipline. De quoi renverser totalement le profil de la N-VA.

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