La pop anglaise rendue aphone par le Brexit

Liam Gallagher à Forest National en mars 2020. Une image qu'on risque de ne plus revoir de sitôt? - Belga
Liam Gallagher à Forest National en mars 2020. Une image qu'on risque de ne plus revoir de sitôt? - Belga
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Faute d'accord sur la libre circulation des musiciens, ceux-ci vont devoir s'acquitter d'un visa pour chaque pays européen visité durant une tournée. Beaucoup ne pourront pas se le permettre. C'est toute l'industrie musicale britannique qui est touchée de plein fouet par le Brexit.

Combien sont-ils, ces groupes et artistes indépendants venus d'Albion à avoir bouleversé nos vies le temps d'un concert, d'un album, d'une carrière. Joy Division, Depeche Mode, The Cure, les Stones Roses, Blur et Oasis, Arctic Monkeys, Franz Ferdinand jusqu'à Stormzy, Shame ou Idles. Et si tout cela était du passé ? Finis les amours pour un groupe alors inconnu au détour d'un concert dans une petite salle ou en plein après-midi lors d'un festival ?

Alors que le Covid a ruiné 2020 pour les musiciens et mélomanes, une autre tuile tombe en effet sur la tête du secteur : le Brexit. Si ce sont les musiciens anglais qui vont en pâtir le plus, leurs fans (nous!) en sont aussi les victimes.

Un visa pour chaque pays visité

Résumé de la situation. Alors que Boris Johnson a bataillé ferme jusqu'au bout pour soutenir ses pêcheurs, rien n'a été décidé pour les artistes et musiciens d'Albion qui portent pourtant fièrement l'Union Jack au-delà de ses frontières. Résultat : s'il veut continuer à tourner dans l'Union européenne, un groupe ou un artiste britannique devra faire la demande d'un visa. Chaque pays ayant son accord avec le Royaume Uni, il faudra (potentiellement) payer un visa par pays et par personne. Un véritable casse-tête administratif et des pertes financières non négligeables.

Dans ces conditions, si, comme d'habitude, les « gros » artistes devraient s'en sortir sans changer leurs habitudes, les « petits » risquent de devoir laisser tomber les tournées européennes. Ou en tout cas les réduire fortement. Or, le live est (de loin) leur principale source de revenus. Selon l'Incorporated Society of Musicians (ISM, organisme professionnel des musiciens britanniques), 40% des musiciens britannique tirent plus de la moitié de leurs revenus des concerts dans l'Union européenne.

A noter que le problème est le même dans le sens contraire. Mais dans les faits, il a toujours été beaucoup plus compliqué pour un groupe européen de tourner en Grande-Bretagne. Le marché musical britannique, un des plus importants et dynamiques du monde, est aussi très conservateur et étanche aux artistes européens (en particulier dans la sphère pop-rock-hip-hop). Et nos artistes, quand ils ont une ouverture, y tournent le plus souvent à perte.

Tim Burgess des Charlatans - Belga

Pétition, techniciens, merchandising

Devant l'état de la situation, le chanteur des Charlatans, Tim Burgess, a lancé une pétition afin que les autorités britanniques trouvent un accord avec l'UE pour permettre aux artistes, aux professionnels de la musique, mais aussi aux journalistes et sportifs de pouvoir voyager en Europe avec un visa gratuit. « En tant que musicien indépendant, je voyage très souvent en Europe tout au long de l'année, que ce soit pour des tournées ou d'autres événements. Si nous ne pouvons pas le faire sans visa gratuit, cela me sera impossible », a-t-il résumé.

Sa pétition a récolté 280.000 signatures en quelques semaines. Mais sa demande a été rejetée par le Parlement britannique. La faute aux Européens, disent les Anglais. La faute aux Anglais, disent les Européens. Quoi qu'il en soit, à ce petit jeu, c'est toute une importante filière qui risque d'en souffrir très durement. Et cela, le gouvernement de Boris Johnson ne semble pas vraiment l'avoir compris.

Ainsi, quand un artiste américain (ou européen, en l'occurrence) décide de faire une tournée européenne, c'est le plus souvent vers un tourneur britannique qu'il se dirige. Celui-ci organise alors toute la tournée européenne, offrant les techniciens et transports nécessaires. Toute cette filière risque de s'écrouler (ou de migrer sur le continent) sans accord sur la libre circulation des professionnels de la musique dans l'Union. Les Américains risquant de se tourner vers des équipes continentales pour éviter de payer les frais de douane, visa et autres taxes.

Un no deal musical toucherait aussi le merchandising des groupes (autre source de revenus non négligeable) et les disques made in UK. Les taxes à l'import risquant de se répercuter sur les prix de vente. Acheter un vinyle ou un tee shirt à 40 ou 45 euros ? Les fans vont y réfléchir à deux fois... Et le mélomane y perdra. Ceux qui achètent leurs vinyles sur Amazon UK ou auprès des disquaires indépendants londoniens, via la plateforme Market Place du site Discogs ont déjà pu constater une hausse des prix liés à ces taxes douanières.

Sting - Belga

Lettre ouverte

L'industrie musicale britannique compte pour 200.000 emplois et 6,5 milliards d'euros de rentrées financières (c'est quatre fois plus que la pêche). En prime, c'est un soft power incroyablement bénéfique et puissant pour le Royaume Uni. Mais le gouvernement de Boris Johnson ne semble pas s'en soucier.

Déjà, pour faire face à la pandémie, les musiciens de Sa Majesté ont reçu... zéro livre sterling d'aide de la part du gouvernement. Et le manque d'accord les concernant au sujet du Brexit ressemble à un deuxième clou enfoncé dans le cercueil de la pop music anglaise. Les pop stars sont donc montées au front dans une lettre ouverte publiée dans The Times, expliquant qu'ils ont été « honteusement laissé tomber » par le gouvernement et l'appelant à négocier la libre circulation des musiciens en Europe. La lettre a été signée par une centaine de personnalités, de Sting à Elton John, Bryan May, Liam Gallagher, Joss Stone... Et Roger Daltrey, le chanteur des Who qui avait pourtant milité en faveur du Brexit.

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