Variant du Covid: est-il encore temps de l’éviter?

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Tous les experts le disent: si la souche britannique s’implante en Belgique, un nouveau confinement est à prévoir. Or les dernières nouvelles sur ce point ne sont pas encourageantes.

La deuxième vague de Covid-19 n’est même pas encore derrière nous que plusieurs titres de presse posent déjà la question de savoir si la Belgique n’est pas «à l’aube d’une troisième vague», comme le dit La Libre. À chaque fois, la réponse est la même. Pour l’instant, les contaminations repartent à la hausse, surtout à Bruxelles et dans le Brabant wallon, mais il faut encore attendre pour confirmer cette tendance.

Cela dit, il existe un péril plus grand encore: que le variant britannique du coronavirus, 70% plus contagieux, traverse définitivement la Manche. Si cela se réalise, la Belgique est repartie à coup sûr pour un tour de confinement. Or justement, ce lundi, six nouvelles contaminations ont été détectées sur le territoire avec un variant de toute évidence anglais. Un fait d’autant plus inquiétant s’il s’additionne à d’autres paramètres.

Une tâche d’huile en Europe

Jusque début janvier, il était plus ou moins facile d’empêcher la propagation du variant britannique. Il suffisait de contrôler strictement les voyages avec le Royaume-Uni pour s’assurer qu’il n’entre pas en Belgique. Mais ça, c’était avant. Car aujourd’hui, il commence à se répandre. L’Irlande, longtemps épargnée par la pandémie comparé au continent, a perdu le contrôle de la situation. En quelques jours, le variant britannique s’est implanté et, combiné aux fêtes de fin d’année, a fait exploser le nombre de cas, comme au Royaume-Uni. Conséquence inévitable: un confinement strict.

Pour l’instant, aucun autre pays européen ne subit un sort comparable aux Îles Britanniques mais petit à petit, cette propagation se poursuit. L’exemple le plus flagrant, ce sont justement les cas belges annoncés hier. Sur les six, seulement deux venaient du Royaume-Uni et quatre des Pays-Bas, nous fait savoir Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral pour le Covid-19. La circulation du variant commence donc de toute évidence à se généraliser sur le continent. Et dans ce contexte, la Belgique, pays très connecté à ses voisins, est particulièrement vulnérable.

Une détection inefficace du variant en Belgique

Certains éléments invitent cela dit à ne pas paniquer outre mesure. Tous les cas détectés du variant sont toujours en provenance d’un autre État. Autrement dit, à l’heure actuelle, aucune personne ne l’aurait attrapé sur le sol belge, du moins de ce que l’on sait. C’est d’ailleurs ce qui amène Yves Van Laethem à dire que selon les données actuelles, l’augmentation des contaminations en Belgique n’est pas due à ce paramètre. Il est dès lors possible de conclure sur l’efficacité de l’obligation pour les voyageurs de se mettre en quarantaine et de faire deux tests après 48 heures de voyage.

Sauf que les contrôles frontaliers ne sont pas parfaits. Et qu’il ne faudrait pas oublier ce paramètre fondamental: actuellement, les laboratoires ne contrôlent la présence de la souche britannique que de 0,5% à 2% des tests positifs au Covid-19 en Belgique. Par conséquent, il est probable que des échantillons porteurs du variant passent au travers des mailles du filet. Certes, les tests PCR permettent de base de fortement suspecter son existence. Mais selon le virologue Piet Maes (KU Leuven), 10% des tests devraient être examinés pour pouvoir avoir un bon indicateur de la réalité de la pandémie. La Belgique a pour but de tendre vers ce chiffre mais pour le moment, ce n’est pas le cas.

«Le sommet de l’iceberg»

Pour le virologue Emmanuel André, interrogé ce matin sur La Première, une chose est sûre: «il y a plus de variants qui circulent aujourd’hui en Belgique» que les six cas répertoriés jusqu’à maintenant, «car le système de surveillance a quelques semaines de retard sur la vie réelle».

L’analyse est partagée par Yves Coppieters qui nous déclare que «les six cas sont sans doute le sommet de l’iceberg». Il insiste donc pour que les contrôles soient renforcés. «Si on n’arrive pas à isoler ces personnes de façon correcte, le taux de reproduction va augmenter fortement puisque le virus est plus contagieux», s’inquiète-t-il. Aujourd’hui, ce taux est de 0,94, soit proche du seuil fatidique de 1 qui serait un mauvais signe pour la suite.

Une propagation inévitable de la souche britannique

Quand pourra-t-on statuer sur la réelle gravité de la situation? Yves Coppieters nous confie qu’en France (où des cas du variant ont déjà été détectés à Marseille), une grande étude a été mise en place pour détecter toutes les souches suspectes du coronavirus. Les résultats pourraient arriver dès la fin de la semaine avec une cartographie approximative de leur pénétration dans l’Hexagone. «Mais en Belgique, nous n’avons pas ça et on remonte vaille que vaille certains échantillons suspects, du fait d’un manque d’infrastructure je pense. Pour l’instant, on ne contrôle cela qu’au centre d’Anvers qui ne récupère en plus que les tests déclarés suspects par les labos avec une meilleure capacité d’analyse, et ce n’est pas un reflet de l’ensemble du territoire».

En résumé, s’il arrive que le variant circule activement en Belgique, le risque de ne pas le détecter à temps est considérable. Au vu de ce contexte, le virologue Marc Van Ranst est catégorique: «on ne peut pas stopper le variant britannique, seulement le ralentir», confie-t-il à Het Laatste Nieuws, malgré l’importance de ce combat pour éviter une troisième vague et donc un nouveau confinement. Mais il précise qu’à l’heure d’aujourd’hui, les contaminations restent moins élevées en Belgique que dans d’autres pays, ce qui est bon signe, du moins pour l’instant. Selon Yves Van Laethem, d’ici la fin de la semaine, on pourra en tout cas juger si l’augmentation globale des cas de Covid-19 continue et si c’est le cas, «de nouvelles mesures devront être prises», assure-t-il à La Libre.

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