Est-ce que la manifestation de l’Horeca va porter ses fruits?

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Les restaurants et cafés comptent cette semaine faire entendre leurs revendications pour sauver leur secteur. Mais les exemples à l’étranger montrent que l’issue de leur tentative est incertaine.

Ce vendredi 5 février, les restaurateurs et cafetiers seront sur le pied de guerre ! Dans près de 35 communes à travers le pays, ils se mobiliseront pour rappeler le dépérissement de leurs commerces. Objectif: faire accepter aux autorités toute une série de demandes pour sauver le secteur, parmi lesquelles la réouverture rapide des établissements. La grande question sera de savoir si cette initiative portera ses fruits. Des mouvements similaires à l’étranger ont eu des succès très variables. Un constat qui tempère les espoirs de réussite et qui invite, dans le doute, à se tourner vers des alternatives inventives pour que les restaurateurs puissent survivre.

Rouvrir en mars à tout prix

Concrètement, la manifestation de ce vendredi aura lieu à la fois à Bruxelles et en Wallonie et fera valoir une bonne dizaine de revendications. La première, c’est celle de la date de la reprise. Plusieurs organisations, dont l’Horeca bruxellois, l’association des Maîtres Cuisiniers de Belgique et l’UCM, réclament une réouverture pour le 1er mars. La lettre des manifestants du 5 février adopte une position un peu différente puisqu’elle édicte «au plus tard le 1 avril, quels que soient les chiffres servant à évaluer la situation sanitaire». Le secteur estime néanmoins qu’au cours du mois de mars, la campagne de vaccination devrait faire baisser le nombre de décès et d’hospitalisations et que cette deadline est réaliste. Est-ce que les récents retards de livraisons de vaccins et les variants du coronavirus ruineront ou pas ces espoirs? Impossible de le dire pour l’instant, mais l’Horeca ne veut plus attendre pour agir.

Le secteur se plaint aussi d’une disparité des aides entre les différentes régions du pays. Il a notamment été reproché le fait que la Flandre disposait d’une politique plus favorable aux restaurateurs. Le collectif de vendredi demande donc une égalité des aides. La suite des revendications pointe toute une série de mesures de soutien, que ce soit une prolongation du moratoire sur les crédits, des revenus des salariés fournis à 100% et non partiellement, etc.

Le flop français

Les professionnels mettent beaucoup d’espoirs dans leurs chances de réussite avec cette manifestation. Mais il se pourrait aussi qu’elle échoue. C’est ce qu’il s’est passé ce lundi en France. Là-bas, de nombreux restaurateurs ont voulu faire connaître leur mécontentement de façon encore plus explicite en ouvrant leurs établissements, qu’importe le coronavirus. Une manifestation un peu trop radicale au goût du gouvernement français. Pour éviter de perdre le contrôle, ce dernier a édicté que les aides seraient coupées à ceux qui ouvriraient illégalement. Résultat: un flop complet et un statut quo. Même le chef de file du mouvement, Stéphane Turillon, a renoncé à ouvrir son restaurant.

En Belgique, le mouvement pourrait ne pas suivre la même débandade en adoptant une posture moins extrême. Malgré cela, les organisateurs savent que leur manifestation est surveillée de près par les autorités. Des professionnels de l’Horeca ont ainsi fait savoir à RTL Info que la police les gardait à l’œil. «L'Etat et la police sont au courant des manifestations. On sait que c'est surveillé», explique une femme membre du collectif resto-bar Bruxelles.

Quelques raisons de garder foi

Les espoirs de l’Horeca ne sont néanmoins pas sans fondements. Depuis lundi, l’Italie a permis à ses bars et restaurants de rouvrir, en suivant l’exemple de Malte et de l’Espagne. En Scandinavie, ces établissements sont ouverts mais soumis à des restrictions plus ou moins fortes. Le reste de l’Europe garde néanmoins ses restaurants fermés.

Est-ce que la Belgique va se joindre à ce mouvement? Peut-être à en croire David Clarinval, ministre des indépendants et des classes moyennes. Interrogé sur le sujet par Bel RTL, il estime que cela dépendra d’abord de la réouverture des métiers de contact mi-février. Si cela est acté lors du comité de concertation de ce vendredi, c’est envisageable. «On avait prévu que si on rouvrait les métiers de contact, il faudrait au moins attendre trois semaines afin de voir comment ça se passe. Raisonnablement, si tout va bien, on peut espérer l'ouverture d'autres secteurs en mars», a-t-il estimé.

Mais il faut rappeler que David Clarinval est un ministre connu pour ses déclarations répétées contre les mesures de confinement. Il n’est pas du tout certain que son avis fasse consensus au sein du fédéral et que ce scénario se concrétise. S’il n’obtient pas gain de cause, ou si la situation sanitaire se dégrade entretemps, l’Horeca va devoir manifestement se montrer très inventif pour ne pas totalement sombrer.

En cas d’échec: à la recherche du plan B

En cela, plusieurs restaurateurs belges ont déjà mis sur la table plusieurs idées intéressantes pour allier reprise du secteur et confinement de l’Horeca. C’est le cas à Dinant où l’établissement «Les amourettes» a aménagé des tables dans des fausses voitures installées devant le restaurant, en s’inspirant du concept du drive-in. Chaque « voiture » est chauffée, louée à une bulle sociale et les plats sont apportés aux convives. Évidemment le nombre de tables est réduit et ne permet pas un gros chiffre d’affaires, mais les coûts structuraux du restaurant sont amortis.

À Couvin, la Brasserie des Fagnes a adapté ce modèle en voyant encore plus grand. Le gérant a réutilisé la vingtaine de chalets de Noël d’une association de commerçants pour les louer aux clients qui se retrouvent vraiment comme au restaurant mais dans un cadre plus cozy. Une idée copiée à Gerpinnes par le restaurant Tribeca. À nouveau, cela n’aboutit pas à de gros bénéfices mais au moins, le personnel travaille et touche un salaire plein et entier.

Toutefois, il est difficile d’imaginer une généralisation de ce type d’initiative à tous les restaurants. Comme nous l’explique la commune de Couvin, c’est faisable à la Brasserie des Fagnes parce que cela se fait sur un terrain privé. C’est donc le gérant qui s’occupe de la traçabilité des cas Covid. Si les autres restaurants devaient installer des chalets sur un espace public, ce serait la municipalité qui serait légalement responsable de cette tâche. Une logistique trop lourde à mettre en place pour la commune, surtout en cas de cluster.

Reste une dernière solution : déménager les restaurants dans les cuisines des hôtels. Ici, les clients ne sont pas dans des fausses voitures ou des chalets mais dans des chambres, qui sont louées à la fois pour le repas et pour la nuit. C’est le cas au Qbic Hotel, au Penta Hotel ou au Jam Hôte, en région bruxelloise. Une option parfaite en ville quand on sait que les hôtels urbains sont vides depuis le début de la crise.

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