« Impeachment » : pour Donald Trump, une deuxième historique

©belgaimage-171997221/ Nancy Pelosi présidente de la Chambre lors du lancement de la procédure de destitution, le 13 janvier à Washington
©belgaimage-171997221/ Nancy Pelosi présidente de la Chambre lors du lancement de la procédure de destitution, le 13 janvier à Washington
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Mercredi, la Chambre des représentants a approuvé la mise en accusation du président pour « incitation à l’insurrection ». Un nombre suffisant de Républicains a voté en faveur de la procédure de destitution lancée par les Démocrates. Mais le Sénat ne se prononcera pas avant l’investiture de Joe Biden.

« Il n’y a jamais eu de plus grande trahison de la part d’un président envers ses responsabilités et son serment prêté sur la Constitution. Le président des Etats-Unis a convoqué cette foule, l’a réunie et craqué l’allumette de cette attaque ». Cette charge contre Donald Trump n’est pas venue des rangs démocrates, mais bien de Liz Cheney, la numéro trois des Républicains à la Chambre. Avec neuf autres dissidents du GOP (Grand Old Party), la fille de l’ancien vice-président de George W. Bush, Dick Cheney, a soutenu le lancement de la procédure de destitution entamée par les Démocrates. Mercredi, 232 représentants ont adopté la mise en accusation du président sortant pour « incitation à l’insurrection », une semaine après l’envahissement du Capitole, qui a notamment débouché sur la mort de 5 personnes. 197 élus-tous républicains- ont voté contre le texte.

Les parlementaires ont pointé les propos du chef de l’État, qui avait invité le 6 janvier ses sympathisants à marcher sur le Congrès, pour retarder ou empêcher la certification de la victoire de Joe Biden. L’acte de mise en accusation se réfère également aux pressions exercées lors d’un appel téléphonique passé début janvier, dans lequel le président demandait à des responsables électoraux en Géorgie s’il n’y avait pas moyen de « trouver » les voix qui lui auraient permis d’y distancer son adversaire.

Suite après le 20 janvier

Cette procédure d’« impeachment » est historique : jamais dans l’histoire américaine, un président n’a été mis deux fois en accusation par la Chambre. Lors de sa première inculpation, en décembre 2019, le locataire de la Maison Blanche avait été accusé d’abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès (après la révélation d’un appel téléphonique dans lequel Trump tentait de monnayer auprès du président ukrainien des informations sur le fils de Joe Biden en échange d’une aide militaire stratégique). Contrairement à cette fois-ci, les Républicains avaient à l’époque fait bloc derrière leur champion, aucun ne votant pour l’« impeachment ».

Initiée par la House of Representatives, la procédure de destitution en tant que telle se poursuivra devant le Sénat, qui devra juger de l’éventuelle culpabilité du milliardaire. Mais la Chambre Haute du Congrès ne se saisira pas de l’affaire avant l’investiture de Joe Biden, que la Constitution fixe le 20 janvier, à midi. Après avoir soufflé le chaud et le froid sur le calendrier, le chef de file des sénateurs républicains, garant de l’ordre du jour, a jugé qu’il n’avait « simplement aucune chance de pouvoir conclure son procès[ celui de Trump ndlr] de manière sérieuse et équitable avant la prestation de serment du président élu ». « Par le passé, le Sénat a mené trois procédures de destitution. Elles ont duré respectivement 83 jours, 37 jours et 21 jours », a rappelé Mitch McConnell.

Erreur tactique ?

Pour aboutir, l’acte de destitution nécessitera le soutien des deux tiers des sénateurs, soit 67 élus. En comptant les 50 voix démocrates, il faudra donc 17 conservateurs dissidents pour destituer le futur ex-président. Si la grande majorité des Républicains continuent pour l’heure à défendre Donald Trump, le malaise est tout de même prégnant dans leurs rangs. Et il se murmure que Mitch McConnell, incapable de digérer les troubles du 6 janvier, pourrait peser de toute son influence en faveur de l’ « impeachment ». Pour certains Démocrates, aller au bout de la procédure, même après la fin du mandat de Trump, revêt un enjeu double : symbolique d’abord, la destitution étant une manière de clore quatre ans de turpitudes par une condamnation officielle. Ensuite (et surtout ?), cela permettrait de faire un pas en avant vers une potentielle inéligibilité du milliardaire, le Sénat -cette fois-ci à la simple majorité- étant alors en état d’étouffer toute velléité d’une candidature Trump en 2024.

Pour d’autres, cette nouvelle procédure de destitution est une erreur tactique, qui permettra à l’ex-président de continuer d’occuper l’espace médiatique au moment de la prise de pouvoir de Biden. Ce dernier a d’ailleurs demandé au Congrès de travailler sur les priorités de son programme. «J’espère que le Sénat trouvera une façon de gérer leurs responsabilités constitutionnelles concernant le procès en destitution, tout en conduisant les affaires urgentes de la nation», a indiqué le président élu dans un communiqué.

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