Il y a un an, le coronavirus faisait sa première victime à Wuhan

À Wuhan, la vie a repris petit à petit son cours normal. - AFP
À Wuhan, la vie a repris petit à petit son cours normal. - AFP
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En Chine, l'anniversaire du premier mort du Covid-19 est passé sous silence, alors qu'une équipe de l'OMS est attendue cette semaine pour enquêter sur l'origine du virus.

Le 11 janvier 2020, la Chine annonçait la première victime officielle du coronavirus: un homme de 61 ans, décédé deux jours plus tôt, dont on ne connaît toujours pas le nom, qui faisait régulièrement ses courses dans un marché de Wuhan, métropole de 11 millions d’habitants au centre du pays. À l'époque, personne ne se doutait que ce mystérieux virus allait entraîner, un an plus tard, la mort de près de deux millions de personnes à travers le monde. Un anniversaire que les médias du régime communiste se sont donc bien gardés de célébrer ce lundi, alors que le gouvernement cherche à gommer son image d'épicentre de la pandémie.

Avec un bilan contesté de 4.634 morts, la Chine préfère mettre en avant sa maîtrise de la maladie, au prix de mesures drastiques et d'une censure largement critiquée. « Wuhan est la ville la plus sûre de Chine et même du monde à présent », s'exclame un sexagénaire, Xiong Liansheng, alors qu'une volonté d'oubli règne dans la première ville au monde à avoir été placée en quarantaine, à compter du 23 janvier 2020.

Des personnes dansant dans un parc à Wuhan

À Wuhan, les habitants vaquaient normalement à leurs occupations lundi matin. - AFP

Propagande

Une exposition, récemment lancée dans un des anciens hôpitaux de fortune construits en urgence, est justement consacrée aux sacrifices de Wuhan, qui ont mené à la « victoire chinoise contre le virus » et à sa renaissance. Le Parti communiste chinois a mis le paquet pour réécrire l'histoire de la pandémie à son avantage, entre un hologramme du personnel médical en première ligne et une réplique d'un site de quarantaine. Les visiteurs peuvent également rendre hommage aux disparus, en posant un chrysanthème virtuel sur un mur de martyrs qui comprend notamment Li Wenliang, médecin chinois décédé du Covid-19 et honoré comme un héros par le gouvernement. Celui-ci a toutefois pris soin d'omettre un élément crucial de sa biographie: cet ophtalmologue avait été accusé par ces mêmes autorités de propager des rumeurs pour avoir été l'un des premiers à alerter sur la dangerosité du coronavirus. Aucune mention non plus de Zhang Yongzhen, le virologue qui a enfreint la loi chinoise en partageant le génome du virus, permettant ainsi aux scientifiques du monde entier de l'étudier pour mieux le contrôler.

Cette exposition et d'autres similaires à travers le pays font partie d'une vaste campagne de propagande des autorités, afin de convaincre que, si la victoire a été possible, c'est grâce au leadership du PCC, mais aussi afin de semer le doute sur l'origine du virus.

Origine mystérieuse

« Wuhan est bien l'endroit où le coronavirus a été détecté pour la première fois, mais ce n'est pas là d'où il provient », clament depuis plusieurs mois les médias locaux, citant des travaux, parfois contestés, de chercheurs étrangers. Car, un an après le premier mort du Covid-19, l'origine du virus reste un mystère.

Le marché Huanan, considéré comme le premier grand foyer de l'épidémie

À Wuhan, le marché Huanan, considéré comme le premier grand foyer de l'épidémie, reste figé derrière une longue palissade depuis sa fermeture le 1er janvier 2020. - AFP

« Il n'est absolument pas plausible » que le virus ait pris naissance au marché de Wuhan, estime l'épidémiologiste Daniel Lucey, de l'Université Georgetown à Washington, en raison de sa forte contagiosité lors de son signalement en décembre 2019. Cela signifie, selon l'expert, qu'il circulait déjà depuis longtemps. « Il est apparu naturellement plusieurs mois auparavant, peut-être un an avant, peut-être même encore plus tôt. » Une zone d'ombre suffisante pour les autorités chinoises, soucieuses de se dédouaner de toute responsabilité dans l'apparition du virus, pour prétendre, sans preuve, que l'épidémie aurait été introduite en Chine depuis l'étranger.

Enquête retardée

L'OMS va tâcher d'y voir plus clair. Une équipe de dix experts chargés d'enquêter sur l'origine du virus devait arriver en Chine la semaine dernière, mais elle a été bloquée au dernier moment. Le ministère chinois de la Santé a finalement annoncé lundi qu'elle entamera sa mission ce jeudi.

L'objectif de cette enquête est clair: déterminer comment le virus a pu muter pour passer de la chauve-souris à l'homme. Mais le délai imposé par la Chine, peu encline à accepter une enquête indépendante, signifie que les premières traces de l'infection vont être compliquées à retrouver. L'enjeu est pourtant crucial, pour le monde entier. Découvrir l'origine du virus permettrait en effet de prévenir la réapparition d'une épidémie.

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